Rapport de Jean-Marc Coppola au Conseil national du 7 février 2009
Par : Conseil national
Mis en ligne : 7 février

Chers camarades,

Nous sommes à quatre mois jour pour jour du scrutin des européennes fixé le 7 juin prochain, où 72 députés de notre pays – contre 78 en 2004 - seront élus pour siéger au Parlement européen, et l’objet de notre Conseil national est de prendre des dispositions concrètes pour entrer en campagne, avec l’ambition et la conviction que nous pouvons marquer des points décisifs dans l’intérêt de notre peuple.

Aider les communistes à se mettre en mouvement et à prendre des centaines d’initiatives dans tout le pays dans les semaines qui viennent, est donc l’objectif principal de notre réunion.

Je ne reviendrai pas sur notre orientation, elle a été définie dans la résolution adoptée le 24 octobre dernier et confirmée par notre Congrès.

Avec un rapport des forces évalué à près de 15 % pour ce qui pourrait représenter le Front de gauche pour changer d’Europe, juste derrière le PS, devant le MoDem et les Verts, la droite aborde cette élection de manière fébrile.

Cela dit nous sommes encore loin de l’échéance et il serait bien audacieux de dire dans quel contexte se déroulera cette élection. Nul doute tout de même, que la crise et ses incidences, les attentes des Français et la perception qu’ont les gens de l’Europe seront au cœur des enjeux de cette élection.

Notre posture de campagne est de faire le lien en permanence entre le vécu quotidien des citoyens, des travailleurs et l’enjeu européen, pour ne pas faire de l’Europe et des européennes un sujet de plus à traiter mais un moyen de changer de politique, de changer la vie.

Aussi examinons concrètement dans quel contexte nous nous situons

Avec la journée d’actions, de manifestations du 29 janvier, nous sommes entrés dans une situation totalement nouvelle, dont nul ne peut prévoir les développements à venir.

Cette journée extrêmement puissante est l’expression forte d’une colère sociale à l’égard de la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement.

Elle témoigne d’une détermination époustouflante : le refus de payer la note de la crise et plus largement le refus de la politique de régression sociale, de recul démocratique, de mépris et même d’humiliation qui prévalent aujourd’hui dans notre pays.

Elle exprime une volonté de changement profond de politique, pour preuve le niveau des revendications : le pouvoir d’achat, salaires, retraites, l’emploi, la situation des services publics dégradés, privatisés ou menacés de privatisation, les libertés…

Le cynisme, de l’argent facile, des profits engrangés, des cadeaux fiscaux, des parachutes dorés, est en train d’éveiller un sentiment de classe parmi des centaines de milliers d’hommes et de femmes à qui l’on dit qu’il n’y aurait pas d’autres choix possibles que de subir la précarité, le chômage, l’incertitude du lendemain.

Ce fut la première manifestation pour beaucoup et l’on peut rassurer la droite, ces hommes, ces femmes, ces jeunes savaient très bien pourquoi ils étaient dans la rue et ils ne sont prêts à lâcher le morceau. Cette mobilisation vient de loin si nous nous référons à la brèche ouverte lors du référendum du 29 mai 2005 sur le Traité Constitutionnel européen où s’exprimait déjà le refus de la logique de concurrence.

Elle vient de loin, aidé en quelque sorte par le discours de Nicolas Sarkozy à Toulon qui, en fustigeant un capitalisme débridé, a involontairement ouvert l’idée que le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire.

Elle vient de loin si je prends notre campagne « la bourse ou la vie », les initiatives de septembre dernier, juste avant l’expression plus forte de la crise financière, sur le pouvoir d’achat avec la proposition d’augmentation substantielle des salaires, pensions, retraites, minima sociaux. Initiatives au cours desquels nous disions que nous avions de la suite dans les idées.

Elle vient de loin lorsque l’on se réfère aux résultats des prud’hommes, aux luttes nombreuses et diverses qui aspiraient au « Tous ensemble » dans des professions dont on ne soupçonnait pas qu’elles puissent se mobiliser autant.

Nous pouvons saluer le travail formidable et historique des syndicats qui ont su se rassembler sur une plateforme revendicative de haut niveau, véritable ciment de l’unité, comme nous pouvons saluer l’Appel des appels réunissant des professionnels de la santé, de la justice, de la recherche, des médias et de l’éducation, tous contre les réformes lancées par Nicolas Sarkozy.

Ces postures unitaires et offensives sont d’autant plus importantes, que le pouvoir a pris acte de la situation mais va chercher par tous les moyens à casser ces fronts unitaires pour ne pas changer le cap de sa politique.

Dans ce mouvement comment ne pas évoquer la lutte menée par des milliers de guadeloupéens rassemblés en grève générale pendant plus de quinze jours contre l’exploitation outrancière. Et ce n’est pas terminé. La population, comme à la Martinique depuis jeudi, y dénonce le coût de la vie exorbitant. Un mouvement, sans précédent, qui est aussi une prise de parole de toutes les générations pour la dignité.

Jean-Louis Le Moing interviendra certainement pour nous livrer son expérience, puisque avec Odette Terrasse, nous sommes le seul parti à avoir fait le déplacement, un vrai évènement puisque le Collectif leur a donné la parole.

La délégation du Parti était porteuse de notre solidarité, de notre soutien, et des convergences que nous voulons tisser avec les populations sur place mais aussi avec les familles qui vivent en France. Avec cette démarche, nous sommes à l’opposé de la condescendance dont fait preuve le pouvoir avec son émissaire le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer qui propose une augmentation de 2 % des salaires, pendant que les grévistes maintiennent leurs exigences d’une revalorisation de 200 euros nets, y compris pour les minima sociaux.

Ainsi de plus en plus nombreux sont les femmes et les hommes à ne plus vouloir se laisser écrire leur propre histoire.

Je crois pouvoir dire – et sans vouloir sacraliser ce moment - qu’il y a un avant et un après 29 janvier qui rouvre une nouvelle fois, après la victoire du NON en 2005 et celle contre le CPE l’année suivante, une brèche dans la pédagogie du renoncement.

L’ « avant 29 janvier », c’est cette parole d’autosatisfaction de Nicolas Sarkozy il y a six mois qui disait « désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit ». C’était le temps où il demeurait à un niveau relativement haut de popularité, comme si son « omniprésence », l’épisode européen et l’absence d’alternative le servaient encore jusqu’à la veille de la journée unitaire. L’ « avant 29 janvier », c’est cet éditorial inique d’Etienne Mougeotte dans le Figaro intitulé « Inutile et coûteux » qui tentait de démontrer que « la crise risque de plonger l’économie française dans une grave récession, qu’aucun pays européen n’y échappera, que les Etats-Unis paieront un lourd tribut, que les pays émergents subiront un sérieux coup de frein, les plus pauvres en Afrique, en Asie, en Amérique latine seront une fois encore les plus meurtris, pour conclure que cette journée de grève allait coûté près d’un demi-milliard d’euros, osant comparer le coût aux dégâts de la tempête du samedi précédent et que les Français n’avaient vraiment pas besoin de cela ».

