Histoire du Parti communiste français

Fondé en 1920 d'une scission de la SFIO au Congrès de Tours, le Parti communiste français, appelé à ses débuts SFIC (Section française de l'Internationale communiste), puis PCF à partir de la Libération, connaît son maximum d'influence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Sommaire

  •  1920-1939 : Du Congrès de Tours à la seconde guerre mondiale
    • 1920 : Le congrès de Tours, les débuts du parti communiste
    •  1928 : Classe contre classe
    • 1932 : Le début du règne de Thorez
    •  1936 : Staline, Hitler et le Front populaire
      •  Statistiques
    •  L'organisation du PCF dans les années 36-39
    •  1936-39 : La Guerre d'Espagne
  •  1938-44 : La Seconde Guerre mondiale
    •  1938-39 : Des accords de Munich à l'entrée en guerre
    •  Septembre 39 - Juin 40 : De la dissolution du Parti à l'entrée des Allemands dans Paris
    •  Juin 40 à Juin 41 L'occupation avant Barbarossa
      •  Les premiers mois de l'occupation
      •  La réorganisation du parti dans la clandestinité
    • Juin 41 - Août 44 L'engagement dans la lutte armée et la convergence avec De Gaulle
    •  Juin 41 - Août 44 La direction du Parti dans la clandestinité
      • Le couple Frachon-Duclos
      •  Tillon, Lecoeur et les autres
      • Un appareil clandestin centralisé et morcelé
      •  Et Thorez ?
    •  Juin 41 - Août 44: Grèves, Maquis, Guérilla Urbaine
      •  La grève du bassin minier
      •  Guingouin et le maquis du Limousin
      •  L'engagement de la MOI
      •  Fabien et la Libération de Paris
  •  1944-64 De la Libération à la mort de Thorez
    • .1944-47 Les communistes à la Libération
      • Le PCF à son apogée
      •  Les mutations du Parti
      •  Comparaisons historiques
      •  Un Parti de fonctionnaires ?
    •  1944-1954 Le PCF jusqu'à la mort de Staline
    •  1955-1964 l'avènement de Khrouchtchev et la fin du règne de Thorez

1920-1939 : Du Congrès de Tours à la seconde guerre mondiale

1920 : Le congrès de Tours, les débuts du parti communiste

En 1920 au congrès à Tours, une majorité des militants socialistes de la SFIO, emmenés par Charles Rappoport et Boris Souvarine, décident de s'affilier à la Troisième Internationale, fondée à la suite de la Révolution d'octobre. Le Parti communiste français, qu'on appelle alors Section française de l'Internationale communiste (SFIC) est ainsi créé : il se proclame bolchevique et révolutionnaire, même s'il ne vote pas les conditions formulées par la troisième internationale, dirigée par Lénine. La SFIC s'engageait à construire un parti révolutionnaire, qui peut utiliser des moyens légaux, mais qui doit se doter d'un appareil clandestin et ne doit pas exclure l'action illégale. Le parti constitué devait être discipliné voire militarisé, suivant les règles étroites du centralisme démocratique : les minoritaires doivent suivre la ligne décidée majoritairement, et n'ont pas le droit de s'organiser pour défendre leur tendance. Internationaliste, enfin, un parti national, comme le Parti communiste français (PCF) est d'abord une section de la Troisième Internationale, d'où le nom de SFIC[1].

On estime à 120 000 le nombre d'adhérents qui avaient rejoint le nouveau parti, alors que la vieille SFIO n'en comptait plus que 40 000, tout en conservant néanmoins la majorité de ses députés et de ses élus locaux. La scission au sein de la SFIO devait entraîner un an plus tard une scission du syndicat CGT, mais cette fois, les partisans de l'Internationale communiste qui fondèrent la CGTU étaient minoritaires.

En 1924, l'emprise de Zinoviev sur l'IC et la bolchévisation/stalinisation se traduisent par l'exclusion de dirigeants historiques situés à la gauche du parti, comme Boris Souvarine, Pierre Monatte et Alfred Rosmer, et par une conduite caporaliste du parti français par Albert Treint et Suzanne Girault jusqu'en 1926. Pierre Sémard est le secrétaire général en titre de 1924 à 1928.

1928 : Classe contre classe

Les douze premières années du PCF furent mouvementées et un tant soit peu confuses. C'était un parti révolutionnaire, gauchiste, comme on dira couramment plus tard des groupes d'extrême gauche qui ont fleuri en mai 68. L'action antimilitariste se développa auprès des jeunes, dans les casernes, à l'occasion de l'occupation de la Ruhr en 1923 par les troupes françaises et de la guerre du Rif, au Maroc en 1935.

En URSS, en 1927, Staline évince ses rivaux, Zinoviev, Kamenev et Trotski qui participent à la direction collégiale depuis la mort de Lénine, en 1924. L'IC (Internationale communiste) impose une politique dure et sectaire, dite "classe contre classe", qui consiste notamment à refuser toute alliance avec les socialistes et elle pousse en avant les JC (Jeunesses communistes) pour mettre en œuvre cette ligne ultra sectaire. Henri Barbé, le responsable des JC devient premier secrétaire du Parti. La SFIO est attaquée au même titre que les partis bourgeois. Aux élections de 1928, le PCF obtient 11 % des voix, mais, en raison de son isolement, ne compte que 14 élus contre 25 sortants. Jacques Duclos, vainqueur de Léon Blum dans le 20e arrondissement de Paris, est l'un des 14 rescapés.

Avec Jacques Duclos, Benoît Frachon et Maurice Thorez sont des hommes qui montent et qui prennent de plus en plus d'importance au sein du Parti. Comme Duclos, Maurice Thorez est passé dans la clandestinité à la suite d'actions antimilitaristes. Il a déjà effectué plusieurs séjours à Moscou. Entré au Bureau politique (BP) en 1926, il assure la fonction de secrétaire à l'organisation. En 1929, à 36 ans, Benoît Frachon devient le doyen du secrétariat, aux côtés des 2 dirigeants des JC, Henri Barbé et Pierre Célor, tous deux âgés de 27 ans, et de Thorez, 29 ans.

1932 : Le début du règne de Thorez

En 1931, Charles Tillon, membre du bureau confédéral de la CGTU, effectue son premier et d'ailleurs unique voyage à Moscou. Il y sera reçu par les dirigeants de l'Internationale, Manouïlsky et Piatnisky. Manouïlsky est une vieille connaissance du Parti. Lénine l'avait envoyé clandestinement en mission en France en 1921, et il put intervenir au congrès de Paris, faisant une profonde impression sur tous les délégués. Depuis, c'est lui qui suit le PCF pour l'Internationale, dont il deviendra le principal dirigeant jusqu'en 1934. Manouïlsky éprouvait des doutes sur le bien-fondé de la ligne ultra-gauchiste et s'apprêtait à débarquer Barbé et Célor, les jeunes dirigeants propulsés à la tête du Parti pour appliquer la ligne "classe contre classe".

Il s'en est fallu de peu que Maurice Thorez ne fut aussi écarté comme Barbé et Célor, mais c'est lui que Manouïlsky installe à la tête du Parti, au congrès de Paris en 1932. Duclos et Frachon comptent parmi les 10 autres membres du bureau politique. Si on fait le bilan des 12 premières années d'existence du Parti, les résultats ne sont guère époustouflants sur le plan électoral, ou du nombre d'adhérents, mais d'un point de vue léniniste, la réussite est incontestable : l'ensemble hétéroclite d'anarcho-syndicalistes, nébuleuse de divers courants révolutionnaires s'est métamorphosé en un authentique parti bolchevique. L'équipe dirigeante, jeune, issue de la classe ouvrière, est formée de révolutionnaires professionnels, bénéficiant d'une solide expérience des affrontements avec la police, de la clandestinité, mais sachant également jouer des moyens légaux, par exemple les mandats de députés pour bénéficier de l'immunité parlementaire. Ces dirigeants sélectionnés avec "clairvoyance" par Manouïlsky, extrêmement brillants au départ, ont reçu en outre une solide formation théorique au gré de leurs passages à Moscou.

