Conseil national du 28 mars : Rapport de Francis Parny

Dans le Figaro de la semaine dernière, Alain Minc a décrété l’état d’urgence.

Il écrit dans une « lettre ouverte à mes amis de la classe dirigeante » qu’il faut « mesurer que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fut-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous, à leurs têtes, fautifs. »

« Ignorez-vous – lance Alain Minc - que la quête de boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se joue en 1788 ? »

Tous à nos pics camarades, La Bastille n’est pas loin.

Malgré tout, Alain Minc met le doigt sur une originalité française confirmée dans la crise que nous traversons. Celle-ci est à la fois lourde de menaces pour le monde du travail et toute la population et elle est en même temps, à l’origine d’une protestation de plus en plus unanime et d’un mouvement social sans précédent par sa force et sa lucidité sur les racines de cette crise.

Pour ne pas être trop chauvin, précisons tout de suite que la protestation sociale est aussi européenne et mondiale ; des manifestations européennes sont prévues à la mi-mai à Bruxelles, à Prague, à Berlin et à Madrid notamment ; et la contestation du G 20 confirme que la mobilisation, comme la crise, est mondiale.

La crise est d’abord une menace, elle s’aggrave. Depuis le début de l’année il y a 3 000 chômeurs de plus chaque jour, deux par minute. Les chiffres du chômage sont pourtant sous-estimés et trafiqués. La dégradation de la situation se voit dans l’annonce hebdomadaire, presque journalière, de plans de licenciements et de restructuration, mais aussi dans la hausse des prix avec cette révélation scandaleuse que ces prix sont plus élevés en grande surface pour les produits conditionnés pour les familles nombreuses. Elle se voit dans l’augmentation du nombre de personnes en dessous du seuil de pauvreté ou du nombre de familles menacées d’expulsions locatives. Et la dégradation constante et organisée des services publics se poursuit, notamment la véritable mise à mort de l’hôpital public.

Mais la crise est aussi intolérable par l’insolence de ceux qui en sont à l’origine. Les profits flambent. Les groupes du CAC 40 ont réalisé en 2008, pour quelque 75 milliards d’euros de bénéfice malgré le retournement de la conjoncture au second semestre. Nombre d’entre eux ont accru les dividendes versés aux actionnaires et tous s’apprêtent, cette année, à réduire leur masse salariale. L’emploi est ainsi, plus que jamais, la véritable variable d’ajustement de la crise. A la moindre baisse de commandes, à la moindre réduction des bénéfices, au premier désidérata des actionnaires, les grandes entreprises n’ont qu’une réponse : baisser le coût du travail, supprimer des emplois. C’est pour mettre fin à ce reflexe de classe que Marie-George Buffet a déposé le 24 mars une proposition de loi visant à « interdire les licenciements dans les entreprises qui ont distribué des dividendes aux actionnaires dans l’année comptable précédente ». C’est une première proposition d’urgence, avant d’autres propositions qui seront déposées notamment sur les pouvoirs des salariés dans la gestion, et le conditionnement des aides publiques au contrôle de ces aides par les salariés et les élus. La mobilisation populaire se fait sur une claire conscience des raisons de la crise. Les sondages confirment que 6 à 8 personnes sur 10 ont une mauvaise opinion de la Bourse, de l’économie de marché, du capitalisme, des banques ou des grandes entreprises. Les luttes se déroulent à la fois pour défendre des acquits de notre système social reconnu utiles dans ces temps de crise mais aussi sur des thèmes offensifs à la recherche de droits nouveaux et de considérations où l’intérêt général se mêle aux intérêts individuels. Ainsi faut-il saluer par exemple l’Appel des Appels regroupant des professionnels divers qui tous dénoncent une société présentant « l’homme économique » comme un modèle incontournable qui détruit les métiers de ces professionnels et leur mission au service de toutes et de tous. Dans tous les conflits, dans toutes les mobilisations se conjuguent les soucis de radicalité et d’unité à l’image de l’intersyndicale et de la plateforme qui la rassemble. Les mécanismes essentiels du système capitaliste sont contestés comme la précarisation généralisée de l’emploi ou les rémunérations scandaleuses et disproportionnées des patrons, des actionnaires et des managers.