Et il y a l’« après 29 janvier », qui ne peut pas être traité par le mépris et la désinvolture comme l’ont fait Messieurs Fillon et Hortefeux à la fin de la semaine dernière, le premier excluant toute inflexion de la politique menée et le second, nouveau ministre des affaires sociales et du travail au Grand jury de RTL, disait dimanche dernier : « Nous ne changerons pas de cap, mais nous sommes pour la concertation ».

L’« après 29 janvier », c’est le Chef de l’Etat qui est au plus bas des sondages, mais c’est aussi la grève totale, reconductible et illimitée dans l’enseignement supérieur afin que la ministre Valérie Pécresse revienne sur ses réformes concernant le statut des enseignants-chercheurs, le pouvoir octroyé aux présidents d’université, la baisse des moyens avec la suppression de postes prévus au budget 2009. Un mouvement déterminé qui envisage une manifestation nationale le 10 février.

Quel pied de nez de voir que 61 % des Français sont aujourd’hui prêts à continuer et à souhaiter que les syndicats poursuivent la mobilisation.

C’est dire la lame de fond qui rehausse en exigences le rendez-vous fixé le 18 février par le Président de la République.

Un rendez-vous attendu par une majorité de Français, et qui ne peut donc pas se cantonner à dérouler le calendrier et le contenu des réformes de la droite favorables au Medef.

Et la crainte est grande, lorsque l’on entend l’illusionniste de l’Elysée nous faire encore son numéro jeudi soir face à quatre journalistes, pour dire d’emblée aux Français : « qu’il doit aussi entendre l’inquiétude de ceux qui ont travaillé ce jour-là », une façon de mépriser et d’écarter d’un revers de main les deux millions et demi de manifestants à qui il dit en substance grognez, manifestez, je ne changerai pas de politique ! 

Il n’a pas convaincu et jamais le décalage n’a été aussi grand entre la parole et la vie quotidienne.

Ce fut une piteuse prestation d’un Président qui a beaucoup parlé pour ne rien dire, qui veut s’occuper personnellement de tout le monde et ne répond pas aux véritables préoccupations, un président en difficulté.

Je le dis ainsi puisqu’il personnalise à outrance l’exercice du pouvoir, c’est le « je » en permanence, ne faisant même plus du gouvernement, un paravent ou un fusible, mais au contraire une équipe de ministres godillots.

Promotion pour l’un, devenu secrétaire général de l’UMP, dédains pour l’autre, invitée à être numéro 2 sur la liste aux européennes. C’est le choix du Prince, si je me réfère au limogeage du Préfet de la Manche et du directeur de la police, qui n’ont pas su faire taire les sifflets des manifestants à son passage lors de sa tournée des vœux à Saint Lô le 12 janvier.

Il est vrai que ses déplacements ne sont pas tous organisés comme à Vesoul le 15 janvier au centre industriel de Peugeot, où pour éviter toute mauvaise rencontre avec des ouvriers en colère, les équipes du matin avaient été priées de partir deux heures plus tôt et celles de l’après midi d’arriver une heure et demie plus tard.

Seulement aujourd’hui cette pratique se heurte aux mobilisations qui ne font pas suite à des « inquiétudes », comme la droite tente de le faire penser, mais qui sont porteuses d’une colère et d’une aspiration au changement. Tout le monde est ainsi face à ses responsabilités.

Les syndicats ne veulent pas relâcher leur pression, et ils ont raison.

Le 29, toute la gauche est redescendue dans la rue. Elle a été saluée par bon nombre de manifestants satisfaits de la revoir présente, sans pour autant parfois épargner de critiques les représentants du Parti socialiste.

La gauche dans son ensemble a maintenant la responsabilité de construire une perspective politique et un prolongement solide et durable. La responsabilité d’encourager et de nourrir ce mouvement citoyen qui ose relever la tête pour aborder la question nodale : « dans quelle société voulons-nous vivre ? » Nos propres responsabilités

C’est dans ces circonstances qu’en tant que parti de la transformation sociale, nous avons des responsabilités cruciales. Et notamment le devoir d’être la force politique la plus combative pour faire respecter la volonté des Français et la plus créative et rassembleuse pour faire mûrir les changements nécessaires.

Et afin de faire grandir ce début de changement possible qui commence à germer dans les esprits, pourquoi ne pas poser – comme l’a formulé Patrick Le Hyaric dans l’Humanité dimanche de cette semaine - au plan national mais également partout, l’exigence d’un débat public, une confrontation sur les réponses à la crise ? Projet contre projet, c’est dans cet esprit que nous devrions engager le débat du CN sur l’appréciation politique de la nouvelle situation et les enseignements essentiels à en tirer pour aborder les initiatives à prendre en lien avec les enjeux européens.

Le plan de relance de la droite

Compatissant à l’égard des Français « frappés par une crise comme le monde n’en a jamais connu depuis un siècle », le président de la République a formulé une série de propositions sociales, mais dont les décisions définitives sont renvoyées à une négociation avec les partenaires sociaux qui peut durer 3, 6 mois. C’est l’inconnu. Il tâtonne, avance des idées. Mais il n’a pas convaincu.

Mais là où il est plus sûr, c’est pour annoncer de nouveaux cadeaux pour le Medef. Bernard Thibault a eu cette formule sportive très imagée : « 8 MM € à 0 pour le Medef ».

Là où il est le plus sûr, c’est sur son plan dit de relance qui s’inscrit dans une concertation européenne de plans nationaux ayant tous, peu ou prou, la même philosophie : avant tout stabiliser les marchés financiers.

Les conclusions de la présidence du sommet européen de décembre dernier soulignent, notamment, que « les mesures de soutien à la demande (…) seront accompagnées d’un effort accru de mise en œuvre des réformes structurelles dans le cadre de la stratégie de Lisbonne ». Elles ajoutent que « le Pacte de stabilité et de croissance révisé demeure la pierre angulaire du cadre budgétaire de l’UE » précisant significativement, que « le Conseil européen (..) appelle les Etats membres à revenir dés que possible, conformément au Pacte, et au rythme du redressement économique, vers leurs objectifs budgétaires de moyen terme ».