Tout s'accomplit selon la doctrine de Lénine : d'abord la construction d'un parti révolutionnaire, ensuite la conquête de la classe ouvrière. C'est très important pour comprendre la confiance sans borne des militants de cette génération vis-à-vis du marxisme-léninisme et leur foi dans leur parti et dans l'Internationale. Car en 1932, si le PCF exerce une séduction certaine sur les jeunes ouvriers combatifs, la conquête de la classe ouvrière est loin d'être acquise.

1936 : Staline, Hitler et le Front populaire

En 1936, le PCF est intégré au dispositif de l'IC, adossée à l'URSS dominée par Staline. De nos jours, ce nom, avec ses dérivés, « stalinisme », « stalinien », évoque une variante historique de la tyrannie sanguinaire et du totalitarisme, mais pour le communiste de base de 1936, grâce à une direction « éclairée, ferme et stable », l'URSS s'affirme comme la nation des prolétaires, consolidant les acquis de la Révolution par une marche vers le progrès économique et technologique. Le Parti français, à l'image du grand frère soviétique, est doté, lui aussi, d'une direction « stable et éclairée ». Ses effectifs s'accroissent de mois en mois, il occupe un espace politique toujours plus vaste.

À Moscou, à partir de 1927 et plus encore avec l'assassinat de Sergueï Kirov, en 1934, les purges (assassinats et déportations) deviendront une pratique courante de « gestion du parti ». De 1934 à 1939, on estime à un million le nombre de ses membres qui seront exécutés ou déportés. Mais à Paris, le délégué de l'Internationale, le représentant de Staline, donc, est un tchèque élégant et raffiné, Eugen Fried ("camarade Clément") qui sait contrôler le Parti avec doigté en s'intégrant dans le trio de direction, Thorez, Frachon et Duclos, eux-mêmes issus du choix « éclairé » de Manouïlsky. Pourquoi le militant de base s'inquiéterait-il de ce que ses chefs soient nommés par Moscou, s'ils sont « bons » ? D'ailleurs, le PCF n'est-il pas la Section française de l'Internationale communiste, et l'URSS, le pays de la révolution accomplie, la patrie de tous les travailleurs ?

Hitler avait pris le pouvoir en Allemagne en janvier 1933. Le fascisme devint encore plus à l'ordre du jour en Europe (l'Italie était fasciste depuis une décennie). Pour autant, l'IC, qui avait mis fin à la phase « gauchiste » du PC en remplaçant Barbé par Thorez restait ferme dans sa ligne sectaire. L'union avec les sociaux-démocrates n'était tolérée qu'à la base : les ouvriers de la CGT, non communiste, étaient invités à participer aux actions de la CGTU, communiste. Dans la France de 1934, c'étaient les ligues d'extrême-droite qui représentaient le danger fasciste. C'est au cours des journées de 1934 qui virent de très violents affrontements entre les ligues, la police et les communistes, que s'imposèrent les sentiments unitaires d'une gauche antifasciste.

Le 6 février 1934, les ligues envahirent la place de la Concorde. La bagarre avec la police fut déclenchée quand ils voulurent franchir le pont de la Concorde pour donner l'assaut à la chambre des députés. Le 9 février, les affrontements entre la police et les manifestants antifascistes firent 9 morts parmi les manifestants. Cette manifestation fut qualifiée par une partie des opinions de tentative de coup d'État. La CGTU et la CGT appelèrent à la grève générale le 12 février. Ce jour-là, au cours d'une manifestation commencée dans la division, les cortèges socialistes et communistes fusionnèrent dans l'enthousiasme, place de la Nation aux cris de « Unité ! Unité ! ». Jusqu'en mai 1934, cette manifestation unitaire resta sans suite. C'est Dimitrov, nouveau responsable de l'IC, et Manouïlsky qui réussirent à obtenir de Staline un revirement de l'IC, en faveur d'une alliance avec les sociaux-démocrates. Dimitrov transmit les nouvelles consignes à Thorez, à Moscou en mai.

La nouvelle politique unitaire se concrétisa en 1936, par la réunification de la CGT et de la CGTU, d'abord en mars, puis en mai, par la victoire électorale des forces de gauche unies dans le Front populaire. Le PCF obtenait 72 des 336 sièges de députés de la coalition de gauche. Léon Jouhaux, ex-CGT restait secrétaire général de la CGT réunifiée, mais Frachon entrait au Bureau confédéral. Les nouveaux statuts de la CGT prévoyant l'incompatibilité entre des mandats syndicaux et politiques, il dut démissionner du Bureau politique du Parti. Cette démission fut purement formelle. On le considéra toujours comme membre de la direction.

Suite à la victoire électorale du Front populaire, une puissante grève générale spontanée se déclencha, avec occupations. Déconcerté par ce mouvement venu de la base, la direction du PCF appela à reprendre le travail début juin.

Statistiques

Ces statistiques sont tirées de J.P. Brunet, Histoire du PCF (cf. bibliographie).

Donnée

1928

1932

1936

Adhérents

50 000

32 000

235 000

Parlementaires

14

11

72

Permanents

 ?

500

3 000

Électeurs

11,2 %

8.3 %

15.2 %

L'organisation du PCF dans les années 36-39

En 1936, le PCF a atteint le stade final de son évolution, une forme stable que l'on pourrait qualifier de léniniste-stalinien, c'est-à-dire qu'il répond encore aux critères du bolchevisme tels qu'ils étaient définis au moment du congrès de Tours, mais qu'il dispose maintenant d'une autorité suprême qui permet de trancher éventuellement tous les débats et de résoudre tous les conflits.

C'est une forme d'organisation qui a bien des avantages, puisqu'elle évite d'enliser le grand nombre dans des débats stériles tournant souvent autour de querelles de personnes. Ainsi fonctionnent les entreprises avec leurs PDG., les armées avec leurs généraux en chef et l'église avec un pape proclamé infaillible pour la vie dès son élection. Si les communistes ne disent pas que Staline est inspiré par l'Esprit Saint, ils le pensent sans doute. En fait, très peu de dirigeants connaissent personnellement Staline. Ils reçoivent les directives de l'IC, et Staline intervient dans les décisions de l'IC quand il veut, mais il le fait surtout pour les choses importantes.

Le maintien des principes léninistes implique la coexistence de 3 appareils distincts : l'appareil légal est celui qui apparaît à l'issue des congrès, avec son Bureau politique, son Comité central, son organisation en cellules, rayons, responsables départementaux, interrégionaux, ses élus, députés ou maires. L'appareil illégal doit permettre au Parti de supporter une interdiction, comme un groupe électrogène normalement éteint est prêt à démarrer en cas de coupure de courant. Il consiste donc en un dispositif clandestin de planques, d'imprimeries, des moyens financiers à l'abri d'une saisie, avec quelques dirigeants n'ayant aucune fonction officielle. L'appareil de l'IC contrôle sur le territoire français des militants qui sont rattachés directement à l'IC, sans aucun rapport structurel avec la section française, c'est-à-dire avec le PCF. Ainsi, les étrangers sont organisés à l'époque dans la Main-d'œuvre immigrée (MOI), rattachée au PCF pour les problèmes pratiques, mais dans les faits, sous le contrôle politique direct de l'IC.

Si l'IC peut déléguer à des étrangers, comme Fried, des responsabilités auprès du Parti français, des dirigeants français peuvent également assurer des fonctions qui débordent le cadre national. Ainsi, Jacques Duclos, membre du Bureau politique et du secrétariat du Parti, député de Montreuil et vice-président de la Chambre des députés en 1936 est également membre du comité exécutif de l'IC et fréquemment mis à contribution pour représenter l'IC auprès des partis petits frères belges et espagnol.

Dans les années 36-39, le parti compte entre 200 000 et 300 000 membres, et l'essentiel d'entre eux n'ont rien à voir ni avec l'appareil illégal, ni avec l'appareil de l'IC. Mais dès qu'ils prennent quelques responsabilités, ce qui peut arriver très vite, dans ce jeune parti, leur carrière est gérée par la section des cadres, qui relève à la fois du service du personnel et de la police interne. Chaque responsable doit remplir une biographie qui concerne à la fois son propre passé, mais aussi quelques éléments sur son entourage familial. Au fur et à mesure qu'il grimpe les échelons, il pourra être amené à remplir plusieurs fois des biographies de plus en plus précises. Une fois ces biographies regroupées à Moscou, il devient théoriquement possible à un fonctionnaire soviétique de gérer ce personnel révolutionnaire français.

