
Entreprises, comment résister ? la table ronde
Table
ronde avec :Jean-Marc Coppola, conseiller régional, responsable du
PCF ; Pierre Le Menahes, secrétaire du syndicat CGT de la SBFM ;
Norbert Sanchez, secrétaire CGT du comité d’entreprise de NetCacao
(ex-Nestlé).
Dans vos entreprises, les
salariés ont affronté deux groupes : Nestlé
et Renault. Et ils ont gagné. NetCacao se développe, la
SBFM, sacrifiée par Renault, revendue, réintègre
le groupe en faisant reconnaître son rôle
stratégique. Ces résultats sont-ils dus à des
situations particulières de ces entreprises ou à la
lutte ?
Pierre Le Menahes.
S’il y a une particularité à la SBFM, c’est le fait que les salariés se
sont retrouvés, en dix ans, face à plusieurs actionnaires successifs.
Renault, notre principal client, qui était aussi notre actionnaire à
99 %, nous a cédé à l’italien Teksid qui nous a revendu à un autre
groupe italien : Garro. Finalement, les salariés ont obligé Renault à
prendre ses responsabilités. Mais c’est la lutte, le fait que nous
sommes toujours restés mobilisés, qui a permis d’arriver à ce résultat.
Car la situation de la SBFM était celle de bon nombre d’entreprises
dans le milieu industriel, particulièrement dans celui de l’automobile
où les délocalisations au nom de la rentabilité ont fait des ravages.
Sans la lutte, inévitablement, la SBFM aurait vu tomber le couperet
final, comme beaucoup d’autres malheureusement dans la dernière période.
Norbert Sanchez. Ce
sont nos luttes qui ont fait changer des situations qui, au départ,
n’étaient pas particulières. Quand on vous annonce la fermeture de
votre entreprise et les licenciements, vous avez l’impression d’être
seuls au monde. Le plus important alors, c’est de sortir de
l’isolement, d’impliquer les élus, la population, de faire participer à
la mobilisation le maximum de personnes. C’est ce que nous avons fait.
Je crois que notre expérience a servi car je reconnais cette démarche
dans certaines luttes de ces derniers mois.
Il y a quelques semaines, vous parliez, Jean-Marc Coppola, de l’appropriation
citoyenne nécessaire pour rendre possibles des propositions alternatives. Et vous
citiez Raymond Aubrac : « Pour résister,
il faut désobéir. » Est-ce que cette phrase s’applique à ces deux luttes ?
Jean-Marc Coppola.
Elle s’y applique complètement. Dans les deux cas les salariés ont
désobéi aux principes qui régissent la gestion capitaliste des
entreprises et des banques, à la rentabilité financière. Ils ont fait
exactement le contraire de ce que font Nicolas Sarkozy, le gouvernement
et le MEDEF, qui, en se conformant aux règles du capitalisme, nous
enferment dans la crise. Car, malgré leurs discours volontaristes et
leurs affirmations optimistes, les chiffres de l’emploi et les
indicateurs sociaux et économiques montrent que la sortie n’est pas en
vue.
Lorsque, devant des salariés, Raymond Aubrac a fait référence à ce
qu’il a vécu pendant la Résistance, j’ai été frappé par cette idée que
pour résister il fallait avoir le courage de désobéir. Cet état
d’esprit a fait qu’à la Libération, dans la région de Marseille où il
était commissaire de la République, les salariés ont réquisitionné des
entreprises avec l’appui du Conseil national de la Résistance (CNR).
Évidemment nous sommes dans une situation très différente, mais je
crois que si nous n’allons pas, dans certains cas, jusqu’à une
appropriation citoyenne, nous ne remettrons pas en cause, dans les
entreprises et dans les banques, les dogmes du capitalisme. Aujourd’hui
les salariés vivent une autre forme de guerre, une guerre économique.
Les délocalisations, les plans sociaux, l’aggravation des conditions
de travail servent uniquement à recomposer
le capital. Et les pouvoirs en place non seulement ne bousculent pas le
capitalisme, mais ils accompagnent ses tentatives de remodelage pour
mieux assurer la poursuite de sa domination. Dans ces conditions, il
faut avoir le courage de lutter, de résister et donc de désobéir. Faute
de quoi on s’en remet à des échéances électorales qui, bien entendu,
sont importantes pour faire avancer des propositions, débattre des
projets de société que dessinent les différentes formations politiques.
Mais, en attendant, des entreprises, des emplois disparaissent, des
vies sont gâchées.