Le plan Sarkozy s’inscrit donc bien dans la confirmation des principes de discipline du Pacte de stabilité et donc, malgré les évidentes difficultés, d’un retour à l’équilibre des finances publiques à moyen terme avec, au cœur, le redoublement des pressions sur les dépenses publiques et sociales.

Jamais, du reste, le gouvernement n’a, d’une quelconque façon, envisagé l’idée de surseoir à son projet de suppression de plus de 30 000 emplois publics cette année.

L’hôpital public et l’école sont particulièrement en ligne de mire.

Je m’arrête un instant sur l’hôpital.

La droite n’a eu de cesse depuis plus de six ans de pénaliser financièrement les établissements hospitaliers, cherchant à aligner leur gestion et leur méthode de fonctionnement sur ceux des cliniques privées. C’est ainsi qu’en 2009, l’hôpital va finir l’année comme en 2008, avec un déficit de près d’un milliard d’euros. Nous avons affaire à une logique d’étranglement du service public hospitalier.

Des prévisions officielles annoncent le nombre de 20 000 emplois hospitaliers menacés en 2009. Presque autant que dans la fonction publique d’Etat.

Cette tendance s’appuie sur des fermetures de lit, des suppressions d’établissement et une précarité salariale fondée sur le recours systématique aux emplois contractuels. Il appartient localement à tous les élus d’envisager les coordinations nécessaires et les concertations utiles pour faire face à cette logique de suppression d’emplois publics. Ce plan social déguisé est une faute au regard de la santé publique et une erreur majeure de politique économique.

Nous refusons le plan social engagé par le gouvernement et ses déclinaisons sur les territoires. Et nous devons exiger le retrait du projet de loi et une concertation réelle avec les professionnels pour tirer les conséquences de la situation de crise actuelle vécue très difficilement par les personnels et plus globalement par la population.

Nous devons prendre l’initiative d’une concertation avec tous les acteurs soucieux de l’avenir de notre hôpital public.

C’est ce que nous proposons aux communistes de porter et de faire de mardi 10 et mercredi 11 février, deux journées aux portes des hôpitaux, tracts en main pour débattre et mobiliser les professionnels et les usagers.

De toutes ces préoccupations, il n’en a pas été question jeudi soir dans la bouche de Sarkozy, au contraire, pour lui les réformes restent « d’actualité » et seront conduites « au même rythme ».

Tout cela, en réalité, devrait contribuer à accroître les difficultés de la France, comme de l’Europe, confrontée à la perspective d’une récession particulièrement sévère. Et cela, alors même que s’accentuent les divisions intra-européennes et la concurrence pour le financement en Etats de la zone euro, ainsi qu’en attestent le creusement, au profit de l’Allemagne, des différentiels de coût d’accès de chaque Etat aux financements du marché obligataire.

La crise a des conséquences sociales brutales, mais elle est aussi prétexte et dans ce cas ça rajoute à la brutalité sociale, un mépris profond pour la dignité humaine.

Cette brutalité se voit dans la vente d’entreprises annoncée du jour au lendemain parce que le taux de profits n’était pas celui escompté.

Cette atteinte à la dignité humaine, je l’ai lu dans les yeux et entendu dans les paroles de ces sidérurgistes du Golfe de Fos en proie aux licenciements, au chômage technique comme disent les directions, et le 29 leur redonnait un peu d’oxygène, de l’espoir que tout n’est pas foutu.

Cette atteinte à la dignité humaine, nous la mesurons dans les braquages qui se multiplient alors que l’âge des auteurs fait frissonner tellement ils peuvent être jeunes, parfois mineurs.

Une situation dramatique avec à un bout de la chaîne, des actionnaires qui évacuent d’un revers de main une usine perdue au cœur d’une campagne parce qu’elle risque de plomber leurs dividendes, et à l’autre extrémité des gamins paumés qui font un bras d’honneur à une société pour laquelle ils n’envisagent qu’un avenir violent et surtout sans la moindre envie d’y jouer un rôle, comme le martelait un journaliste à la radio. Ce sont des années de dérives et finalement de pertes de contact avec une partie importante de la société qui se retrouvent dans cette folie et qui montre qu’il y a urgence à re-tricoter du lien social au lieu de ressortir les fausses vieilles idées, les caméras et les rondes de police.

Cette atteinte à la dignité humaine ce sont toutes ces libertés bafouées. En quelques années les lieux d’enfermement se sont remplis de façon inédite : commissariats, prisons, centres de rétention, services psychiatriques. Les fichiers se sont multipliés. Des lois visant à renforcer la sécurité ont été adpotées. La population ayant subi une garde à vue pour des faits loin d’être délictueux, a crû de manière vertigineuse.

Il n’y a jamais autant eu de murs montés entre les personnes, entre les peuples pour les opposer, que depuis la chute du mur de Berlin.

La société est de plus en plus surveillée, mais les auteurs de la crise financière courent toujours. Vous avez entendu comme moi, jeudi soir Sarkozy vilipender les « trader », c’est pourtant des responsables comme lui qui leur a donné des « game boy » pour spéculer et pour ensuite leur taper sur les doigts parce qu’ils en ont abusé.

La crise, c’est aussi cela, elle est là et nous entendons beaucoup de pronostics et d’hypothèses sur ses conséquences et son issue, comme s’il y avait une loi immuable de la nature.

Or la seule loi qui vaille en la matière est l’intervention consciente des hommes et des femmes, car, comme l’écrit dans l’éditorialiste d’Alternatives économiques de ce mois : « en fait les discours tenus aujourd’hui par les journalistes spécialisés, les économistes et certains responsables politiques en disent plus long sur leur propres positions que sur la réalité qu’ils prétendent décrypter ».

Oui ce sont les peuples qui font l’histoire et il est de notre responsabilité, non pas de comparer ou de faire se répéter l’histoire, mais de tenter – car je n’ai pas d’exemple plus probant que le Front populaire après le krach de 1929 – de faire partager l’audace qu’ont eu nos aînés à instaurer les congés payés, la semaine de quarante heures et de nombreuses avancées sociales et démocratiques.

Je ne le dis pas par nostalgie en me raccrochant au passé, nous sommes au vingt et unième siècle, la société a changé, mais j’essaie souvent d’imaginer quelle pourrait être aujourd’hui des avancées aussi ambitieuses et d’une telle portée que celles-ci, pour ne jamais me résigner à accepter des reculs sociaux.

Nous sommes dans une intense bataille idéologique et il nous faut montrer en permanence, que ce qui nous paraît normal et banal aujourd’hui, ne l’est que parce que d’autres avant nous ont eu l’ambition de penser à vivre autrement.