  

1936-39 : La Guerre d'Espagne

En juillet 1936, Franco fit contre la République Espagnole sa tentative de putsch qui se dit en Espagnol « pronunciamiento ». La guerre civile espagnole commençait, et elle dura jusqu'en février 1939. Les premiers volontaires du parti communiste furent envoyés début septembre, mais c'est au cours d'une réunion à Ivry, chez Thorez, le 18 septembre, où étaient conviés, Fried, le délégué de l'IC, Emile Dutilleul le trésorier du Parti, Maurice Tréand, le responsable de la section des cadres, et Ceretti, un Italien à la fois membre du Comité Central et dirigeant de la MOI. Les grandes lignes de l'implication du PCF dans la guerre d'Espagne furent jetées, et les rôles distribués : Tréand recrutait les militants, Ceretti s'occupait du ravitaillement en armes, et Dutilleul des collectes. Les choses évolueront par la suite un peu différemment.

En 1936, le PCF n'était pas au sein de l'Internationale un parti parmi d'autres. À côté du parti soviétique il restait le seul parti communiste de quelque importance après l'interdiction des partis dans les pays fascistes, l'Italie en 1924 et l'Allemagne en 1933. Le Parti français fut à la pointe pour le soutien à l'Espagne républicaine. Rappelons qu'en 1936, tous les grands pays, y compris l'URSS, s'étaient officiellement prononcés pour la non-intervention, laquelle sera vite violée par l'Allemagne et l'Italie. Les Républicains reçurent l'aide directe de la seule URSS, mais comme celle-ci ne souhaitait pas intervenir directement pour ne pas contrevenir aux règles de la non-intervention, et que de toutes façons, il fallait bien faire transiter les armes soviétiques par le territoire français, le Parti français, en plus de l'action de soutien qu'il avait initié dès août 1936, joua un rôle majeur d'intermédiaire entre l'URSS et le gouvernement républicain espagnol.

Le gouvernement de Léon Blum resta sur la ligne de la non-intervention et refusa l'aide directe aux républicains. Dans la pratique, l'attitude de Blum et de ses successeurs ne fut jamais celle d'une stricte neutralité. En août 1936, Blum désignait le douanier Gaston Cusin comme le responsable au sein de l'appareil d'État de l'aide clandestine à l'Espagne. Cusin rencontra Thorez et Duclos qui, eux, désignèrent Ceretti comme interlocuteur du parti communiste. C'est ainsi que tout fut mis en place pour que d'énormes quantités d'armes et matériels divers puissent transiter par les ports et le territoire français. Le PCF dut alors se doter d'une infrastructure adéquate pour faire face à des problèmes de logistique tout à fait nouveaux. De son côté, Cusin pouvait s'appuyer sur trois mille douaniers sympathisants dont une centaine d'hommes sûrs pouvaient faire des contrebandiers d'élite.

Une compagnie maritime, France-Navigation fut créée sous l'autorité de Ceretti, en mai 1937, pour le plus grand bonheur du gouvernement espagnol impuissant à convaincre d'autres compagnies d'avoir à affronter le blocus de ses ports par la marine franquiste, pour le plus grand bonheur, aussi, de Staline, qui voulait bien livrer des armes aux Espagnols, mais sans engager de bâtiments soviétiques. Le gouvernement espagnol avait mis les trois quarts de ses réserves d'or à l'abri, en URSS, de sorte que Staline n'avait pas de problèmes pour se faire payer. En complément de France-Navigation, l'entreprise de transports routiers de Pelayo assurait la traversée du territoire français avec des dizaines de Dodge, Ford, Latil. Il y avait tous ceux, également, qui s'occupaient d'approvisionnement de toutes sortes de denrées. Michel Feintuch, un immigré juif polonais, que l'on connaîtra mieux sous le pseudonyme de Jean Jérome, acheminait vers l'Espagne républicaine des armes, mais aussi des machines, du cuivre, du zinc. Pour mener à bien tous ces trafics, il y eut désormais place au Parti pour l'homme d'affaires d'un genre particulier, à côté du vendeur de l'Humanité, du tribun syndicaliste et du normalien journaliste.

Pour le PCF, la dernière phase de la guerre d'Espagne fut humanitaire, pour secourir les centaines de milliers de réfugiés qui croupissaient dans des camps depuis janvier 1939. On a souvent dit que la guerre d'Espagne avait été une anticipation du cataclysme qui devait secouer le monde de 1939 à 1945. Complètement mobilisé dans le soutien à l'Espagne, le Parti ne pouvait ignorer les sombres nuages qui obscurcissaient l'horizon. Plus que jamais, il fallait se préparer à la clandestinité. Trois hommes se répartirent la recherche de planques : certaines étaient de vastes propriétés, fort éloignées de Paris, jusqu'en Belgique ou en Suède : par dérision, les communistes parlaient de leurs châteaux ; ce fut l'affaire de Ceretti. On confia à René Mourre le soin de trouver des fermettes dans le bassin parisien. Les HLM des boulevards de ceinture et les pavillons de banlieue étaient du ressort d'Arthur Dallidet. Il sacrifia avec sa compagne Mounette Dutilleul bien des dimanches pour sillonner à vélo toute la région parisienne et bien au-delà.

1938-44 : La Seconde Guerre mondiale

1938-39 : Des accords de Munich à l'entrée en guerre

Le 30 septembre 1938, Daladier et Chamberlain signaient avec Hitler les accords de Munich qui consacraient le démembrement de la Tchécoslovaquie. A son retour à l'aéroport du Bourget, Daladier était acclamé par la foule qui croyait la guerre écartée. A la Chambre, avec seulement trois autres députés, les soixante douze communistes rejetèrent les accords. Depuis l'Anschluss, quelques mois plus tôt, les communistes se sentaient bien seuls à dénoncer le danger nazi. La majorité de la population pensait qu'en cédant du terrain à Hitler, on éviterait une nouvelle guerre. Cette fois-ci, les communistes étaient persuadés que la France et le Royaume-Uni avaient voulu détourner vers l'URSS les foudres hitlériennes, et c'est vrai qu'ils étaient nombreux, à droite, tant à Londres qu'à Paris, ceux qui pensaient que la moins mauvaise guerre serait celle qui aurait opposé le nazi au bolchevique. Pour les communistes, les choses étaient encore simples, l'antifascisme et la défense de l'URSS étaient un seul combat.

On comprend d'autant mieux le désarroi des communistes lorsque, par la radio et les journaux, ils prirent connaissance du pacte germano-soviétique le 23 août 1939. Après l'Autriche et la Tchécoslovaquie, les nazis lorgnaient maintenant du côté de la Pologne, faisant valoir des droits sur le couloir de Dantzig. Des négociations se croisaient, entre Londres, Paris et Moscou, en vue d'une alliance militaire de nature à contrer la menace allemande. Mais Staline avait décidé que l'heure n'était pas venue de la confrontation avec Hitler, et il faisait aux occidentaux le coup de Munich à l'envers, il leur montrait qu'il serait toujours le plus cynique. Dès le mois de mai 1939, les diplomates soviétiques à Berlin avaient commencé à prendre langue avec leurs homologues allemands. Des pourparlers secrets furent engagés, qui devaient permettre à l'URSS de rester à l'écart d'un conflit jugé inévitable. Le pacte fut signé le 23 août, des accords secrets prévoyaient le partage de la Pologne. Le 3 septembre, la France déclarait la guerre à l'Allemagne suite à l'invasion de la Pologne.

Il y eut quelques jours pendant lesquels les communistes français essayèrent de concilier leur fidélité à l'URSS et leurs convictions antifascistes. Antifascisme viscéral de ces communistes qui se sont engagés en masse pour l'Espagne et fidélité aveugle à l'URSS. Staline pouvait bien massacrer des communistes russes par dizaines de milliers, les communistes français le considéraient comme un Dieu vivant. Ils ne voulaient pas savoir. Tous ces délégués au Komintern qui faisaient la navette entre Paris et Moscou, pouvaient-ils ignorer que sur un effectif de 492 personnes comptabilisées au Komintern, 112 furent arrêtées en 1937 ou en 1938, et dans la plupart des cas, fusillées ? Oui, ils le pouvaient. Les hommes de foi n'ont d'yeux et d'oreilles que pour ce à quoi ils croient.