C’est le modèle de développement capitaliste qui est mis en cause lui-même, en tant qu’il continue de creuser des inégalités de plus en plus insupportables, en tant qu’il développe des logiques de concurrence dans lesquelles les petits sont toujours les victimes, en tant qu’il est prédateur des ressources naturelles de la planète en général, en tant qu’il s’appuie sur un libre échange qui nie toujours plus la demande au point de mettre en cause la production des richesses elle-même, à la base pourtant de tout développement humain.

Cette crise est bien sur mondiale, elle nécessite des mobilisations planétaires.

C’est l’ensemble des institutions politiques, financières, commerciales internationales qui sont à la fois questionnées par la crise et dans l’impossibilité de trouver des solutions puisqu’elles reproduisent toujours les mêmes poncifs de la société capitaliste.

Face au G20 qui se tiendra le 2 avril à Londres, la journée du 28 mars a été déclarée journée mondiale de mobilisation par le Forum social mondial de Belèm. Le PCF y participe activement, et sera présent, avec une délégation de notre Conseil National, à la manifestation parisienne de cet après-midi. La veille du G20 à Londres, où d’importantes manifestations sont prévues, le Front de gauche invite à débattre de l’Europe dont nous avons besoin.

Alors qu’on nous annonce régulièrement un nouveau Bretton Woods, les G20 se suivent et se ressemble bien loin des nécessités. Cette fois encore les annonces concernant les paradis fiscaux risquent de faire long feu. Pourtant la confrontation d’idées s’accentue sur les besoins d’une autre organisation mondiale des relations économiques. L’ONU a pris une initiative intéressante en mettant en place un groupe de travail présidé par le prix Nobel Joseph Stieglitz auquel participent des personnalités progressistes. Ces derniers jours, la proposition d’une monnaie de réserve mondiale pouvant servir d’outil anticrise commun, déconnecté des intérêts particuliers du dollar, a pris une toute nouvelle importance confortée par les récentes déclarations des Chinois sur le besoin d’une monnaie de réserve semblable aux droits de tirage spéciaux du FMI.

Dans la préparation de ce G20, l’Europe à encore faillit, à l’image du sommet « social » programmé en mai et annulé. La démission du Premier ministre tchèque Mirek Topolanek risque de peser sur la ratification du traité de Lisbonne. D’autres pays européens connaissent des difficultés encore pires que la République tchèque. La Hongrie, la Roumanie ont du demander une aide d’urgence du FMI, tout comme la Lettonie. Dominique Strauss-Kahn vient lui-même de déclarer, à la veille du G20, que la crise économique dans ces pays peut provoquer des désordres sociaux qui « menaceraient les démocraties et dégénéreraient en conflits et même en guerre ».

Quant au voyage de Nicolas Sarkozy en Afrique, deux ans après les promesses tonitruantes de ruptures avec la « Françafrique », les citoyens africains et français attendent encore que le Président « du pays des droits de l’homme » prenne en compte leurs demandes de réformes politiques, de transparence dans la prise de décision, de satisfaction des aspirations des peuples africains, de respect de leur souveraineté et de coopération mutuellement avantageuse.

La réintégration complète de la France dans l’OTAN enfin, vient renforcer encore les choix dangereux et inadaptés au monde d’aujourd’hui de notre président. Nous avons besoin tout à la fois d’une Europe et d’une France qui soient fortes et indépendantes dans une toute autre politique. L’OTAN n’est pas une institution banale. C’est un consensus obligé sur un concept stratégique, ce sont des politiques convergentes, des conceptions et des objectifs communs, une hiérarchie de puissances, une chaîne de commandements... C’est aussi la valorisation des politiques de force et du surarmement des Etats appartenant à cet OTAN que Nicolas Sarkozy appelle sa « famille occidentale ».