Penser à vivre autrement, c’est bâtir une société où la solidarité est le moteur des choix politiques.

Penser à vivre autrement, c’est faire en sorte que nos propositions pour sortir de la crise soient confrontés, enrichies et portées par le plus grand nombre de personnes.

Penser à vivre autrement c’est rendre crédibles des solutions élaborées et partagées par le plus grand nombre en montrant qu’elles ne sont ni réchauffées, ni dépassées, mais au contraire qu’elles sont les seules à ne pas avoir été éprouvées depuis très longtemps – comme l’augmentation substantielle des salaires, pensions, retraites, minima sociaux, il faut remonter à 1968 – ou qu’elles n’ont jamais été éprouvées comme une juste répartition des richesses créées, avec le contrôle et l’intervention des travailleurs et des citoyens dans la gestion des entreprises et de l’économie.

Nicolas Sarkozy s’efforce de détourner la colère populaire en dénonçant, à juste titre, les bonus des banquiers ou la redistribution de dividendes aux actionnaires d’entreprises ayant sollicité l’Etat.

Mais il dénonce pour détourner l’attention et avoir les mains libres pour aller dans la même voie.

Car concrètement non seulement il ne fait rien pour limiter les effets de la crise pour les plus exposés, mais il poursuit ses réformes qui accroissent encore plus les inégalités et les injustices.

La France a connu à la fin de l’année passée une hausse du chômage d’une rapidité sans précédent.

Fin décembre 2008, on décomptait 2.114.300 personnes reconnues officiellement comme chômeurs, 45.800 personnes supplémentaires soit une augmentation de 11,4% en un an. C’est exactement le niveau atteint juste avant l’arrivée de Sarkozy à l’Elysée.

Cette remontée du chômage touche principalement les emplois en contrat à durée déterminée, les missions d’intérim, la hausse la plus spectaculaire du chômage touchant les jeunes, déjà menacés et inquiétés par les réformes dans l’éducation comme l’ont signifié dernièrement les lycéens.

L’industrie, et au premier chef l’industrie automobile devrait rester en première ligne avec 81 000 emplois perdus au premier semestre 2009, soit le double du second semestre 2008.

Le bâtiment qui résistait encore bien jusqu’à la fin 2008 devrait vivre un retournement de situation. Les prix de l’immobilier et du foncier s’effondrent mais le pouvoir d’achat dans le rouge et l’inquiétude quant à l’avenir n’incite pas à investir. Pourtant la crise du logement a rarement été aussi profonde et dramatique, et une relance de l’investissement dans le logement à vocation sociale aurait la vertu de répondre aux besoins, et permettrait également de relancer l’emploi.

Nous devons à mon sens insister fortement sur les investissements vertueux car nécessaires, indispensables, répondant à un double besoin celui des besoins vitaux, et celui de créer de l’activité.

Nous payons aujourd’hui non seulement les aventures de spéculation financière mais le sous investissement pour ne pas dire l’absence d’investissement dans l’industrie, dans des productions, dans les services.

Face à cela, faisons vivre nos propositions pour un nouveau mode de développement social et écologique. Elles méritent d’être plus connues, plus confrontées, plus déployées concrètement en travaillant l’issue à la crise.

Il s’agit de prendre la mesure que la pensée unique a trop ancré dans les têtes le coût de la main d’œuvre, les charges – qui ne sont en fait que du salaire différé, nous ne le disons pas assez -, alors que ce qu’il se joue aujourd’hui c’est la dignité humaine, le respect, c’est la production de richesses pour vivre, ce sont les savoirs et les savoir-faire que l’on risque de perdre et pour longtemps si nous n’imposons pas rapidement une autre logique moteur d’une société d’émancipation et d’émulation humaine.

Une logique contraire à celle de la concurrence à l’ordre du jour cette année encore, avec la transposition en droit français de la directive Bolkestein d’ici la fin 2009.

Face à cette forte dégradation de l’emploi, les politiques d’urgence et de relance du gouvernement qui continuent d’encourager la spéculation financière sont très insuffisantes pour l’investissement utile.

Ce sont d’ailleurs souvent les collectivités locales, particulièrement là où nos élus influencent, qui jouent un rôle positif, et on comprend encore plus les raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy veut réformer les institutions.

Certes il y a les collectivités gérées par la gauche qui sont autant d’obstacles pour lui, mais ce qui lui est insupportable est que l’on puisse faire de la politique dans le sens noble du terme à savoir animer la démocratie, permettre aux femmes, aux hommes, aux jeunes d’intervenir sur le champ public, dans la vie de la cité.

L’objectif de sa réforme institutionnelle n’est pas la re-concentration des pouvoirs au niveau de l’Etat, il ne veut pas d’Etat, malgré l’interventionnisme de ces dernières semaines.

Il ne veut pas non plus de collectivités locales efficaces, il est pour une France gérée comme une entreprise avec lui comme PDG à sa tête.

Comme l’a exprimé Marie-George devant la commission Balladur, nous sommes pour une réforme car l’existant ne convient pas, mais nos propositions sont mues par une autre logique que la réforme qui semble se dessiner.

La question essentielle qui est posée à cette ambition réformatrice est : comment mieux répondre aux attentes de nos concitoyens ?

Et nous avons pour cela besoin d’une nouvelle avancée démocratique, permettant de favoriser la participation active des citoyens à la vie de la cité.

Nous voulons garantir la capacité des collectivités locales : juridique et financière, à agir réellement dans le sens fixé par leurs concitoyens. Cela pose la question des moyens financiers des collectivités locales, de leur rapport à l’Etat et de leur liberté d’action.

Il faut laisser de l’autonomie aux Collectivités locales, réformer profondément toute la fiscalité allant vers une véritable justice fiscale et repenser un autre rôle de l’Etat régulateur des valeurs de solidarité, d’accès aux droits vitaux pour tous et partout et jouant un rôle dans l’Europe et le monde d’aujourd’hui.

Prenons l’exemple des intempéries de ces dernières semaines.

Après la tempête qui a balayé le sud ouest et a causé des dégâts importants avec des séquelles psychologiques et humaines, a déchiqueté près de trois millions d’hectares de forêt, mesurons et saluons l’élan de solidarité des populations, l’investissement des maires et élus. La démonstration de réactivité des services publics de l’État et des collectivités territoriales, notamment en direction des ruraux est aujourd’hui une réponse d’efficacité.

Le démantèlement des services publics est lui une catastrophe au passif du gouvernement.