Donc, les communistes étaient troublés, et à la base, il y eut bien quelques défections, mais dans l'ensemble ils ne mettaient pas en doute le bien-fondé du pacte, car Staline devait bien avoir ses raisons. Pas question de désavouer le pacte, mais aucune explication, aucune consigne ne leur parvint par les canaux habituels de l'Internationale. Alors, ils envoyèrent à Moscou, pour recevoir des explications, Arthur Dallidet, qui partit accompagné d'un de ses adjoints, Georges Beaufils. En attendant les explications, ils votent à l'Assemblée les crédits de guerre le 2 octobre et Thorez, mobilisé, rejoignit son unité à Arras. 

Septembre 39 - Juin 40 : De la dissolution du Parti à l'entrée des Allemands dans Paris

Mais la rupture était déjà consommée avec le premier ministre de l'époque, Daladier. En août 39, il attaque et interdit la presse communiste dés le 26 août, et dissout le Parti le 26 septembre. Ainsi agressé, le parti peut-il plus facilement faire taire les états d'âme. On serre les boulons et on défend la forteresse assiégée. Comme tout corps vivant, le Parti lutte pour sa survie. Peut-être la politique répressive de Daladier a-t-elle contribué à cette survie.

Il semble que Dallidet et Beaufils n'aient pu rencontrer à Moscou que des personnalités de second plan. Ils rentreront en France sans véritables éclaircissements sur les intentions des soviétiques. C'est à la fin du mois de septembre que Dimitrov fait parvenir à Paris des directives beaucoup plus sérieuses, transmises par Raymond Guyot, en poste à Moscou en tant que secrétaire général des jeunesses de l'IC. Ordre est donné de cesser les attaques contre les Allemands et de ne plus dénoncer que la "guerre impérialiste" des Britanniques et des Français. Les communistes qui quitteront le Parti pour cause de désaccord avec le pacte seront l'exception plus que la règle. Dans le groupe parlementaire où les défections sont particulièrement nombreuses, on ne compte finalement sur les 72 députés du groupe que 23 démissions, dont 2 membres du Comité Central.

Pour la vie quotidienne des communistes, le fait majeur à partir du 26 septembre 1939 est qu'on ne peut plus être communiste que mobilisé, clandestin ou emprisonné. Cette règle restera en application jusqu'à la Libération, en août 44, à ceci près qu'à partir de juin 40, le choix se réduira à la dernière alternative, clandestin ou emprisonné, et on ne parle pas des fusillés. En septembre 39, tous les hommes jusqu'à 40 ans sont mobilisés. Maurice Thorez, donc, en est. Jacques Duclos, Benoît Frachon et Charles Tillon ont passé la limite d'âge. Pour ces responsables qui ne sont pas mobilisés, mieux vaut ne plus dormir chez soi. Ceux qui ne sauront pas appliquer cette consigne de sécurité se feront cueillir. Ainsi, la moitié du Comité central et trois membres du Bureau politique, Marcel Cachin, Pierre Sémard et François Billoux, se retrouveront incarcérés.

Malgré le petit nombre de défections au sein de l'appareil, le Parti, dans son ensemble, se retrouve complètement désorganisé. Il semble bien que l'hypothèse de la mobilisation n'ait pas été envisagée dans la mise en place de l'appareil clandestin. C'était, on se souvient, une condition de l'adhésion à l'Internationale, de maintenir en place un appareil clandestin avec des planques, des caches de rechange, des imprimeries. Ainsi, même si le Parti pouvait mener une vie légale, ce qui était le cas avant septembre 39, il devait pouvoir supporter l'instauration d'une dictature de type fasciste ou plonger de lui-même dans l'action illégale. Mais la plupart des responsables étaient des hommes jeunes qui s'en allèrent peupler les casemates de la ligne Maginot. La conjonction de la mobilisation et de la dissolution du Parti provoqua cette désorganisation que la mise sur pied d'un appareil clandestin avait précisément pour vocation d'éviter.

L'Internationale avait décidé de regrouper l'appareil du Komintern et l'essentiel de la direction française en Belgique. Fried y était déjà installé le 23 août 39, Ceretti reçut le premier l'ordre de le rejoindre, et par la suite Maurice Thorez, Jacques Duclos, Arthur Ramette et Maurice Tréand. Un ordre officiel de Dimitrov, transmis par Mounette Dutilleul enjoignit à Thorez l'ordre de déserter. Il passa la frontière belge, et, de là, gagna Moscou.

Les dirigeants qui ne sont pas mobilisés par l'armée et que l'IC ne transfère pas à Bruxelles sont envoyés dans les différentes régions. Ainsi, Charles Tillon sera responsable régional à Bordeaux, Gaston Monmousseau à Marseille et Auguste Havez en Bretagne.

À Paris, le Parti maintient une activité minimale : distributions de tracts, parution épisodique de l'Humanité clandestine. C'est à Florimond Bonte que revient le redoutable honneur de défendre la ligne du Komintern devant l'assemblée des députés. Il n'a pas même le temps de sortir son texte que le président Herriot ordonne aux huissiers de l'expulser. 317 municipalités contrôlées par le PC sont dissoutes, et 2800 élus déchus de leurs mandats. Au total, il y aura plusieurs milliers d'arrestations. La répression s'est installée jusque dans la CGT, réunifiée depuis 1936, mais toujours tenue en main par Léon Jouhaux . Dès le 18 septembre, le bureau confédéral excluait de la CGT tous ses membres qui ne souscriraient pas à sa condamnation du pacte. Dans de nombreux syndicats de base, les communistes étaient majoritaires : ils seront dissous par le ministre de l'Intérieur (620, au total).

Les militants communistes disponibles se battent pour que le Parti survive ; ils réorganisent leurs structures clandestines. Les jeunes filles de l'Union des jeunes filles de France (UJFF) montent en première ligne pour sauver leur parti : Claudine Chomat, Danielle Casanova, Georgette Cadras et tant d'autres font merveille pour recoller les morceaux et entretenir la flamme. On les appellera agents de liaisons ou femmes de liaisons, mais elles assument par intérim des responsabilités considérables.

La plongée dans la clandestinité implique la disparition de toutes les structures traditionnelles, cellules, rayons, et la mise en place de triangles, ou groupes de trois, principe de base de l'organisation clandestine. Schématiquement, un membre du triangle pour le contact en amont, un autre pour le contact en aval, et le dernier pour effectuer les tâches qui sont dévolues au groupe, par exemple, la distribution de tracts. En plus de cette organisation par trois, l'Organisation Spéciale, plus communément appelée OS, est un service d'ordre adapté à la situation nouvelle, qui doit assurer la sécurité des militants lors des distributions à risque. Cette mise en place de l'organisation clandestine se fera de façon très inégale, selon les régions, entre le début et la fin de l'année 1940.

En mai 40, le déferlement des colonnes allemandes sur le pays ne simplifie pas une situation déjà difficile. Le pays entier sombre, et les morceaux de Parti surnagent tant bien que mal sur les flots tumultueux de la débâcle. Le philosophe communiste Politzer sert d'intermédiaire pour nouer des contacts entre le ministre Anatole de Monzie et Benoît Frachon pour constituer une sorte d'union sacrée pour la défense de Paris, mais Paris n'est pas défendu et tant le gouvernement que la direction du Parti doivent prendre leurs dispositions pour se replier vers le Sud.

Alors que le député d'Amiens, Jean Catelas reste à Paris le seul représentant de la direction avec Gabriel Péri, Frachon et son équipe se retrouve à Fursanne, près de Limoges, en Haute-Vienne. Victor Michaut, Arthur Dallidet et Mounette Dutilleul sont autour de Frachon.

Juin 40 à Juin 41 L'occupation avant Barbarossa

Les premiers mois de l'occupation

Le 15 juin, Duclos et Tréand, le responsable aux cadres, arrivent à Paris. Ils mettent près de 4 semaines avant d'établir un contact avec le groupe Frachon en Haute-Vienne. Il faut bien dire un mot ici de l'affaire des pourparlers pour la reparution de l'Humanité. C'est un sujet qui a été controversé depuis 1945 jusqu'en 1990, mais depuis l'ouverture des archives du Komintern, elle est tout à fait éclaircie, hormis peut-être le détail des relations entre Duclos et Tréand.