Norbert Sanchez. Il
faut à tout prix que chaque fermeture d’entreprise devienne l’affaire
de chacun d’entre nous. Et aller de l’avant pour organiser les soutiens
dès qu’on est en possession d’une information, à la première alerte. Je
me rappelle que lorsque nous avons eu connaissance de la note qui
dévoilait le projet de fermeture de l’usine Nestlé de Marseille, nous
avons réuni des salariés dans un rayon d’une vingtaine de
kilomètres aux alentours et nous leur avons dit : « Seuls, nous n’y
arriverons pas. » Les problèmes sont différents d’une entreprise à
l’autre, mais une fermeture représente un danger pour tous. Il faut que
tous, syndicats, politiques, comités de soutien, se mettent ensemble
pour essayer de trouver des solutions. Mais surtout, il faut que les
salariés s’en mêlent, deviennent les trouble-fête de ceux qui cherchent
à les mener en bateau, comme Jean-Claude Gaudin, le maire de Marseille,
qui nous assurait qu’il était en contact avec des quantités de
repreneurs alors que c’était archi-faux. Il faut que les salariés
soient exigeants, qu’ils se fassent respecter. Quand je vois que
certains sont prêts à négocier simplement des PSE (plan de sauvegarde
de l’emploi) et des FID (Fonds d’intervention pour le développement),
c’est grave parce qu’après il n’y a plus d’emploi.
Pierre Le Menahes.
Quand une entreprise est menacée, il faut impliquer tous ceux qui
gravitent autour. Dans notre lutte, nous avons associé les salariés des
entreprises sous-traitantes. Ils étaient directement concernés par les
suppressions d’emplois, les conditions de travail, il était donc facile
de communiquer avec eux, de les associer à la mobilisation au
quotidien. Ils nous ont beaucoup soutenus et ont participé à bon nombre
de manifestations que nous organisions sur le pays de Lorient. Et une
entreprise, c’est aussi des familles, les frères, les soeurs de ceux
qui travaillent. Mais, en général, les luttes sont trop isolées. Il y a
un problème de coordination.
Relier les luttes les unes aux autres, les coordonner, permettrait de mieux résister…
Pierre Menahes. C’est
la base de la réflexion que nous devons avoir pour combattre le
fatalisme, pour ne pas subir. Une lutte, même avec une forte
mobilisation, a davantage de risque d’échouer quand elle se mène au
niveau d’une entreprise seule. La résistance est beaucoup plus efficace
si la mobilisation est coordonnée avec les autres entreprises de la
région, de la filière, si la population est impliquée. C’est pourquoi
le syndicat doit aussi avoir un rôle fédérateur.
Norbert Sanchez. On
parlait de résistance, j’aime bien ce terme. Il faut qu’on s’investisse
tous, qu’on mette en place des réseaux pour échanger et mettre à profit
les expériences de lutte, pour aider les salariés qui parfois n’ont
aucun contact avec un syndicat. Quand, dans une entreprise où on fait
un produit depuis deux cents ans, on annonce aux salariés qu’ils sont
trop chers et que la production est transférée au Japon ou en Roumanie,
le sentiment qui domine, en tout premier lieu, c’est la culpabilité. Il
faut alors montrer aux gens qu’ils ont des compétences, un outil de
travail, et que cela représente une certaine valeur. Quand nous étions
Nestlé, du jour au lendemain on nous a affirmé que nous ne valions plus
rien, que nous étions « ingérables ». Nous sommes NetCacao, et cela
fait trois ans et demi que notre usine tourne. C’est la preuve que
Nestlé s’est trompé. Il faut quadriller le terrain pour que dans toutes
les entreprises, même les plus petites, les salariés se sentent
soutenus. Une entreprise qui ferme, c’est un échec pour tout le monde.
Il faut en faire une affaire d’honneur, arrêter ces hémorragies
d’entreprises, d’emplois. Il faut que chaque cas devienne notre cas.
Pierre Menahes.
Beaucoup de luttes se déroulent dans ce pays, même si les médias n’en
parlent pas. Une multitude d’entreprises sont en grève pour des raisons
identiques : délocalisations, licenciements, fermetures pures et
simples. C’est en coordonnant toutes ces luttes que nous pourrons faire
face ensemble au patronat et à la politique menée par le gouvernement
actuel.
Jean-Marc Coppola.