Cela confirme combien il est légitime et urgent de faire grandir l’exigence d’une tout autre utilisation par l’Etat et les entreprises des marges de manœuvres et des fonds publics mobilisés avec, au cœur, la nécessité d’un nouveau crédit. De manière plus générale notre réponse ne peut donc pas être limitée au soutien ou à la dénonciation ou à la critique ou aux propositions. Notre réponse doit être globale : tout à la fois les quatre postures que je viens d’évoquer pour dessiner un projet de société de vivre ensemble que nous avançons et je vous renvoie aux orientations de notre Congrès.

Enfin notre réponse doit être surtout démocratique, donc politique…

Ce sont ces réponses politiques qui permettront au monde de vivre autrement que sous les dominations, l’oppression, les violences et les guerres comme à Gaza.

Domination, comme cette réunion régulière des riches et des puissants de ce monde à Davos, qui contrevient au principe d’un débat démocratique ouvert que nous défendons.

À part les affaires et le profit qui sont à la base de nombreuses rencontres de Davos, les participants veulent surtout influencer entre eux, presque en privé et hors du contrôle de l’opinion, l’agenda politique et économique du monde.

Le thème de Davos cette année était « Configurer le monde de l’après-crise »… Pourtant, ceux que l’on y retrouve sont les mêmes qui, par leurs choix et leurs comportements, ont déclenché cette crise et enfoncé nos économies dans le marasme actuel.

Ce qu’ils veulent est clair : privatisation des gains et collectivisation des pertes. Que cette crise serve d’occasion pour discuter des modalités de fonctionnement de notre modèle économique et social. Évidemment pas à huis clos comme à Davos, mais plutôt comme au Forum Social Mondial qui s’est achevé dimanche dans la cité amazonienne au Brésil s’est fait beaucoup plus incisif que les précédents dans la critique du capitalisme.

Le Forum a été considéré cette année comme un succès par ses organisateurs, où 133.000 personnes de 142 pays se sont retrouvées pour débattre et tenter d’impulser des luttes communes.

Pressés de proposer des mesures face à la crise, les altermondialistes réclament « une série de mesures d’urgence », qui vont de « la nationalisation sans indemnisation et sous contrôle social du secteur bancaire » à « la garantie du droit à la terre, au territoire, au travail, à l’éducation et à la santé pour toutes et tous », en passant par « l’arrêt des guerres ».

Une des décisions a été l’organisation d’une « semaine d’action globale contre le capitalisme et la guerre ». Elle commencera le 28 mars à Londres contre le sommet du G20 et s’achèvera le 4 avril à Strasbourg, je vais en dire quelques mots juste après.

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Le lien se fait ainsi plus naturel, entre les enjeux locaux, concrets et quotidiens et les enjeux européens qui sont aussi des enjeux mondiaux.

L’attente, l’espoir de voir l’Europe jouer un rôle positif dans le monde est à la mesure des défis globaux auxquels les peuples sont aujourd’hui confrontés.

C’est le défi d’un nouveau mode de développement, c’est le défi d’un ordre international plus démocratique et plus juste et d’une rupture avec les hiérarchies de puissance et les politiques de domination. C’est le défi de la paix et du désarmement.

Le 4 avril 2009 aura lieu à Strasbourg une grande manifestation internationale à l’occasion du 60ème anniversaire de l’OTAN. Cet événement, auquel nous allons contribuer très activement, est déjà en préparation.

Des collectifs unitaires très diversifiés français et allemand, avec d’autres participations européennes, notamment britanniques, travaillent ensemble pour faire de ce 4 avril -avec des initiatives diverses en France et en Allemagne- un très grand moment de mobilisation populaire et d’exigences politiques de haut niveau pour cette refondation européenne, cet autre rôle de l’Europe dans le monde que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir construire sur notre continent et notamment en France.

Ce 60ème anniversaire de l’OTAN pose des questions décisives sur le mouvement du monde. Ces questions là, il nous faut les prendre à bras le corps.

Ce que rappelle ce 60ème anniversaire de l’OTAN c’est d’abord l’échec majeur des logiques de guerre et des politiques de puissance qui ont constitué hier le coeur de la stratégie et des choix idéologiques de l’administration néo-conservatrice de George Bush.

Cet anniversaire marquera la fin d’une période désastreuse pour les relations internationales et en particulier pour le Moyen-Orient. Le néo-impérialisme de Bush a montré ses limites et les tragédies auxquelles il a conduit.

Les problèmes, les crises, cependant, sont toujours là, comme le montre une terrible actualité au Proche-Orient, en Afghanistan ainsi qu’une situation toujours problématique en Irak. Et les attentes, par exemple en Amérique latine, sont particulièrement fortes.

Quelle que soit la politique de la nouvelle administration des Etats-Unis, avec l’arrivée de Barak Obama qui suscite beaucoup d’espoir surtout parmi le peuple américain, l’Europe est et sera devant sa responsabilité.

On ne peut pas, en effet, se réclamer, comme beaucoup le font d’une Europe politique, et refuser de chercher pour l’Europe les moyens d’un rôle indépendant et efficace pour contribuer à résoudre les crises et les conflits, faire appliquer le droit international, faire reculer les ingérences, faire respecter la Charte et les résolutions des Nations Unies... c’est-à-dire peser réellement en faveur d’un nouvel ordre international de paix, de justice et de libertés.

On ne peut pas prétendre -comme Nicolas Sarkozy- faire d’un partenariat euro-méditerranéen de sécurité, de démocratie et de coopération une dimension essentielle de la politique européenne tout en laissant à d’autres -aux Etats-Unis en particulier- le soin de traiter ce qui constitue une -sinon la- question essentielle pour le monde arabe et pour le Moyen-Orient : la question de Palestine.

Oui, l’Europe et ses Etats membres sont devant leur responsabilité. Une lourde responsabilité.

En bombardant Gaza durant 3 semaines, au prix d’une multiplication de crimes de guerre, au prix d’un bilan humain, mais aussi économique et social, tragique et sidérant, les dirigeants israéliens ont montré une fois encore leur mépris de la justice et celui des droits du peuple palestinien.

Il y a beaucoup à dire sur cette septième guerre d’Israël. Au point où une enquête internationale et des sanctions sont à l’ordre du jour dans le débat politique. Soulignons simplement mais avec force que cette guerre a remis au sommet des priorités politiques internationales l’exigence d’une solution juste et durable au conflit, l’exigence de l’édification d’un Etat palestinien souverain dans les frontières d’avant juin 1967.