Des démarches sont faites par Tréand et d'autres militants auprès des autorités d'occupation pour négocier la reparution de l'Humanité. Ces démarches sont connues de Duclos et des correspondants du parti français à Moscou avec lesquels au moins huit lettres dont certaines font une dizaine de pages sont échangées entre la fin du mois de juin et le début du mois d'août. La ligne officielle du parti, émanant de Moscou et appliquée normalement par la Section Française de l'Internationale Communiste, ne met pas en priorité la lutte contre les Nazis. Il est donc envisagé tout à fait normalement de sortir une Humanité légale, qui passée au filtre de la censure aurait adopté une neutralité vis-à-vis de l'occupant. Les pourparlers concernant l'Huma avortèrent finalement du fait des Allemands. Hitler désavoua Otto Abetz qui finassait pour transformer des communistes désorientés en bons nationaux-socialistes. De leur côté, les autorités de Vichy obtinrent gain de cause pour empêcher la légalisation du parti.

Simultanément avec les démarches confidentielles pour la reparution de l'Huma, la direction du Parti mène une politique de légalisation. Après neuf mois de clandestinité, il s'agit de profiter du vide politique pour réoccuper le terrain. Les élus locaux et les responsables syndicaux sont invités à sortir de leurs tanières pour reprendre le chemin de leurs permanences, à réoccuper les municipalités perdues, à effectuer des prises de parole. Cette ligne suivie, en gros, de juin à septembre s'avére un désastre complet.

Les négociations avec les Allemands pour la reparution de l'Huma suscitent très vite de vifs débats chez les communistes disséminés aux quatre coins de la France au sein du mouvement communiste. Ainsi, lorsque les communications furent rétablies, tant bien que mal, entre Paris et la Haute-Vienne, l'équipe autour de Frachon, qui avait eu vent des pourparlers, fut quelque peu traumatisée. Par exemple, selon Mounette Dutilleul, la question fut débattue en Haute-Vienne au sein de l'équipe Frachon :

"… Il y avait là Felix Cadras, Victor Michaut, Arthur Dallidet. Benoît n'a pas répondu tou… de suite. Michaut s'est prononcé violemment contre, Cadras aussi, moins violemment, car il n'était pas violent, Cadras. Arthur Dallidet a tout de suite argumenté. Il était criant pour nous que cette demande de reparution était une chose impossible… Et Frachon ne disait rien. En fin de compte, il a dit "Bon, il faut organiser la remontée à Paris, il faut aller voir ce qui se passe." Et c'est tout."

Finalement, l'opération engagée avec le plein accord de l'IC fut désavouée par l'IC. Une directive datée du 5 août clarifie la ligne du Parti vis-à-vis des occupants : "Selon informations arrivées par diverses voies au sujet situation en France, il est évident que le Parti est menacé de graves dangers de la part des manœuvres de l'occupant… Par conséquent, nous vous proposons la règle de conduite suivante :

1. Le Parti doit catégoriquement repousser et condamner comme trahison toute manifestation de solidarité avec les occupants."

2. Limiter tous rapports avec les autorités occupation strictement aux questions purement formelles et de caractère administratif.

3. Poursuivre les efforts pour obtenir la légalisation de la presse ouvrière et utiliser les moindres possibilités légales pour l'activité politique et la propagande.

8. Avisons la direction du Parti que Jacques est personnellement chargé de la responsabilité pour la réalisation inconditionnelle des indications présentes et invitons tous les membres de la direction avec maximum de fermeté, de responsabilité et discipline de fer et en exiger autant de tous les membres du parti.

La conséquence du point 8 de la directive du 5 août sera la mise à l'écart de Tréand, partielle d'abord, puis totale et définitive à partir de la fin 40. Ses attributions vont glisser progressivement sur Dallidet et Cadras.

Pour être complet sur l'action de Duclos sur cette période, il faut mentionner la diffusion du tract connu comme l'appel du 10 juillet et dont il fut le principal rédacteur. À côté d'analyses tout à fait orthodoxes où sont mis en cause, en des termes virulents, tous les dirigeants de la Troisième République et les "ploutocrates" de Vichy, à côté des inévitables références à l'URSS, surgissent des évocations nationalistes qui appellent au redressement d'un peuple meurtri et humilié par une occupation ennemie

"…La France encore toute sanglante veut vivre libre et indépendante… Jamais un peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves et si, malgré la terreur, ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l'impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir SA VOLONTÉ D'ÊTRE LIBRE"

Il est clair que ce texte où l'on recherche vainement les simples mots "allemands" ou "nazis" ne saurait en aucun cas être considéré comme un acte de résistance à l'occupant, mais démontre simplement que parallèlement aux démarches de reparution légale de leur presse, les communistes étaient déterminés à conserver un dispositif technique leur assurant la diffusion d'une expression indépendante de toute censure.

Beaucoup plus lourde de conséquences que les pourparlers pour la reparution de l'Huma, la confirmation de la politique de légalisation du Parti a pour conséquence les rafles d'octobre et novembre 40, qui envoient quelques milliers de militants rejoindre les camarades mis sous les verrous par Daladier .

La police de Vichy lance son offensive en région parisienne à la fin du mois de septembre. Une première hécatombe touche trois cents militants parmi lesquels de nombreux responsables politiques ou syndicaux. D'autres rafles suivent en province. En s'ajoutant aux internés de 1939, ils seront ainsi entre dix et vingt mille élus et militants à s'entasser dans différents camps dont le plus connu est celui de Châteaubriant. Dès octobre 1940 commence la période de clandestinité totale qui durera jusqu'en 1944.

En province, les responsables sont pratiquement coupés de tout contact et sont conduits par conséquent à improviser une ligne politique en fonction de leurs convictions. À Bordeaux, le 17 juin au matin, alors que les Allemands foncent sur la ville, un colonel tout juste promu général, Charles de Gaulle parvient à s'envoler pour Londres d'où il prononcera son célèbre appel du 18 Juin. Ce même 17 juin, à 12H30, Charles Tillon, après avoir écouté le message radiodiffusé du nouveau chef d'état Philippe Pétain, rédige un tract intitulé "Peuple de France", dont la teneur est révélatrice des sentiments qui pouvaient animer un communiste indépendant, mais nullement marginal au sein du parti :

"… Mais le peuple français ne veut pas de l'esclavage, de la misère et du fascisme, pas plus qu'il n'a voulu la guerre des capitalistes. Il est le nombre, uni, il sera la force… - Pour un gouvernement populaire, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du Parti communiste, luttant contre le fascisme hitlérien Peuple des usines, des champs, des magasins et des bureaux, commerçants, artisans et intellectuels, soldats, marins et aviateurs encore sous les armes, unissez-vous dans l'action."

Ce qui distingue essentiellement la littérature communiste de Bordeaux de celle diffusée à Paris, c'est un appel explicite à la lutte contre l'occupant fasciste. En Bretagne, Auguste Havez sera encore plus percutant, le 22 juin "…Il n'y aura pas de répit avant d'avoir bouté les bottes hitlériennes hors de notre pays…"

Du côté de la jeunesse, la vie clandestine se met également en place. Les jeunesses communistes sont moins directement touchées par les consignes du Komintern, qui se soucie principalement de l'organisation du Parti. Cependant, leur appareil, moins organisé, a bien du mal à résister au passage à la clandestiné. Les premiers mois de l'occupation sont marqués par des actions principalement individuelles et locales, surtout chez les étudiants : distributions de tracts dans le Quartier latin et organisation d'une presse (notamment La relève et L'université libre). C'est avec l'arrestation du professeur Paul Langevin, le 30 octobre 1940, que le mouvement jeune et étudiant commencera à se mettre en place : des étudiants communistes et gaullistes, parmi lesquels François Lescure, secrétaire national de l'UEC clandestine, Danielle Casanova, secrétaire générale de l'UJFF ou encore Francis Cohen, organisent une manifestation devant le Collège de France, où Langevin enseignait, le 8 novembre : les quelques dizaines de manifestants sont vite éparpillés. Mais ce premier rassemblement crée la rumeur dans le quartier latin ; grâce à des distributions de tracts clandestines et au bouche à oreille, la première manifestation publique contre l'occupant se déroule le 11 novembre 1940, sur les Champs-Élysées : elle regroupe un ou deux milliers de jeunes et étudiants. En représailles, des centaines d'arrestations sont faites parmi les étudiants, y compris François Lescure, et la Sorbonne sera fermée pendant plus d'un mois.

