

14/02/2010
« Est-ce qu'on peut vivre avec 460 euros par mois ? »
Les
quatre organisations de chômeurs AC !, Apeis, MNCP, CGT chômeurs, dans
un communiqué commun, appellent à une journée d’action le 26 février,
date d’une possible rencontre entre Medef et syndicats sur la question
des fins de droits. Les organisations rappellent leur revendication
d’un revenu décent pour tous, du retrait de l’indemnisation liée aux
ressources du ménage.
Huit ans après la fermeture de l’usine Moulinex de Caen, au moins
200 anciens salariés sont dans une situation critique, explique Maguy
Lalizel, de l’association Apic-Mx.
« On
dit que pour les chômeurs en fin de droits qui vont toucher le RSA ou
l’ASS, il n’y a pas de problème, ils continuent à être indemnisés. Mais
est-ce qu’on peut vivre avec 460 euros par mois ? Quel homme politique
a essayé de vivre avec ça, alors que le seuil de pauvreté est à plus de
800 euros ? » Maguy Lalizel est une femme en colère. Ancienne ouvrière
et syndicaliste chez Moulinex à Cormelles-le-Royal, près de Caen
(Calvados), elle anime aujourd’hui l’association Apic-MX,
qui maintient le lien entre les ex-salariés de l’usine, fermée en
novembre 2001. Á ce titre, elle a suivi le destin d’une partie des 1
300 salariés du site — dont 66 % de femmes — jetés à la rue après des
années de travail. Huit ans après, le bilan est lourd : sur les 700
adhérents de l’association, 180 sont dans une situation critique, sur
le point de basculer dans les minima sociaux. Et encore, une bonne
partie des anciens ont été « sauvés par l’amiante », comme ils disent
amèrement : l’exposition au poison a permis à la moitié de l’effectif,
comme Maguy, de partir en retraite anticipée, leur épargnant quelques
années de galère.
« Même si on est fort, le chômage est une vraie souffrance, souligne
Maguy. Quand vous avez envoyé 300 CV et reçu seulement cinq ou six
réponses, toutes négatives, que votre demande de formation est rejetée,
que vous avez cinquante-trois ans, vous vous demandez : à quoi je
sers ? est-ce que j’existe encore ? Moi aussi j’aurais pu plonger,
comme d’autres. » Il faut en plus subir le discours ambiant,
culpabilisant : « On fait des cadeaux sans contrepartie aux banques
responsables de la crise, mais, en revanche, le chômeur qui touche 1
000 euros, on l’accuse de pas vouloir bosser, et on lui rappelle qu’il
a des droits et des devoirs ! », s’emporte la militante, pour qui le
fait de s’organiser, de rester liés après un plan social est un
« camouflet pour le Medef, les patrons, le gouvernement ».
Parmi les anciennes collègues, il y a toute la palette de
situations. « Pour celles qui sont en ASS ou au RSA, c’est très dur,
raconte Maguy. Une fois que le loyer est payé, certaines n’ont que 1
euro par jour pour vivre. J’en ai connu une qui se nourrissait de café
au lait avec du pain et de la margarine. Pour des femmes qui ont été
indépendantes toute leur vie, c’est une grande honte d’aller aux Restos
du cœur. Et puis toute vie sociale disparaît quand la priorité c’est de
payer le loyer et de trouver à bouffer. » D’autres ne touchent rien,
parce que leur conjoint travaille et que les allocations sont versées
en tenant compte des revenus du ménage. « Ces femmes ont fait trente
ans à l’usine, elles ont cotisé, mais arrivées en fin de droits elles
dépendent de leur mari ! », peste Maguy. Une minorité a retrouvé un
CDI. « D’autres s’en sont sorties en tournant en intérim sur toutes les
boîtes du coin. Mais avec la crise, ça devient difficile. » C’est le
cas de Martine, cinquante-trois ans, qui, jusqu’à présent, avait réussi
à travailler huit ou dix mois par an en intérim. « Mais depuis le 11
décembre, je n’ai plus rien. Je suis inquiète car j’arrive en fin de
droits en août, et le temps défile à toute allure. » Industrie, ménage,
transport, elle est prête à tout prendre malgré sa « facture
Moulinex » : deux coudes bousillés qui la font souffrir au travail.
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