C’est dire l’importance de la manifestation internationale du 4 avril et du Contre-sommet du 1er au 5 avril à Strasbourg, organisés par 500 organisations politiques, pacifistes, syndicales d’une trentaine de pays. La mobilisation est forte en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne, mais il y aura aussi des délégations d’Espagne, de Grèce, de Turquie et même les Etats-Unis, le Canada et le Japon seront représentés à Strasbourg. Les organisations pacifistes jouent un rôle important dans ces initiatives. En France notamment, le Mouvement de la Paix que nous avons rencontré récemment, coordonne le « Collectif national unitaire anti-OTAN » auquel le PCF appartient, et qui rassemble une cinquantaine d’organisations.

Les autorités françaises, dès le début, ont mis de nombreux obstacles sécuritaires et financiers pour entraver l’organisation de la manifestation et des autres initiatives du Contre-sommet. Les atteintes aux droits de manifestation, de réunion et d’expression se sont accumulées comme le montre l’affaire des « drapeaux de la Paix » que des habitants de Strasbourg avaient étendus à leurs fenêtres et que les forces de l’ordre leur ont demandé de retirer ou encore le fichage des habitants du centre-ville. Les autorités commencent à reculer. Elles ont accepté que le lieu de rassemblement pour la manifestation soit le « Jardin des deux rives » à côté du Pont de l’Europe.

En France, face à la crise, Nicolas Sarkozy, le gouvernement et la droite manœuvrent en recul. Certes, ils poursuivent leur politique de réformes fondée sur les mêmes critères de réduction de la dépense publique, de pression sur les salaires et de cadeaux multiples au patronat. Mais ils sont obligés de tenir compte de la mobilisation. Ils cèdent sur certains points : en Guadeloupe, sur le travail du dimanche, sur l’évaluation des enseignants chercheurs. Mais ils n’abdiquent jamais sur leur volonté de poursuivre la casse des acquis de notre système comme on le voit dans l’Université. L’électorat de Nicolas Sarkozy l’oblige à ces reculs. Un sondage de Viavoice est ainsi commenté par son directeur : « De façon singulière, les mouvements sociaux actuels n’induisent pas un clivage « traditionnel » entre gauche et droite. Ils bénéficient de la solidarité des sympathisants de gauche, des sympathisants du Modem, et d’une forte minorité de l’électorat sarkozyste de 2007 (- 42% -). Cette ligne de fracture atypique éclaire, pour partie, le positionnement du président de la République. Pour autant, ces divergences de l’électorat sarkozyste ne se prolongent pas en un clivage politique : les personnes interrogées font volontiers référence au « courage » et au « dynamisme » du chef de l’Etat ; beaucoup estiment que Nicolas Sarkozy est « le meilleur », par comparaison avec la gauche ou avec les leaders politiques précédents et que « personne ne pourra faire mieux ».

Et dans le même temps, le Président a retrouvé des accents de père fouettard, dans un long discours sécuritaire à Gagny, la veille même de la formidable journée d’action du 19 mars afin, sans doute, de déplacer les médias sur ce sujet. Il ne s’agit pas seulement là d’une diversion minable. On ne peut en effet qu’être inquiets de cette dérive autoritaire actuelle. La chasse aux jeunes est devenue une pratique courante, comme la caporalisation de la justice. « Police partout, justice nulle part » : ce slogan refleurit à juste titre. La vidéosurveillance traque nos citoyens à longueur de temps. Dans les entreprises, les patrons, encouragés, ont la main lourde avec les syndicalistes. La tutelle sur les médias atteint des sommets. Nous appelons à un rassemblement devant France Télévision et les grands médias le 8 avril au matin pour exiger le pluralisme de l’information et le 1er avril nous soutiendrons dans un rassemblement, place Nationale, les quatre journalistes auditionnés par la police dans l’affaire de la cassette sur Nicolas Sarkozy sur FR

De son côté, le Medef lui-même est dans une posture délicate. Alors que sa direction jouait résolument la carte de la modernité libérale, ce patronat se voit très directement mis en cause par l’opinion. Laurence Parisot use de termes guerriers contre la grève du 19 mars, mais on a pu entendre, dans bien des endroits, des petits patrons se solidariser avec les manifestants.