La réorganisation du parti dans la clandestinité

Au début du mois de septembre, Tillon refusa de remettre à un envoyé de Tréand la liste des principaux dirigeants de la région et des planques utilisées pour le matériel, parce que c'était contraire aux règles de la clandestinité. Dans les mois qui suivent, ce sont des règles semblables qui s'imposent à tous les échelons du Parti.

L'incartade de Tillon ne fait pas obstacle à son avancement. Sur proposition de Frachon il devient au début de l'année 41 le troisième d'un secrétariat dont le chef est Duclos.

Frachon a écrit dans l'Huma, en 1970, qu'il avait fait remonter Tillon de Bordeaux pour s'occuper de la lutte armée. Mais à la fin de 1940 ou même au début de 1941, il n'est nullement question de lutte armée contre l'occupant. Les groupes d'OS qui ont été créés ici et là sont essentiellement un service d'ordre adapté à la clandestinité, donc armé, quand il y avait des armes, destiné à protéger les militants et à châtier les traîtres. Tillon ne sera vraiment intégré à la direction qu'au mois de mai 41.

Au début 41, Félix Cadras, que Frachon avait laissé en zone Sud avec Victor Michaut, est rappelé à Paris, pour assumer les fonctions de responsable à l'organisation, ce qui libère Arthur Dallidet d'une partie de son travail. L'Huma clandestine parait assez régulièrement, mais jamais plus d'une fois par semaine, et de ce fait des intellectuels comme le philosophe Georges Politzer ou le journaliste prestigieux Gabriel Péri sont largement sous-employés. Duclos suffit largement à remplir le recto verso hebdomadaire. Les effectifs du Parti à cette époque ne doivent pas dépasser quelques milliers, qui vivent chichement, mais touchent quand même leurs 2000 ou 2300 francs par mois. Grâce à Jean Jérome et à Tréand, la plupart des caches qui abritent les différents trésor du Parti sont à nouveau sous contrôle.

A Paris, les Brigades Spéciales anticommunistes du gouvernement de Vichy se font de plus en plus menaçantes. En mai 41, à Paris, à la suite de l'interpellation de son agent de liaison, Jean Catelas (l'un des principaux responsables de l'organisation avec Dallidet et Cadras), puis Gabriel Péri et Mounette Dutilleul sont arrêtés. Deux mois plus tôt, c'est en zone Sud que le Parti a été décapité avec la chute de Jean Chaintron et Victor Michaut. Le premier juillet 41, le responsable de la région de Paris, André Bréchet tombe avec trente camarades.

Juin 41 - Août 44 L'engagement dans la lutte armée et la convergence avec De Gaulle

Le 22 juin 1941, à quatre heures du matin, les divisions blindées allemandes déferlent sur l'URSS. A partir du 22 juin, tout pousse les communistes à combattre les Allemands, avec la même logique qui poussait De Gaulle, le 18 juin 40, à vouloir poursuivre le combat aux côtés des Alliés. Les communistes s'engagent tout naturellement à lutter aux côtés de leur allié à eux, l'URSS. Pour que les choses soient claires, il faut, en guise de déclaration de guerre, poser sur la scène nationale l'acte le plus symbolique qui soit: tuer des Allemands. Le 23 août, sur le quai du métro Barbès, Pierre Georges, le futur Colonel Fabien, décharge son 6.35 sur un officier de la Kriegsmarine, l'aspirant Moser . Il est d'usage de prendre cet événement comme point de départ de la lutte armée menée par le parti communiste contre les Allemands. En fait il y avait déjà eu un attentat perpétré par trois copains de Fabien, Maurice Le Berre, Manuel et Bourdarias mais il passa inaperçu, car l'officier allemand abattu par Le Berre venait de quitter une prostituée, et les Allemands ne tenaient pas à monter en épingle cette affaire.

La vague d'attentats se prolongea jusqu'au mois de novembre et déclencha un processus de représailles consistant en l'exécution d'otages juifs ou communistes. L'escalade des représailles prit un caractère massif, le 22 octobre, avec la mise à mort de vingt-deux internés du camp de Chateaubriant, parmi lesquels le syndicaliste Jean-Pierre Timbaud et le jeune Guy Môquet, 17 ans, fils d'un député communiste. Ce n'était pas la première fois que les Allemands fusillaient dans la France occupée, mais jusqu'alors les victimes avaient été reconnus coupables au regard de la loi allemande, alors que certains internés de Chateaubriant n'étaient coupables que d'avoir été communistes pendant la drôle de guerre ou dans la période qui suivit l'armistice.

Les premiers commandos de choc des communistes sont constitués à partir des jeunesses communistes (JC) sous le nom de "Bataillon de la Jeunesse". Lentement, à partir de fin 41, mais surtout début 42, les FTPF (Francs Tireurs Partisans Français) furent mis sur pied comme un mouvement de résistance armée structurellement indépendant du Parti. Sur toute l'année 42 s'étalèrent la longue histoire de l'approche des communistes et des représentants de de Gaulle. Il n'est sans doute pas indifférent que l'URSS ait dégagé la voie en engageants avec De Gaulle des pourparlers qui devaient aboutir en Septembre 42 à la reconnaissance du Comité National français comme représentant légitime de la France. Un Juif galicien Michel Feintuch, alias Jean Jérome, à l'accent à couper au couteau, joua un rôle de première importance pour que des français rencontrent d'autres Français: Jean Jérome apprit que François Faure, fils de l'historien d'art Elie Faure avait partie liée avec la Résistance gaulliste. Il le rencontra en Avril 42 et lui demanda de faire savoir au Général que la direction du PCF était désireuse de débattre de sa forme de collaboration à l'organisation de la France Libre. Finalement, les deux négociateurs, qui se rencontrèrent à plusieurs reprises furent Gilbert Renault, alias Rémy pour la France Libre et, pour le PCF, Georges Beaufils, adjoint, en quelque sorte, de Jean Jérôme. Ces contacts aboutissent d'abord à quelques échanges entre le BCRA, service de renseignements de la France Libre et les FTP: Armes contre renseignements. A partir du mois d'Août, les contacts deviennent plus politiques: Beaufils rencontre Pierre Brossolette, qui, cette fois-ci représente De Gaulle et qui insiste vivement pour que le Parti soit représenté à Londres. C'est Fernand Grenier, ancien député de Saint-Denis et évadé du camp de Châteaubriand un an plus tôt qui est désigné par Duclos pour aller représenter le Parti à Londres auprès de De Gaulle. C'est en compagnie de Rémy que Fernand Grenier embarque à Saint-Aven sur un bateau de pêche au début du mois de Janvier 43.

Lorsque les Américains débarquent en Afrique du Nord, en Novembre 42, 500 militants communistes sont internés en Algérie. Parmi eux, vingt-sept anciens députés, transférés en 1941 de la maison d'arrêt du Puy à Maison Carrée en 1941. Ils sont libérés par le Général Giraud plus de 2 mois après le débarquement américain, et certains d'entre eux feront partie de l'assemblée consultative que de Gaulle réunira pour la première fois en Novembre 43. Entre temps, les communistes auront joué un savant jeu de bascule entre Giraud et De Gaulle, car si Staline a soutenu inconditionnellement De Gaulle alors que Roosevelt tentait de pousser Giraud en avant, les communistes français se garderont bien de donner trop de pouvoir à celui dont ils savent bien qu'il deviendra tôt ou tard un adversaire politique, et qui entend bien en 43 rester le patron de la France Combattante. Après de longues négociations, en Avril 44 André Billoux, ancien membre du bureau politique et Fernand Grenier seront commissaires au CFLN puis ministres lorsque le CFLN deviendra le gouvernement provisoire. Entre temps, en octobre 43 De Gaulle laisse venir André Marty de Moscou, mais refuse l'entrée de Thorez considéré comme déserteur.

Quand Jean Moulin est parachuté en France le 1er janvier 1942, il a pour mission d'unifier la Résistance intérieure sous l'autorité de De Gaulle. Pendant plus d'un an, son action concerne presque uniquement les mouvements non communistes, mais il est suffisamment politique pour savoir qu'il ne peut aborder les communistes qu'en position de force. Il concentre son action tout au long de l'année 42 sur l'union des 3 principaux mouvements de résistance de la zone Sud: Combat, Libération et Franc-Tireur.