La coordination des luttes est importante. La convergence des actions,
des initiatives, à partir d’intérêts communs des salariés, des usagers,
de la population via des syndicats, des associations ou des élus est
indispensable. D’ailleurs, on pense souvent à ces convergences dans le
secteur public parce que le lien avec les usagers, la population est un
peu plus évident. On y pense un peu moins dans le privé. Ou bien on y
pense seulement au moment des luttes, quand on s’aperçoit que, pour
qu’elles réussissent, il faut justement réunir ces conditions. Il
faudrait y réfléchir plus globalement dans le monde du travail, y
compris lorsque les entreprises ne sont pas menacées, parce que c’est
partout qu’il faut contester l’ordre économique qui prévaut aujourd’hui.
Je vais vous provoquer un peu. Nicolas Sarkozy
dit : les gens ont voté pour moi, j’ai obtenu la majorité, j’ai donc le
droit de faire ce que je fais et vous qui contestez, vous n’avez que le
droit de vous taire. Qu’en pensez-vous ?
Pierre Menahes.
Déduire automatiquement d’une élection présidentielle qu’on a le droit
de faire ce qu’on veut, c’est une conception monarchique. Quand on
représente le peuple, on doit l’entendre et le respecter. Contribuer à
la désindustrialisation du pays, je ne pense pas que ce soit une
solution pour l’économie et ce n’est certainement pas la volonté des
électeurs.
Norbert Sanchez. Le
président est élu pour être le représentant du peuple. Le problème,
c’est qu’il n’écoute ni les représentants sociaux, ni ses ministres, ni
les responsables politiques. Il n’écoute personne.
Jean-Marc Coppola.
Nicolas Sarkozy se targue d’avoir été élu par une majorité. Mais il a
trompé son monde puisqu’il a été élu sur l’idée de changement et que ce
changement n’est pas au rendez-vous. Au contraire, on s’enfonce
toujours davantage dans la crise. Aujourd’hui, je ne peux pas dire dans
quelle proportion, mais il y a des centaines de milliers d’hommes et de
femmes qui contestent la politique économique et sociale du
gouvernement. La question qui se pose, c’est faut-il attendre une
prochaine échéance électorale, par exemple présidentielle, ou faut-il
se donner dès aujourd’hui les moyens de changer de politique ? Je
choisis la deuxième option, c’est comme cela qu’on dessinera les bases
d’une société du vivre-ensemble alors qu’actuellement de plus en plus
de personnes sont laissées sur le bas-côté. Mais aujourd’hui, Nicolas
Sarkozy peut se permettre d’affirmer que personne d’autre que lui ne
propose un projet de civilisation. Or, si on ne veut pas s’en remettre
de nouveau à la délégation de pouvoir, cet autre projet de civilisation
devra émerger des luttes, des rencontres entre les salariés et la
population. Car le savoir, le savoir-faire, les compétences sont chez
tous ceux qui travaillent et vivent uniquement de leur travail.
Toujours en provoquant un peu, on a entendu
dire dans le passé : vous avez des propositions mais les élections
arrivent, donc attendez, votez bien et la solution viendra…
Norbert Sanchez.
Désolé ! Personnellement, je n’ai jamais trouvé dans les élections un
salut. La seule élection qui m’ait réconforté, c’est quand on a dit non
au référendum sur le traité constitutionnel européen. À part cela, les
élections sont un rouleau compresseur médiatique, et quand on voit la
place qui nous est réservée, il ne faut pas en attendre grand-chose. Il
faut peu à peu arriver à devenir une force. On n’a pas le choix. Quand
on dit que la crise sonne le glas du capitalisme, c’est faux, il se
repeint avec d’autres couleurs pour mieux se relancer et nous serons
confrontés aux mêmes problèmes. On ne peut donc pas attendre les
prochaines élections, c’est maintenant qu’il faut réagir, intervenir,
car c’est tous les jours que meurent des entreprises qui ne reverront
pas le jour facilement. On pourra toujours avoir de belles idées, de
belles définitions idéologiques, si on ne les mène pas au bout, on n’y
arrivera pas. Il faut croire à ce que l’on dit et à ce que l’on fait.
Pierre Le Menahes.
Il ne faut pas faire d’amalgames. Il doit y avoir un prolongement des
luttes au niveau politique, c’est-à-dire dans les urnes. Mais
aujourd’hui, les élections, selon l’expression célèbre, c’est un piège
à c… Il faut d’abord que les luttes se développent. Les élections sont
liées à une déception qui a marqué le monde du travail. Il s’est senti
trahi par une partie de la gauche. Il faut en tirer les enseignements.
Jean-Marc Coppola.
Je le disais tout à l’heure, c’est tout de suite qu’il faut résister.