Quant au Parti socialiste, son positionnement sur la crise et le plan de relance tient pour l’essentiel dans une différence de niveau d’engagement sans distinction véritable sur le contenu des mesures. Le PS semble vouloir s’efforcer de mobiliser sur le thème de l’opposition à Nicolas Sarkozy, en faisant jouer une fois de plus le « vote utile » pour exprimer le mécontentement que provoque la politique de la droite. Mais cette orientation se heurtera dans la campagne européenne au choix du parti socialiste de s’engager avec plus de netteté, pour aujourd’hui et pour demain, au sein du Parti socialiste européen. Ce choix s’est notamment affirmé par la présence de sa première secrétaire à Madrid, au lendemain du congrès de Metz, pour adopter le « Manifesto » du PSE, puis le 19 mars à Bruxelles pour présenter le « plan de relance » de celui-ci. Le premier grand meeting de la campagne européenne du Parti socialiste se tiendra d’ailleurs à Lille le 24 avril avec les dirigeants du PSE.

Bien sur le chef de l’Etat s’efforce d’occuper le terrain de la bataille des idées. Il y occupe même une place privilégiée par un discours sur la moralisation du capitalisme, la limitation des excès financiers des actionnaires et des managers. Certes, les actes concrets manquent et limitent la portée du discours mais l’absence d’une présence forte de la gauche sur ce terrain est bien sûr dommageable.

Pourtant de nombreux indices dans le monde et en France montrent que des alternatives sont possibles. Dans un chat sur Monde.fr, Raymond Torres, directeur de l’Institut international d’études sociales du Bureau international du travail (BIT), dénonce la faiblesse des mesures pour l’emploi dans les plans de relances mondiaux. Il appelle a donner « aux normes internationales du travail du BIT une place plus importante, pour éviter ainsi une concurrence déloyale, néfaste pour l’économie mondiale » et à développer le volet formation des plans de relance en « ciblant » les publics à risques, les moins qualifiés, les jeunes peu qualifiés ; en permettant aux services publics de l’emploi d’intervenir dans les entreprises avant même le licenciement, comme dans certains pays européens.

Ils peuvent ainsi aider les employeurs à mettre en place des programmes de formation qui diminuent les risques de licenciement, et évitent que le temps libéré par le chômage technique ne serve à rien.

La réponse politique à la crise, nous pouvons la nourrir de nos choix de communistes. Non pas qu’ils soient les seuls à correspondre aux besoins de nos concitoyens ou que nous mêmes suffisions, seuls, à promouvoir des rassemblements majoritaires. Nous avons fait le choix de construire des fronts sur des contenus exigeants et dans des rassemblements les plus larges possibles à chaque fois. Nous apportons dans ces rassemblements notre pensée et nos propositions. Elles enrichissent le pot commun de ces unions qui permettent que partis politiques et mouvement social se côtoient.

Notre congrès a précisé le choix de société que nous faisions. Rupture avec le capitalisme pour satisfaire les besoins humains par un nouveau type de développement appuyé sur le développement et la recherche, sur des politiques industrielles respectueuses des ressources de notre planète, mobilisant notamment les énergies renouvelables ; intervention de la puissance publique et promotion de nouveaux droits pour les salariés dans les entreprises et pour les citoyennes et les citoyens dans les quartiers populaires.

Prenons conscience que ces choix peuvent mieux être reçus aujourd’hui, tant la crise fait percevoir toute la nocivité du fonctionnement capitaliste. Nos concitoyens prennent leur distance avec ce système, ça bouge dans les têtes : on accepte moins les inégalités, on tolère moins certaines injustices, on attend une autre utilisation de l’argent, on mesure mieux que ce n’est pas la crise pour tout le monde ; la crédibilité même du capitalisme est en question. Cela suscite une aspiration au changement, un climat propice pour faire connaître et soutenir nos propositions.