La responsabilité des Européens est donc clairement définie : soit ils se décident enfin à agir avec détermination pour la paix, la justice, pour une sécurité au bénéfice de tous, soit ils ne pourront que constater la mise en place des conditions d’une prochaine guerre, une énième crise... C’est cela la leçon politique essentielle de la guerre d’Israël contre le peuple palestinien à Gaza. Cette crise majeure a ouvert une nouvelle donne politique internationale pour le Proche-Orient. Les Européens doivent en prendre la mesure et engager les initiatives qui s’imposent d’urgence.

Une part déterminante de la crédibilité de l’Europe se joue au Sud, en Méditerranée notamment. Il n’y a pas d’avenir pour l’Union européenne sans un investissement politique, institutionnel, économique, culturel qui fasse d’une Europe refondée un acteur majeur et positif de la paix, et de la coopération dans toute cette région.

D’où l’importance considérable que nous devons attacher à la redéfinition d’une politique européenne pour la sécurité internationale, pour le règlement des conflits et le désarmement, dans une conception nouvelle, en liaison étroite avec la politique de coopération au développement.

Cette même politique de coopération et d’aide au développement doit aussi sérieusement retenir notre attention.

La crise systémique du capitalisme promet, en effet, de lourdes conséquences économiques et sociales en particulier pour les pays qu’on appelle « les moins avancés » et en particulier les pays d’Afrique. La grave dérive néo-libérale des accords de partenariat de l’Union européenne avec ces pays ont déjà ouvert un contexte d’affaiblissement, d’appauvrissement et de dépendance aggravés.

C’est ce qui a conduit, lors du sommet Europe/Afrique de décembre 2007 à Lisbonne, les chefs d’Etat africains à une résistance nouvelle, montrant, ici aussi, les limites d’un mode de gestion et d’exploitation tourné en priorité vers les intérêts des capitaux et des multinationales européennes.

Là aussi, la responsabilité européenne est considérable. Dresser des murs dans le cadre d’une politique de tri répressif et ultra-sélectif des migrants est une stratégie à la fois inhumaine, indigne et vouée à l’échec. Là aussi, la crédibilité de l’Europe est en question, face au formidable enjeu du développement durable, de l’avenir de l’Afrique et de la question du sous-développement.

Changer d’Europe, cela veut donc dire aussi que l’Europe doit changer de rôle dans le monde.

Ni membre subalterne de l’OTAN sous tutelle américaine, ni Europe puissance à prétention dominatrice.

Nous voulons une Europe qui soit un acteur mondial positif et indépendant, agissant pour un nouveau système de sécurité sur le continent européen et dans le monde, à l’initiative pour la coopération et le développement durable, pour le désarmement nucléaire, pour l’élimination de toutes les armes de destruction massive et contre leur prolifération.

Changer d’Europe pour contribuer à changer les relations internationales et le monde : c’est d’une exigence de pleine actualité.

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C’est dans ce contexte que s’ouvre la campagne pour les élections du 7 juin prochain comme jamais nous l’avons connu depuis trente ans, en 1979, date de la 1ère élection des députés européens au suffrage universel

La question de la remise en cause des fondements mêmes de l’Europe libérale est désormais à l’ordre du jour du débat politique dans notre pays.

Je suis convaincu, dans cette situation nouvelle, qu’en prenant franchement l’initiative de ce combat au nom d’une grande ambition pour l’Europe -car il faut l’Europe !- nous trouverons de l’écho en France même.

Ce défi serait à relever en tout état de cause, même s’il n’y avait pas d’élections européennes.

Et il ne sera, bien évidemment, pas relevé le 7 juin au soir.

Mais il va de soi que ce scrutin peut constituer un moment décisif d’un processus : ce sera l’occasion de délivrer, en même temps qu’au gouvernement français, à l’ensemble des dirigeants de l’Europe libérale, un message de changement.

Etablir clairement l’existence de cette crise et la nature des obstacles aux changements nécessaires est donc un point de départ indispensable. Sans cette clarification, les solutions proposées risquent de rester superficielles et de préparer de nouvelles désillusions. A plus forte raison ne suffit-il pas de remplacer, à quelque niveau que ce soit, des personnes de droite par des personnes de gauche pour aboutir aux remises en cause aujourd’hui nécessaires.

Affirmer une grande ambition pour l’Europe Cette réalité est un réel défi, car, nous devons en être convaincus et en convaincre nos concitoyens : il faut changer d’Europe !

A l’heure de la révolution technologique et de l’explosion des communications, le besoin de coopérations très poussées à l’échelle de chaque région du monde et du monde lui-même est vital. Nous avons besoin d’Europe pour affronter positivement les grands défis auxquels l’humanité est confrontée, tel le développement des capacités humaines dans toutes les parties de la planète, tel les défis démographique et écologique.

Nous devons saisir l’occasion de cette campagne pour faire partager de nouveaux repères, crédibiliser de grands projets, susciter l’enthousiasme, lancer un combat rassembleur autour de grands axes qui sont repris dans le tract que nous avons envoyé aux Fédérations :

nous sommes pour une Europe démocratique basée sur le respect des décisions des peuples européens et leur participation à la gestion de l’Union européenne, pour la promotion d’une vraie dynamique de démocratie participative et d’intervention citoyenne

nous sommes pour une Europe d’émancipation, pour l’égalité et la promotion des capacités et des droits des femmes et des hommes, nous sommes pour une Europe facteur de justice et d’épanouissement des habitants de la planète par la réappropriation du sens et des moyens des activités humaines. Pour la conquête et l’appropriation collective des connaissances

nous sommes pour une réorientation des flux financiers pour le pouvoir d’achat et pour des investissements sociaux, écologiques et créateurs d’emplois décents et pour la production de richesses utiles à la société. Se pose ainsi la question de la recherche européenne fondamentale, technologique et industrielle ;

nous sommes pour une Europe écologique basant son développement de manière durable et respectant les biens communs de l’humanité

nous sommes pour le respect du droit international et la rénovation démocratique de l’ONU. Pour une Europe qui use de son influence pour faire émerger des relations internationales plus justes, plus démocratiques, plus pacifiques. Oui il y a besoin que s’exprime une grande ambition pour l’Europe au côté des peuples du monde. Ces quelques exemples de thèmes à faire vivre dans cette campagne européenne ont en commun de correspondre à des aspirations fortes dans la société, tout en renvoyant à notre identité de communistes, à nos valeurs comme à nos actes.

Ils nous permettent de faire vivre, dans toutes ses dimensions, notre nouvelle démarche stratégique : le rassemblement de toutes les sensibilités progressistes autour de contenus clairs, à la fois radicaux et mobilisateurs, car nous voulons vraiment changer les choses.