De leur côté, les communistes ne restent pas inactifs. À partir de Novembre 42, ils réactivent le Front national créé au printemps 41. Pierre Villon, de son vrai nom Roger Ginsburger, un architecte alsacien qui avait eu des responsabilités au Komintern en fut le principal dirigeant, mais dans la zone Sud, Georges Marrane et Madeleine Braun ont couvert beaucoup de terrain pour rallier autour du Front national des populations ciblées dans les groupes de population qui n'étaient pas précisément réputées pour faire partie de la clientèle naturelle du Parti : Médecins, musiciens, ecclésiastiques. Dans un contexte de clandestinité, il n'est pas très difficile pour le Parti de garder le plein contrôle du Front national, mais le recrutement dépasse largement le cadre des sympathisants du Parti. Les FTP, mouvement de résistance armée créé par les communistes est ensuite présenté comme l'émanation du Front national. À la même époque, sous l'impulsion de Jean Moulin, les 3 mouvements de la zone Sud fusionnent pour former les MUR (Mouvements unis de la Résistance) alors que les organisations militaires de ces mouvements formaient l'AS (Armée Secrète). Pendant quelques mois, il est possible de défendre la position selon laquelle le Front national avait autant de légitimité que les MUR à fédérer la Résistance intérieure. Finalement, le Front national, ainsi que le PCF et la CGT participent à la fondation du CNR le 27 Mai 43, mais les FTP restent indépendants de l'Armée Secrète jusqu'au 29 décembre 1943, date de la création des FFI. En fait, les FTP conserveront leur propre structure jusqu'à la Libération.

À partir du moment où les communistes se sont intégrés aux différentes instances de la Résistance intérieure, ils ont essayé, bien sûr, de tirer la couverture à eux. Leur cohésion profonde, les années d'expérience de la clandestinité leur donne un avantage certain sur toutes les autres composantes de la Résistance. Cependant, il ne faut jamais perdre de vue que quelque soit les orientations prises par le Parti, qu'elles soient décidées à Moscou ou dans le Hurepoix où résidaient les membres du secrétariat, la Résistance communiste, tout comme la Résistance non communiste n'ont pu existé que parce que des Français s'y sont ralliés sous forme relativement massive à partir de 1943. Que l'on considère les fusillés, les déportés, les titulaires de cartes de combattants de la Résistance, force est de constater que la part des communistes est importante.

Juin 41 - Août 44 La direction du Parti dans la clandestinité

Le couple Frachon-Duclos

Il faut insister sur le fait que le Parti est dirigé pendant la guerre par deux hommes: Jacques Duclos et Benoît Frachon. Charles Tillon à partir de Mai 41 et Auguste Lecoeur à partir de Mai 42, participent également aux réunions à peu près mensuelles du secrétariat. En Août 40, Duclos a été désigné par Moscou comme le numéro un, mais l'autorité naturelle de Frachon est telle qu'on peut se demander s'il n'a pas été l'authentique inspirateur de toutes les orientations de l'équipe dirigeante. Ceci n'exclut pas la discipline vis-à-vis de l'Internationale Communiste ou de l'URSS.

Paris et sa proche couronne étant devenue trop surveillée par la police, à partir de fin 41, les trois membres du secrétariat s'installèrent en Seine-et-Oise, dans cette partie de l'actuelle Essonne que l'on appelle le Hurepoix : Tillon, d'abord, à Palaiseau puis à Limours, Duclos, à Villebon-sur-Yvette et Frachon à Forges-les-Bains

Le couple Duclos-Frachon faisait déjà partie, avec Maurice Thorez et Eugen Fried du noyau dirigeant depuis le début des années 30. Duclos est le chef, nommément désigné par le secrétariat de l'Internationale Communiste le 5 Août 1940. Benoît Frachon a probablement dominé intellectuellement le couple tout au long des années d'occupation. Quant à Fried et Thorez, ils sont, de fait, mis sur la touche: Fried, muté à Bruxelles au début des hostilités pour jouer un rôle de coordinateur sur toute l'Europe de l'Ouest, ne servira, en fait que de boite aux lettres entre Moscou et Paris. Il est tué le 17 Août 1943 au cours d'une perquisition de la Gestapo. Thorez, sans doute influent auprès de Dimitrov pour envoyer des directives au Parti Français verra son rôle pratiquement anéanti lorsque devant l'avance de la Wehrmacht sur Moscou, en automne 41, il dut se réfugier au fin fond du Caucase.

Tillon, Lecoeur et les autres

Il n'est pas possible ici de citer tous les hommes qui gravitèrent autour de la direction. Il en est cependant qu'on ne peut pas ignorer: Charles Tillon, coopté dés fin 40 pour étoffer le secrétatriat, et qui, après quelques mois d'attente sera chargé de mettre sur pied la lutte armée. Il sera le dirigeant des FTPF. Auguste Lecoeur qui deviendra à partir du printemps 42 le quatrième mousquetaire de la direction, assistera aux réunions mensuelles du secrétariat, et s'imposa comme le grand chef d'orchestre de tout l'appareil du Parti. Arthur Dallidet, "responsable des cadres" jusqu'à son arrestation, en Février 42, qui construisit sur le terrain le Parti clandestin. Pierre Villon, d'abord chargé de superviser le Front national, puis de représenter celui-ci au sein du CNR et qui s'imposa, après la disparition de Jean Moulin, comme l'homme fort du bureau permanent du CNR et de son émanation militaire, le COMAC. Jean Jérome, enfin, toujours proche de Duclos jusqu'à son arrestation en Avril 43, qui fut non seulement le grand argentier du Parti, mais qui s'impliqua aussi bien dans la création du Front national que dans les premiers contacts avec la France Libre. En zone Sud, Georges Marrane et Raymond Guyot à partir de Janvier 42 ont joué un rôle de première importance.

Cinq ans de fonctionnement dans la clandestinité, sans aucune perte en ce qui concerne le premier cercle du secrétariat, en maintenant du début à la fin une communication à la fois avec Moscou et avec les différentes instances régionales et catégorielles du Parti, voilà qui représente un cas unique dans l'histoire de la Résistance.

Un appareil clandestin centralisé et morcelé

Il convient cependant de se poser le question sur le pouvoir effectif exercé par cette direction. La réponse est nuancée : d'un côté, le Parti reste centralisé, les militants acceptent la discipline encore plus facilement dans la tempête. D'un autre côté, la clandestinité pousse vers un cloisonnement qui induit naturellement des tendances locales autonomistes. Par exemple, Duclos ne connait pas grand-chose de la vie des FTP, mais Tillon ne connait pas grand-chose de la vie des FTP en zone Sud qui sont rattachés directement à Duclos. Mais la direction des FTP en zone Sud ne sait pratiquement rien de ce qui passe dans le plus grand maquis sous contrôle communiste, celui du Limousin dirigé par Georges Guingouin. Les FTP étrangers, de la MOI (Main-d'œuvre internationale) dépendent également directement de Duclos.

La diffusion de la Presse reste très centralisée, malgré la multiplication de bulletins spécialisés. Une fois par trimestre, les cadres du Parti reçoivent "La vie du Parti", une trentaine de pages dans lesquelles il est très facile pour les cadres locaux de puiser de la matière pour en faire plusieurs tracts locaux. L'Humanité Clandestine est tirée, dans l'imprimerie de Gometz-la-Ville à un nombre restreint d'exemplaires pour y être diffusée sur les régions, où ils seront reproduits en grand nombre avec les moyens spécifiques des régions. La plupart des groupes FTP ne reçoivent du Centre guère plus que leur organe de presse, France D'abord, et des fascicules techniques, portant par exemple sur les différents types d'armes utilisées par les armées allemande et française. Il est hors de question qu'un maquis installé dans le Jura ou le Massif Central puisse être piloté directement par la Commission Militaire Nationale (CMN) qui se réunit régulièrement près de Palaiseau.