360 milliards d’euros pour les banques cela fait réfléchir au fait que de l’argent il y en a et que l’Etat est en situation de le mobiliser. Alors pourquoi ne pas demander des contreparties à ce renflouement, une prise de participation de l’Etat, la nationalisation de certaines banques pour constituer un pôle public du crédit qui avec la Caisse des dépôts oriente l’argent autrement, en faveur de la recherche et de l’innovation, en faveur de productions respectueuses de nos ressources, en faveur des entreprises qui créent des emplois, favorisent la formation de leurs salariés, augmentent leur rémunération. Ces propositions peuvent mettre en lumière la nécessité de rompre avec le pacte de stabilité de l’union européenne déjà mis à mal par ses propres défenseurs, de redéfinir les missions de la BCE, de mettre en place une autre monnaie de réserve mondiale que le dollar, à l’image des droits de tirages spéciaux du FMI.

Les centaines de millions distribués en dividendes, en parachutes dorés et autre stock d’argent en option privative sur les valeurs boursières rendent insupportables les licenciements, les bas salaires, la précarité et le chômage partiel organisé par ceux qui profitent de ces pactoles. Alors pourquoi ne pas donner plus de droits aux comités d’entreprises et aux délégués du personnel pour suspendre ces plans de licenciements, obliger à discuter des plans alternatifs déposés par les organisations syndicales en mobilisant élus et représentants de l’Etat auprès des salariés afin que prévale l’intérêt général ? 1968 a permis la reconnaissance de la section syndicale d’entreprise, 2009 doit déboucher sur de nouveaux droits pour les salariés. C’est un défi nouveau car l’entreprise a changée depuis 1968.

Les réseaux de sous-traitances et leur dépendance à l’égard des grands groupes donneurs d’ordres nécessitent une reconnaissance des droits des salariés y compris en dehors de leur entreprise, là où les décisions se prennent. De ce point de vue, les bassins d’emplois peuvent être des lieux de droits nouveaux où l’intervention des organisations syndicales peut s’allier à celle des élus et des représentants des pouvoirs publics.

Il est possible aussi de développer considérablement la mutualisation des contributions des entreprises et des fonds publics à une formation rémunérée de qualité, notamment contre le chômage partiel. Exigeons une tout autre ampleur du fonds d’investissement social concédé, sous la pression des luttes, par le chef de l’État et imposons sa gestion paritaire.

L’égoïsme des grands managers entrepreneuriaux et les sommes gigantesques qu’ils détournent de la satisfaction des besoins humains y compris de l’investissement productif peut permettre de réfléchir, à nouveau, à la responsabilité sociale des entreprises, au gâchis que représentent les exonérations de cotisations sociales qui leurs sont octroyées.

Le débat autour du scandaleux bouclier fiscal peut permettre de montrer la nécessité de revenir à une fiscalité individuelle dont le maître mot redeviendrait progressivité, progressivité de l’effort de chacun en fonction de ses revenus pour alimenter les politiques publiques en faveur de tous. Saluons ici l’initiative de notre groupe au Sénat qui a déposé un projet de loi visant l’abrogation du bouclier fiscal, la suppression totale des « parachutes dorés » pour les grands patrons et l’interdiction des stocks options. La droite a voté contre en séance au moment même où Nicolas Sarkozy prétendait moraliser les rémunérations patronales !

La progression vertigineuse du chômage rend plus perceptible le fait que le plus important plan de suppressions d’emplois organisé en France est celui que l’État met en œuvre à hauteur de 30 000 emplois pour 2009 avec, notamment, le non-remplacement d’un départ de fonctionnaire à la retraite sur deux. C’est le service public qu’on assassine, entrainant un risque de récession plus fort de notre économie alors que la crise devrait au contraire rendre plus nécessaire le développement de tous les services collectifs pour la satisfaction des besoins sociaux et pour contribuer au maintient de l’activité économique.

On le voit ces propositions dessinent déjà les contours d’un autre projet de société que celui qui est de plus en plus rejeté par nos concitoyens. N’ayons pas peur d’élever le débat jusqu’à cet objectif : il s’agit de dessiner un autre avenir de le faire tous ensemble à partir du rejet grandissant du capitalisme.