Dans cette démarche, tous les moments sont importants : les luttes, le débat politique, et finalement le vote, dès lors que l’on admet que celui-ci contribue, par lui-même et par l’élection éventuelle d’un ou une député, à faire bouger les rapports de force.

« Ensemble dans les luttes, ensemble dans les urnes » : cette idée mérite d’être abordée franchement dans les nombreuses initiatives que nous allons, les uns et les autres, être conduits à prendre.

C’est ainsi que nous envisageons une campagne populaire, offensive, créative et rassembleuse.

Nous commençons à entrer dans une phase où l’ensemble des formations politiques est dans les « starting block » pour les européennes.

A l’UMP, le calage s’est fait il y a deux semaines avec l’intronisation de Xavier Bertrand, et l’objectif de se « préoccuper des familles les plus fragiles », de « parler aux ouvriers », selon le nouveau secrétaire général « abandonnés » par la gauche, et de se séparer des « profiteurs » et des « spéculateurs ». Ce fut l’occasion d’un grand satisfecit de la Présidence de Sarkozy à la tête de l’Europe, par l’annonce des premiers candidats comme Michel Barnier et Rachida Dati pour l’Ile de France.

Les Verts disent avoir réussi à surmonter leurs clivages avec Bové et Cohn-Bendit. Leur positionnement vise à réorienter profondément l’Europe pour une Europe antilibérale. Une position qui se démarque du manifeste adopté par les Verts européens, jugé pas assez social, pas assez incisif. Les Verts Français espèrent bien une transformation profonde lors du congrès des Verts européens à la fin mars.

Pour le PS, le but des élections de juin est de parvenir à la constitution d’une majorité de gauche au Parlement européen, autour d’un socle commun de départ avec 27 partis européens, le Manifesto adopté par le Parti socialiste européen et qui ne remet pas en cause le traité de Lisbonne.

Le PS envisage pourtant de mener campagne contre le bilan de la droite européenne, qui s’est traduit dit-il, par une vague sans précédent de la libéralisation et de démantèlement des services publics et des droits sociaux. Ne minimisons pas la capacité du PS à faire illusion auprès des salariés en France.

Je ne cherche pas à polémiquer, car il nous faut rassembler toute la gauche pour riposter à la droite. Mais ce rassemblement doit se faire dans la clarté et dans la transparence sur les objectifs, les projets, mais aussi les prises de position du passé.

Le NPA tient en ce moment même son congrès, il devrait y définir l’orientation aux européennes, mais comme vous l’avez vu dans l’Humanité début janvier, Olivier Besancenot n’écarte pas l’idée que son parti se présente seul à cette élection.

C’est pourquoi nous nous sommes adressés aux congressistes du nouveau parti pour leur parler franchement à la veille des décisions importantes qu’ils vont prendre, et leur renouveler notre appel à constituer un front commun de gauche pour changer d’Europe.

Et ce malgré nos différences – comme la présence dans les institutions élues comme un terrain de bataille aussi indispensable que d’autres – qui ne peuvent justifier un refus de constituer ce front commun pour changer d’Europe.

Faisons donc souffler par des centaines d’initiatives, le vent qu’il est possible de créer un front de gauche, facteur d’espoir pour toutes celles et tous ceux qui à gauche souhaitent que leur vote soit utile. Utile pour dire ce qu’ils pensent des politiques actuelles ultra libérales. Utile pour se donner des députés qui siégeront dans un groupe opposé à ces politiques. Utile à gauche pour changer la donne et mettre fin à la domination des choix sociaux libéraux ou sociaux démocrates qui y dominent aujourd’hui.

Comme nous nous étions engagés dans la résolution du 24 octobre 2008, nous nous sommes donc adressés aux forces politiques et sociales, aux femmes et aux hommes représentatifs des courants politiques progressistes qui se reconnaissent dans cette démarche de rassemblement dans la clarté.

Je rappelle qu’à notre congrès nous avons opté pour des fronts et non pas pour un front permanent sur toute question d’actualité ou électorale.

L’enjeu des européennes est très grand. Le peuple de gauche notamment sait bien quelles politiques sont responsables de la crise, de la mal vie.

Il souhaite pouvoir voter le 7 juin pour une offre d’alternative claire aux choix libéraux ou sociaux démocrates. Cet objectif politique est suffisamment important pour ne pas le brouiller dans des réflexions qui pourraient apparaître comme politiciennes.

Il ne peut y avoir de longue période d’incertitude dans lesquelles se discuteraient les conditions d’éventuels rassemblements en liaison par exemple avec telle ou telle autre échéance électorale suivante.

Les électeurs ne voteraient pas pour une liste qui leur dirait « le 7 juin ce n’est pas important, ce qui compte c’est après… »

Pour nous le rassemblement, ce sont des organisations politiques et la « sphère culturelle » de celles et ceux qui veulent contribuer au succès d’une réponse de gauche à la question européenne.

Chaque organisation doit être respectée et l’image nationale que nous donnerons de notre rassemblement comptera pour le dynamisme du rassemblement des militantes et des militants qui dès maintenant doivent se mettre en mouvement dans toute la France.

Sans négliger le rassemblement nécessaire de candidat-e-s qui « parlent » aux régions, nous proposons de travailler à un accord national portant sur les têtes de listes et sur les 21 ou 28 premiers candidat-e-s de ces listes, c’est-à-dire les 3 ou 4 premiers de chaque liste.

Cela doit permettre de donner à voir toutes les diversités que nous souhaitons rassembler. Les têtes de listes ne se répartissent pas entre les deux premières formations constituant le front et qui ensuite « feraient de la place » ; dès maintenant nous proposons que ces têtes de listes soient réparties entre le PCF, le PG et les organisations qui constitueront le front.

De nombreuses personnalités peuvent trouver leur place dans ce rassemblement et des « européens » comme candidat ou dans un comité de soutien. Nous travaillons d’ailleurs en étroite liaison avec le PGE.

Concernant les communistes, ils sont représentés par leur parti dans les rencontres qui ont lieu et leur présence dans les listes – dans toute leur diversité - décidée par leur parti.

Avec ces principes de base nous avons déjà rencontré le Parti de Gauche, le NPA, les Alternatifs, le MRC, le M’PEP. Francis Parny interviendra pour vous donner plus d’éléments.

Avec le Parti de gauche nous avons décidé de constituer un « Comité de Liaison » permettant à chacun d’être partie prenante à égalité de ce rassemblement.

