Le
Sénat américain remettra au vote mercredi soir le plan de sauvetage du
secteur bancaire américain de 700 milliards de dollars après son rejet,
lundi, par la Chambre des représentants, qui avait entraîné une déroute
à Wall Street. La contestation est grande au sein de la société
américaine contre un plan qui apparait totalement financé par les
contribuables et épargne les marchés financiers.
Les marchés mondiaux espéraient eux une adoption rapide par le
Congrès américain du plan de sauvetage des banques revu et corrigé,
l’Europe se mobilisant pour trouver les moyens de renforcer le système
financier face à la tempête.
Banques en Europe : une fin de l’année extrêmement tendue
En Europe, plus de 173 milliards d’euros de liquidités ont été
absorbés par la BCE. L’institution avait procédé à plusieurs énormes
injections de liquidités pour soulager les banques en mal de
refinancement. Les remous financiers conjugués à l’approche d’échéances
trimestrielles menaçaient le circuit d’asphyxie.
Au lendemain de la fin du troisième trimestre, elle est donc
parvenue à réduire l’excédent qui s’était accumulé. La BCE cherche
toujours à établir des conditions les plus équilibrées possibles sur le
marché de l’argent, afin de ramener les taux interbancaires à des
niveaux proches de son principal taux, le taux de refinancement,
actuellement à 4,25%.
"La réaction de la BCE jusqu’à présent a toujours été d’inonder le
marché en liquidités dès qu’un dysfonctionnement est apparu", explique
Stephane Deo, analyste chez UBS, et ce depuis le déclenchement de la
crise financière en août 2007.
Elle a procédé de la sorte en août et septembre 2007, puis en
décembre quand de nouvelles fortes tensions sont apparues, et enfin
depuis la mi-septembre, quand le secteur bancaire américain a commencé
à s’écrouler.
Cette ligne de conduite "a été efficace pour atténuer les problèmes", souligne l’analyste.
Mais la confiance des banques reste au plus bas. Elles ne se prêtent
quasiment plus d’argent entre elles sur le marché monétaire, et celles
qui ont vraiment besoin de refinancement se retrouvent prises à la
gorge.
D’autres opérations de refinancement de la BCE, notamment à plus
long terme, vont sans doute se multiplier dans les semaines à venir,
pour permettre de préparer les banques très en amont à l’échéance de la
fin de l’année qui risque d’être particulièrement tendue, estime
l’expert.
En France, qui va payer ?
Eviter un assèchement du crédit, sauver les banques et les
épargnants en cas difficulté : le gouvernement a multiplié les
engagements sur la crise financière mais n’a pas encore précisé comment
il les financerait en l’absence de toute marge de manœuvre budgétaire.
Pour renflouer la banque franco-belge Dexia, le gouvernement a
promis trois milliards d’euros et dispose d’environ deux semaines pour
boucler le financement de l’opération.
La Caisse des dépôts (CDC), "bras financier" de
l’Etat, injectera 2 milliards d’euros pris dans son
portefeuille d’actions.
Concernant le milliard promis directement par l’Etat, la ministre de
l’Economie, Christine Lagarde, a évoqué la possibilité d’utiliser une
partie des recettes de la privatisation d’EDF effectuée depuis décembre
2007 (3,9 milliards d’euros au total).
Mais cette somme est en théorie destinée à financer un plan
d’investissement dans les universités françaises voulu par le président
Nicolas Sarkozy lui-même. Le ministre du Budget, Eric Woerth, a
d’ailleurs aussitôt exclu un tel montage. "L’argent des universités,
c’est pour les universités", a-t-il martelé.
Une autre piste serait de recourir plus simplement à un emprunt.
C’est celle qu’a privilégiée le porte-parole du gouvernement, Luc
Chatel, à la sortie du conseil des ministres.
"Après tout, il s’agit d’un investissement (…) Il n’est pas aberrant
qu’un investissement, en la matière, soit financé par de l’emprunt",
a-t-il dit.
Pour compenser le resserrement du crédit aux entreprises, François
Fillon a par ailleurs évoqué la possibilité de "réaffecter" au
financement de l’économie les "excédents de la collecte" du livret A.
L’idée de puiser dans l’épargne populaire destinée aux logements
sociaux pour financer des PME fait toutefois grincer des dents à gauche
et suscite un enthousiasme prudent jusque dans les rangs de l’UMP. "Il
faut trouver des ressources" mais sans "perdre de vue que tout cela
doit être sécurisé", a réagi le patron des députés UMP, Jean-François
Copé.
L’Etat pourrait aussi lever des fonds en procédant à des
privatisations partielles. Mais l’opération serait peu rentable alors
que les Bourses ne cessent de baisser et aucune cession n’est
programmée dans l’immédiat.
Autre engagement, garantir le moindre euro déposé dans les banques.
Mais le Premier ministre a assuré que le gouvernement interviendrait
"en amont pour éviter la faillite d’une banque", ce qui coûterait moins
cher qu’une indemnisation des clients.
Et dans une telle éventualité, le Fonds de garantie des dépôts, créé
en 1999 et alimenté par les banques adhérentes, entrerait en action à
hauteur de 70.000 euros par déposant.
Pour trouver d’éventuels financements supplémentaires, l’Etat
pourrait alors encore mettre à contribution la CDC et son portefeuille
d’actions de quelque 50 milliards d’euros ou recourir à l’emprunt.
Cela creuserait bien sûr à plus ou moins long terme la dette
publique de la France, déjà bien supérieure à l’objectif de 60% du PIB
fixé par le pacte de stabilité européen, mais le gouvernement y semble
résolu si nécessaire.
"Soit les établissements bancaires sont à l’abri de ces risques, ce
que je crois, et cela ne changera rien sur le plan budgétaire. Soit il
y a une crise européenne majeure et la question doit être traitée comme
telle dans l’intérêt des Français", a résumé le Premier ministre.
Dans ce cas, la France pourrait vraisemblablement compter sur
l’indulgence de ses partenaires européens, dont beaucoup se
trouveraient dans une situation similaire.
L’OCDE contredit Paris
A rebours des déclarations françaises qui assurent sur tous les tons
que le système bancaire national est à l’abri des secousses
américaines, les experts de l’OCDE (qui regroupent trente pays) pensent
eux que "L’Europe pourrait avoir besoin d’un plan systémique", à
l’instar de la démarche engagée par les autorités américaines, a estimé
mercredi Angel Gurria, secrétaire général de l’organisation.
"Les Européens peuvent avoir confiance dans leur système bancaire",
a aussi assuré le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker, pour
qui la situation du système bancaire européen n’est pas aussi
"dramatique" qu’aux Etats-Unis.
Au contraire, réplique l’OCDE, "une approche ’par petits morceaux’,
qui n’a pas marché aux Etats-Unis, peut ne pas marcher en Europe non
plus", a-t-il ajouté. "Nous sommes face à la pire crise financière
depuis la Grande dépression (de 1929) et ses conséquences sont déjà en
train de se diffuser bien au-delà de la sphère financière, dans le
monde entier", a affirmé Angel Gurria.
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso est
moins alarmiste et a indiqué mercredi que les pays membres
réfléchissaient à la création d’un système commun pour protéger les
dépôts bancaires des particuliers sur le continent.
Cette approche systémique est d’ailleurs largement
avancée comme par exemple par Jacques Attali, le
président du FMI.