Tous les mouvements sociaux sont marqués de la recherche de sens pour notre vie. Le « Lyanage » Guadeloupéen n’est pas un syndrome des iles. Il revendique le respect de chacune et chacun dans la relation à l’autre. Il fait écho aux propos de cette infirmière de Marseille qui dans le premier meeting du front de gauche réclamait de vivre dignement de son salaire. L’argent n’est pas une fin en soi. Seule Laurence Parisot peut tenter de justifier les rémunérations des patrons en affirmant qu’il faut que l’on sache que la France est un pays où l’on peut gagner de l’argent. Le culte de la concurrence prend un coup de vieux tant les oppositions qu’il organise entre salariés, entre territoires, entre étrangers et français minent la relation entre les humains et met en cause la cohésion sociale.

Confirmons notre évolution décisive dans notre perception du monde et la conséquence qu’elle a sur notre vision de la transformation sociale. La crise peut susciter des envies de replis et de protection. Se protéger d’accord mais encore faut-il dire de qui et de quoi. Protéger nos avancées sociales en France d’accord mais en constatant qu’il en existe aussi dans d’autres pays parfois supérieures aux nôtres.

Il ne faut pas attendre bien longtemps pour comprendre que ceux qui parlent de protectionnisme ne nous proposent pas de nous défendre contre le capitalisme mais le plus souvent contre le plombier polonais vécu comme un concurrent potentiel menaçant. Aucun bouclier ne peut nous protéger du monde et de son évolution. Les barrières douanières imaginées parfois aux frontières de l’Europe seraient d’ailleurs bien impuissantes à combattre le dumping social et les délocalisations à l’intérieur même de l’Union européenne. Là encore le culte de la concurrence conduit a bien des désillusions et la loi du plus fort qui oppresse toujours le plus faible n’a ni justification morale ni avenir. La coopération qui suppose le développement de tous y compris des plus faibles est la voie de l’avenir et du Co-développement, elle passe par des accords industriels et commerciaux qui incluent des clauses de promotion sociale mutuellement avantageuses. Nous sommes pour un SMIC européen égal à 60 % au moins du salaire « moyen » de chaque pays et nous le savons bien, les luttes de l’automobile en Roumanie ont reçu le soutien des « Renault » en France parce qu’ils sentaient bien la nécessité de ce combat commun.

Affirmons également la place première que nous donnons au féminisme comme un élément constitutif de la transformation sociale. Gisèle Halimi au Zénith en revenant sur la clause de l’Européenne la plus favorisée ne donne pas droit seulement à cette revendication essentielle. Au travers de cette revendication elle rend l’espace européen pertinent pour le progrès social comme il pourrait l’être pour d’autres propositions sur des terrains différents. Elle donne à voir un véritable projet européen qui donne envie de construire un espace commun avec une plus value humaine porteuse de sens et de civilisation.

La campagne des Européennes doit donc placer en son cœur ces questions liées à ce que vivent nos concitoyens, liées à la crise, liées au mouvement social, permettant de montrer qu’il est possible le 7 juin de dire à Sarkozy que l’on veut une autre politique en France et de dire qu’on veut une autre construction européenne.

Bien sûr, le lien avec 2005, la lutte contre le traité constitutionnel et contre les traités qui fondent cette Europe doit être fait. Bien sûr aussi, la nécessité d’avoir des députés combattants dans cette Europe, permettant de révéler les aspects les plus nocifs des circulaires et des traités, et de les mettre en échec parfois, est tout aussi indispensable. La récente conférence de presse tenue par le Front de Gauche avec Francis Wurtz contre les nouvelles menaces à l’égard des services sociaux d’intérêt général (SSIG) constitue un nouvel exemple de cette nécessité.

Mais nous devons porter un projet alternatif clair pour la France et pour l’Europe dans cette campagne. Montrer que nous ne tournons pas la page du mouvement social mais que bien au contraire nous faisons tout pour lui trouver un prolongement dans le vote. Les élections européennes ne sont pas des élections secondaires sous domination d’autres échéances. Elles constituent cette année le seul moment proprement politique pour dire non à Sarkozy et oui à des politiques différentes en France et en Europe ; pour exprimer un vote en harmonie avec nos luttes, nos résistances et nos espoirs.