La première réunion aura lieu jeudi prochain, mais d’ores et déjà nous avons décidé d’inviter les organisations de gauche, les personnalités, susceptibles d’adhérer au Front de Gauche pour changer d’Europe à nous rejoindre dans ce comité de liaison et nous leur soumettons notre texte commun d’orientation. Au niveau de la conduite de la campagne au sein de notre Parti, nous recherchons l’efficacité par la cohérence et la réactivité avec l’organisation coordination, CEN, CN, collectif Europe, dont font partie les responsables de circonscriptions.

Ce pilotage nationale ne signifie pas que nous visions à en faire une question de sommet, entre organisations, nous voulons au contraire une campagne populaire, où les communistes et de nombreuses femmes et hommes qui se retrouvent sur nos contenus, notre démarche s’impliquent. Pour cela il faut leur donner en permanence tous les éléments, jouer la carte de la transparence, les informer, des initiatives, du contenu de nos rencontres avec les autres forces, de nos débats.

Et quand je dis mettre les communistes rapidement en mouvement pour une campagne populaire en les invitant à prendre une centaine d’initiatives dès le mois de février, c’est bien dans le but de les associer à la construction du rassemblement, et à tous les choix jusqu’aux candidatures.

Nous co-organisons les premiers meetings qui sont ouvert aux forces et personnalités qui souhaiteront s’associer à cette démarche : avant-hier c’était à Montpellier, le 10 février ce sera à Marseille, dans le Nord Ouest le 14 mars à Lille.

Le principe d’un meeting national à Paris le dimanche 8 mars au Zénith a été arrêté et sera soumis aux différents partenaires.

Par cette date symbolique, journée internationale des femmes, nous voulons en faire l’initiative nationale de lancement de la campagne.

En matière de communication, nous disposons d’un tract depuis le lendemain du 29 janvier pour exposer notre démarche.

Pour inviter des personnes, des personnalités à s’engager et engager des organisations à constituer le Front de gauche, nous avons élaboré un appel.

Une affiche du Parti est en confection.

Concernant les candidatures du Parti, pas d’attentisme

Il est maintenant urgent de débattre et de décider de la constitution des listes « du front de Gauche pour changer d’Europe » et des candidates et des candidats que nous soutiendrons pour incarner la démarche de rassemblement.

Si la constitution définitive des listes se travaillera avec les partenaires avec qui nous mènerons la bataille, il convient de décider très vite des candidatures déjà les nôtres – en quelque sorte des chefs de file communistes - que notre parti présentera dans les différentes circonscriptions, de leur nombre et de la place que nous pourrons proposer qu’ils occupent sur les listes.

Nous devons aussi proposer à nos partenaires des candidats non adhérents du parti qui accepteraient de participer à cette bataille électorale.

Ce travail devra s’organiser dans les fédérations qui forment les circonscriptions électorales, en assurant une bonne concertation entre elles et avec la direction nationale du parti.

Nous proposons que ce travail soit achevé le vendredi 20 Février prochain.

Dans la semaine du 23 au 27 Février les conseils départementaux devront tous se réunir pour donner leur avis sur les premières candidatures – 2 ou 3 - présentées par notre parti sur les listes et éventuellement sur la composition de ces dernières en fonction des avancées de nos discussions avec nos partenaires.

Les avis de tous les conseils départementaux seront alors soumis au conseil national qui, lors de sa session des 28 Février et 1 Mars, les validera.

Les communistes se prononceront ensuite par un vote qui portera sur – les candidatures communistes de - la liste correspondant à leur circonscription électorale, - avec pour information l’ensemble de la liste concernée et - les listes de toutes les autres circonscriptions.

Nous souhaitons que ce vote intervienne courant mars sur des listes complètes et définitives, ce qui, chacun l’a compris ne dépend pas que de nous.

Je me résume, d’ici fin février avançons sur les premières candidatures communistes, chef de file, sans déterminer suivant les circonscriptions si elles seront tête de liste ou pas, sauf bien entendu là où c’est déjà déterminé comme en Ile de France ou dans le Nord Ouest.

Et les communistes seront consultés dans le courant du mois de mars.

Nous devons profiter de cette période pour remettre la carte 2009.

Faire de sa remise à chaque adhérent, dans des délais rapides, un objectif en mettant en place l’organisation qui permettra de l’atteindre, n’a rien d’une tâche « habituelle » à accomplir en plus de notre mobilisation pour les élections européennes : il nous faut regarder comment nous en faisons un moment de rencontre, dans des formes à définir, avec les adhérents du parti, pour débattre avec elles et eux de notre démarche et de notre ambition pour cette élection , et pouvoir ainsi les rendre acteurs et partie prenante de notre campagne.

Nous avons proposé également de faire de l’édition de cette nouvelle carte, l’occasion de mieux faire connaître notre parti, en proposant à toutes celles et ceux que sa politique intéresse de le rejoindre. Là aussi, le lancement de notre campagne peut être l’occasion de renouer avec les habitudes de proposer, autour de nous, l’adhésion au PCF.

Nous n’y avons certes jamais renoncé et nous sommes capables de réaliser des adhésions mais n’y a t il pas à prendre la mesure du climat nouveau qui existe dans le pays avec la mobilisation du 29 Janvier, notre présence reconnue à cette occasion ou lors des trois journées d’action pour populariser nos propositions face à la crise ?

Des regards nouveaux se tournent vers nous qui sont parfois des demandes. Elles doivent nous rendre audacieux, en sollicitant au cours d’une semaine de renforcement du parti, toutes celles et ceux, et nous en connaissons beaucoup, qui pourraient le rejoindre pour peu qu’on le leur propose.

Chers camarades,

Nous sommes à seize semaines des élections européennes. Jamais, depuis 30 ans que ces élections existent, le lien entre les exigences de changements exprimées par notre peuple et l’urgence d’une intervention politique visant les fondements même de l’actuelle construction européenne n’est apparu aussi clairement.

Voilà pourquoi il faut aujourd’hui, d’un même pas, agir pour changer la société et agir pour changer d’Europe.

Fer de lance de l’opposition progressiste à l’Europe libérale, nous devons apparaître tout aussi clairement comme les porteurs d’une grande ambition pour l’Europe.

Nous voulons contribuer de toutes nos forces à rassembler en France -et, avec nos amis des pays voisins, dans toute l’Union-, les femmes et les hommes, dans leur diversité d’origine, de culture, de sensibilité qui ressentent comme nous le besoin d’unir les Européens autour de quelques grands projets communs.

Ouvrons le débat à ce propos avec toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans les revendications qu’ont mis en avant les organisateurs de la journée d’action du 29 janvier.

C’est avec elles et avec eux que nous changerons d’Europe.

Je vous remercie de votre attention