Mais je veux répondre à partir de mon expérience qui est triple, j’ai
été syndicaliste cheminot, je suis responsable politique et je suis élu
régional. Je comprends tout à fait la déception, le sentiment de
trahison qui a pu exister parfois. J’ai aussi constaté, depuis bientôt
douze ans que je suis élu, que des patrons, y compris du secteur
public, raillent eux aussi la politique et les élus. Pourquoi ? Parce
que, quand certains élus les empêchent de faire ce qu’ils veulent, ça
les gêne. Il faut s’entendre sur ce qu’est la politique. Pour moi,
c’est la vie de la cité - et dans la cité, il y a les entreprises -,
c’est l’affaire des citoyens. Là où le bat blesse, c’est quand des élus
ne mettent pas leur pouvoir au service des citoyens, des salariés pour
leur permettre de mieux appréhender des situations, d’éclairer les
enjeux, de se battre, de faire des propositions. Je peux alors vous
rejoindre pour dire qu’ils ne jouent pas leur rôle. Mais parfois ils le
jouent. Quand, au niveau de la région, sur proposition des communistes,
la gauche a mis en place une commission de contrôle de l’utilisation
des fonds publics par les entreprises privées, nous nous sommes bien
appuyés sur ce que voulaient les salariés. Pour moi, la politique,
c’est cette mise en commun qui a fait que dans la lutte de Nestlé à
Marseille, les salariés avec leurs syndicats, des associations, des
élus politiques ont agi en convergence, dans le respect des
responsabilités des uns et des autres. Ensemble nous avons conçu les
propositions alternatives qui ont mis en difficulté ceux qui voulaient
rayer l’entreprise de la carte.
Norbert Sanchez. Je
suis entièrement d’accord. Loin de moi l’idée d’écarter les élus, au
contraire. Dans notre cas, c’est Marie-George Buffet qui a défendu
notre projet alternatif devant Dominique de Villepin, alors premier
ministre. Il y a eu des photographies, les journaux, les télévisions en
ont parlé, c’est grâce à cela que NetCacao existe. Cette démarche
devrait être davantage mise en avant et se faire systématiquement. Dans
toutes les luttes on devrait voir la CGT mais aussi les élus
communistes en permanence devant les entreprises. Je sais que c’est
difficile de passer dans les médias. Pourtant il faudrait arriver à
s’imposer.
Pierre Le Menahes.
On attend des élus une implication à part entière. Le seul, au niveau
du pays de Lorient, à avoir été en permanence avec les salariés de la
SBFM, c’est Gérard Perron, le maire d’Hennebont, conseiller général
communiste. Certains sont venus sur le site pour acter leur présence
dans la bataille, pour être sur la photo. On a eu aussi des soutiens au
niveau national. Le seul qui soit venu, c’est Olivier Besancenot. Le
prolongement politique dans les urnes, c’est une question de prise de
conscience politique de chaque salarié pour voter dans le cadre de ses
intérêts individuels et collectifs.
Jean-Marc Coppola.
Je m’étais appuyé sur Raymond Aubrac et son idée de résistance et de
désobéissance parce que je me dis : nous faisons de bonnes
propositions, par exemple les projets de lois déposés par les
parlementaires communistes. Mais le rapport de forces au Parlement est
tel qu’elles ne sont pas votées et ne voient pas le jour. Que fait-on
en attendant ? Il faut inventer de nouvelles pratiques politiques qui
partent des luttes parce que ce sont elles qui permettent de réfléchir
à des alternatives au niveau de l’entreprise et de la société. À
Marseille, lorsque l’annonce de fermeture de l’usine de production
d’acide tartrique Legré-Mante est tombée, les salariés avec la CGT ont
immédiatement occupé l’entreprise. Sans cet acte de résistance, il n’y
aurait pas aujourd’hui la venue d’un repreneur possible prêt à utiliser
les savoir-faire, l’expérience accumulée. Des élus qui soutiennent des
luttes comme celle-là sont des élus qui résistent, au contraire de ceux
qui alimentent la désindustrialisation du pays en misant sur la
finance. On ne peut donc pas réfléchir à la politique simplement en
termes de prolongement dans les urnes. Se donner des élus qui
résistent, c’est faire un choix de résistance.
Norbert Sanchez.
Des lois ne peuvent pas passer à l’Assemblée nationale parce que les
députés qui les soutiennent sont minoritaires. Mais que se passerait-il
si ces lois étaient portées par l’ensemble des salariés, par les
centrales syndicales et si chacun y mettait tout son poids ? Que se
passerait-il si ce n’était pas simplement un parti politique qui
essayait de les faire voter mais tout un peuple qui les soutenait ?