Les conditions dans lesquelles le rassemblement pour le Front de Gauche se sont faites témoignent malheureusement des difficultés de la Gauche. Le NPA a préféré une stratégie de construction préalable d’un rapport de force à la gauche du Parti socialiste à un rassemblement clair de toutes les composantes politiques qui rejettent l’Europe telle qu’elle est construite aujourd’hui et combattent pour des politiques ni libérales, ni sociales libérales, en France et en Europe. Le MRC a appuyé son refus de participer sur sa volonté de privilégier la souveraineté nationale dans le cadre de la construction européenne, alors qu’aucune force du Front de Gauche ne met en cause cette notion dès lors que la souveraineté populaire dans le cadre national, comme dans le cadre européen est affirmée comme nécessaire. Les Alternatifs, dans la consultation de leurs adhérents ont mis en avant l’absence de l’unité la plus large en renvoyant dos à dos l’ensemble des composantes de la gauche non socialiste, sans tenir compte des discussions entre le Front de Gauche et eux-mêmes aboutissant à une plateforme commune partagée dans tous ses points et une répartition des listes reconnues équitable.

Mais tel qu’il est, le Front de Gauche est déjà une promesse de dynamique porteuse d’avenir. Il constitue à gauche la seule nouveauté des élections du 7 juin. De par le rassemblement des forces politiques qui le composent et de par la présence sur nos listes de nombreux représentants du mouvement social à l’image de celles et ceux qui vivent ensemble dans notre pays.

Les listes sont maintenant arrêtées. Nos têtes de listes sont à parité et marquent notre diversité d’engagement politique et citoyen. Notre campagne peut donc prendre maintenant toute son ampleur. Nous devons déployer une campagne de proximité à dizaine de milliers de voix, tournée vers les acteurs des luttes, vers les jeunes, nos proches dans les quartiers, les campagnes et les entreprises

Chers camarades, notre campagne ne manque donc pas d’arguments et de propositions à faire valoir. Notre originalité communiste peut contribuer ainsi aux cotés d’autres originalités et en cohérence avec elles à un vaste débat public sur les enjeux du moment. Le front de gauche peut répondre aux attentes de notre peuple. Il est le seul cadre unitaire à gauche.

Nous devons déployer l’ensemble de nos forces militantes pour ce combat. L’engagement de chacune et de chacun est décisif. Formons cette chaine humaine qui a montré en 2005 et en diverses occasions sa capacité à construire des résistances et des alternatives aux politiques capitalistes jusqu’à les rendre majoritaires. L’enfermement protestataire est le plus souvent un choix par défaut. En montrant sa capacité à proposer une autre politique crédible, argumentée, ni libérale, ni sociale libérale ou sociale démocrate, le Front de Gauche peut convaincre beaucoup de citoyennes et de citoyens de gauche de nous rejoindre dans cette dynamique.

Cela passe par des moments de mobilisations fortes et nos meetings dans les grandes régions y contribueront comme nos émissions officielles à la télévision et à la radio. Mais voyons bien que dès maintenant c’est notre capacité à démultiplier notre présence au plus près de celles et ceux qui nous côtoient dans les entreprises, dans les quartiers et les campagnes qui sera décisive.

Nous recensons déjà plus de 150 réunions publiques sur une cinquantaine de départements. Il nous faut passer la vitesse supérieure. Organisons des milliers de rencontres dans tous les départements, allons au porte à porte, mobilisons les sites sur internet, les blogs et les chats pour échanger et construire des rassemblements, utilisons les appels à voter pour diffuser le maximum d’informations à celles et ceux qui les signent sur l’évolution des enjeux de campagne.

Utilisons tous les moyens pour rencontrer, dialoguer, inviter à s’engager et travaillons ensemble à faire de cette campagne un moment populaire alors que les mouvements sociaux s’affirment et que le besoin de riposte à Sarkozy grandit pour ouvrir une alternative politique à gauche.

L’argumentaire édité pour tous les militants nous donne de la confiance supplémentaire. La déclaration de principe que nous avons adoptée au front de Gauche affirme des choix communs ambitieux. Les dix grands axes énoncés par Marie-George au Zénith circulent et sont repris dans les manifestations et dans nos rencontres.

Alors, camarades allons-y avec confiance, avec la confiance que nous donne cette période de fortes mobilisations populaires et citoyennes.