Cela changerait beaucoup de choses. Nous, les salariés, nous avons
besoin d’élus et de responsables politiques qui nous soutiennent et eux
ont besoin de nous. Nous devons vraiment travailler ensemble. Je pense
à toutes les manifestations que nous avons faites avant l’été. Nous
avons besoin d’élargir encore la mobilisation et pour cela il faudrait
vraiment faire converger toutes les actions.
Est-ce que la lutte et la victoire ont changé
quelque chose dans la tête des salariés dans l’entreprise ? Est-ce que
cela vous a changé vous-mêmes ?
Pierre Le Menahes. Depuis maintenant
plus de quarante-deux ans, à travers la succession des générations,
l’état d’esprit des salariés de la SBFM avec la CGT a toujours été
combatif. Nous avons connu de grandes luttes et nous venons de montrer
que nous pouvons en mener de plus grandes encore puisque, pour la
première fois, la SBFM a été confrontée à une éventuelle liquidation.
Nous sommes conscients que cette lutte n’est pas terminée, qu’il va
falloir confirmer ce qui a été obtenu, c’est-à-dire la reprise par
Renault, le maintien des effectifs mais aussi le développement
industriel de l’entreprise. Nous allons être très vigilants. Il faut
que les engagements pris soient actés dans les faits. Nous avons
conscience de l’importance des liens qui se sont créés dans la lutte et
nous allons continuer à nous appuyer sur cette solidarité pour mener
cette bataille jusqu’au bout. Mais nous savons maintenant que nous
sommes capables de gagner des victoires telles que celle-là.
Norbert Sanchez.
Nous faisions partie de la grande famille Nestlé symbolisée par le
petit nid avec ses oisillons. Les salariés croyaient être protégés,
avoir du travail jusqu’à la fin de leurs jours. Quand ils ont réalisé
que cette société prestigieuse voulait se débarrasser d’eux, ils ont
été obligés de changer de mentalité. La seule alternative qu’ils
avaient, c’étaient les syndicats. Ils ont compris qu’il ne fallait pas
faire confiance à tout le monde, qu’il fallait rester vigilants. Ils
ont très vite vu aussi qui étaient leurs amis. Nous sommes maintenant
une petite société avec tous les risques que cela comporte. Beaucoup de
ceux qui ont participé à la lutte sont partis, notre syndicat s’est
donc complètement remodelé avec des gens qui, à l’époque, n’étaient pas
syndiqués. Nous sommes toujours en contact avec la population, avec le
comité de soutien, avec les anciens de Nestlé. Et nous sommes très
attentifs au devenir de l’ensemble du site de l’ancienne usine,
notamment de la partie café qui est fermée. Nous travaillons sur des
propositions industrielles car Nestlé, de son côté, cherche à y faire
du « bisness » immobilier.
Jean-Marc Coppola.
Il faut faire rayonner et valoriser davantage ces luttes. Pierre Le
Menahes disait : « On a montré qu’on
était capables de gagner », c’est
ce message que nous devons transmettre. Les salariés et les
partis
politiques engagés pour la transformation sociale ne butent pas
sur la
question de la justesse des propositions qu’ils peuvent faire
mais sur
la possibilité de les mettre en oeuvre. Norbert Sanchez le
rappelait,
le vote sur le traité constitutionnel européen, en 2005,
a marqué un
recul de la résignation et de la pédagogie du
renoncement, c’est une
référence. Pourtant, au départ, le
« non » était loin d’être
victorieux. Nous avons été quelques-uns à
décider de « désobéir » et
peu à peu le rapport de forces s’est inversé. Des
pratiques politiques
nouvelles pourraient permettre de conjuguer la nécessité
de
propositions pour un nouveau projet de société et la
possibilité de ces
propositions. Raymond Aubrac disait aussi : « Ceux qui
résistent sont
des optimistes et c’est cet optimisme qui donne de
l’espoir. » De ce
débat il ressort de l’optimisme. C’est à
partir de tout cela que nous
pouvons essayer de trouver des relations nouvelles entre les
salariés,
les syndicats, les militants et responsables politiques, les
associations, les élus dans le respect le plus absolu des
responsabilités des uns et des autres. C’est
l’expérimentation d’une
fonction renouvelée et utile de la politique, mais avec
l’ambition,
l’envie de construire un « tous ensemble »
citoyen et une alternative à
la société dans laquelle nous vivons.
Table ronde réalisée par Jacqueline Sellem
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