À partir de juin 41 où il ne fut plus possible de communiquer à travers les ambassades soviétiques de l'Europe allemande, Duclos fut en contact radio à peu près permanent avec les soviétiques. Dans un premier temps (mais jusqu'à quand Juin 41? Mai 43?), toutes les messages transitaient par Bruxelles, c'est-à-dire par Fried, c'étaient des camarades cheminots qui assuraient le transport. Par la suite, les liaisons radios ne furent jamais directes avec Moscou, mais transitaient par l'ambassade soviétique de Londres. Les opérateurs radio étaient souvent des anciens de France Navigation, cette flotte créée par l'IC et le PCF au moment de la guerre d'Espagne. Il arriva qu'ils communiquèrent entre eux, mais d'une façon générale, les radios étaient strictement réservées aux liaisons avec les Soviétiques ou les Britanniques. Les liaisons intérieures se faisaient d'homme à homme par le train, ce qui implique des délais d'au moins une semaine entre une question et une réponse, avec de très fréquentes pertes de contacts avec tel ou tel, qui pouvait durer plusieurs semaines. A partir de la chute de Trepper (Voir Orchestre rouge), début 43, le même réseau de radios, celui du PCF, fut partagé par le Parti et par les services soviétiques.

Et Thorez ?

Pas possible de ne pas parler de la dissolution de l'Internationale communiste (IC ou Komintern), en Mai 43, décidée par Staline pour rassurer ses alliés britannique et américain. Les répercussions pratiques furent insignifiantes, mais la nouvelle provoqua un certain choc sur tous les militants et dirigeants: Le PCF s'appelait officiellement la SFIC, Section Française de l'Internationale Communiste, et c'était une source de fierté, pour les communistes d'être affiliés à une internationale. Lorsque le Parti se construisit une histoire de cette période, l'occasion fut saisie d'utiliser cette dissolution pour refaire la biographie de Maurice Thorez qui était à Moscou depuis la fin 39: Selon la version officielle, Thorez aurait quitté le territoire national à ce moment là pour aller à la réunion de dissolution de l'Internationale.

Juin 41 - Août 44: Grèves, Maquis, Guérilla Urbaine

La grève du bassin minier

La grève des Houillères du Nord, en Mai-Juin 1941 est le plus grand mouvement revendicatif des années d'occupation. Elle est animée par les communistes au premier rang desquels se trouvait Auguste Lecoeur. La quasi-totalité des effecifs du bassin minier, environ 100000 mineurs se mettent en grève sur la base de revendications classiques d'augmentation des salaires et d'amélioration des conditions de travail. Les Allemands eux-mêmes doivent organiser la répression pour faire cesser la grève. Des dizaines de supposés meneurs sont déportés.

Guingouin et le maquis du Limousin

Le maquis de la Haute-Vienne, dirigé par Georges Guingouin est le plus bel exemple du développement du Parti dans certaines provinces françaises. Instituteur de 27 ans en 1940, Guingouin sitôt démobilisé réorganise son ancien "rayon communiste" et devient responsable de la Haute-Vienne dans le parti clandestin. Il prend le maquis vers le début de l'année 41 à une époque où cette pratique n'est pas courante, ni chez les communistes, ni chez aucune mouvance de la Résistance balbutiante. Guingouin est surnommé le "préfet du maquis", car il parvient à contrôler partiellement certaines zones de son secteur. En 1944, la Haute-Vienne sera le département qui comptera le plus grand nombre de résistants armés, soit environ 8000 hommes. Peu discipliné vis-à-vis de la direction communiste en zone Sud représentée par Léon Mauvais, Guingouin reçut la capitulation sans conditions des forces allemandes occupant Limoges le 21 Août 44. Promu au grade de Lieutenant-colonel FFI, Guingouin fut grièvement blessé dans un accident de voiture en Novembre 44. Par delà le cas particulier du maquis du Limousin, n'oublions jamais que le direction du Parti était au Nord, mais que le Parti s'est surtout développé au Sud.

 

L'engagement de la MOI

Les étrangers ont joué un rôle primordial dans l'histoire du Parti pendant la guerre. De nombreux étrangers immigrés en France avant la guerre pour des raisons politiques ou économiques, étaient communistes, ce qui ne posait guère de problème pour un parti internationaliste où la section française n'était qu'une parmi d'autres dépendant de l'IC (Internationale communiste ou Komintern). Les différentes sections des MOI (Main d'Œuvre Immigrée) étaient regroupés par nationalités et ne dépendaient pas directement du parti français. Il y avait des étrangers qui avaient des responsabilités auprès du PCF, comme Eugen Fried, qui était son tuteur, mais aussi Allard-Cerreti, un italien, ou Jean Jérome, juif polonais immigré en que l'on considère comme le grand argentier du Parti entre 1939 et la fin des années 60. Des Français, comme Jacques Duclos ou André Marty eurent également des responsabilités dans l'Internationale et furent amenés à encadrer des partis frères. Parce qu'ils n'attendaient aucune clémence de la part des Allemands, parce que le régime de Vichy ne leur laissait guère de choix en dehors de la clandestinité ou de l'internement, les différents groupes MOI furent particulièrement déterminés dans la lutte contre l'occupant. Parce qu'ils dépendaient directement du Komintern, par l'intermédiaire de Duclos, on a souvent pensé que c'étaient eux que l'on envoyait en première ligne lorsque venait l'ordre de Moscou d'intensifier le combat, alors que les groupes français étaient beaucoup plus insérés dans une dynamique nationale. A Paris, Joseph Epstein, alias colonel Gilles est un responsable des FTP MOI. On lui confie également la responsabilité des combattants FTP de l'ensemble de la région Parisienne où la formation de véritables commandos de quinze combattants permet de réaliser un certain nombre d'actions spectaculaires, qui n'auraient pas été possibles avec les groupes de trois qui étaient la règle dans l'organisation clandestine depuis 1940. De Juillet à Octobre 43, il y a ainsi à Paris une série d'attaques directes contre des soldats ou des officiers Allemands. Ces commandos sont de plus en plus constitués d'étrangers de la MOI. Le groupe de Missak Manouchian est le plus célèbre. Des maquis MOI ont également joué un rôle de première importance dans la zone Sud, par exemple pour la libération des villes de Lyon et de Toulouse. 

Fabien et la Libération de Paris

Terminons par la libération de Paris et la figure de Fabien : Le 24 août 1944 dans Paris encore occupé, mais insurgé, alors que le chant d'allégresse de toutes les cloches de la ville couvre pour un moment les claquements sourds de la mitraille, Fabien, le même qui abattait trois ans plus tôt un officier Allemand à la station de métro Barbès, dirige maintenant l'attaque du Palais du Luxembourg qui abrite l'état-major de la Luftwaffe, protégé par d'énormes blockhaus. Trois ans où il aura tout connu de l'univers des FTP: la guérilla urbaine dans Paris, les maquis dans le Doubs, les déraillements de trains dans le Pas-de-Calais; blessé d'une balle rentrée dans la tête par le côté droit et ressortie par le côté gauche, arrêté, torturé, prisonnier, évadé. Son père et son beau-père ont été fusillés, mais Fabien est toujours vivant. Il a pris du galon. Le colonel Fabien a 25 ans. Le Palais du Luxembourg est trop bien défendu pour les assaillants, qui ne disposent que d'armes légères. La nouvelle parvient à Fabien que trois chars de Leclerc sont arrivés en éclaireurs à Notre-Dame. Renseigné sur le moyen de joindre Leclerc, il envoie un émissaire à Thiais, et Leclerc met sept chars à la disposition de son camarade FFI. L'armée a ceci de commun avec le Parti qu'on y a des camarades. Le lendemain, Fabien prend le Palais du Luxembourg avec les compagnies FTP du 5e, 6e, 13e et 15e arrondissements et les sept chars de Leclerc. Au même moment, un autre ancien des brigades, Tanguy, dit Rol, chef des FFI de l'Ile-de-France, reçoit avec Leclerc la reddition du général Von Choltitz .

Paris n'aura pas connu le sort de Varsovie, rasé et écrasé avant d'être libéré. Trois mille FFI mourront quand même au cours de l'insurrection de la capitale. Savourons encore un peu avec les FTP de Fabien, devenus FFI, les cloches qui résonnent, l'attente de la nuit, l'arrivée des sept chars en fin de matinée. La jonction entre les soldats de l'ombre et ceux du désert est une des plus belles pages de l'Histoire de France. De Gaulle ne s'y est pas trompé, qui, en 1950, écrivait dans ses mémoires:

" ...La tragédie où se jouait le sort de la patrie offrait à ces Français, écartés de la nation par l'injustice qui les soulevait et l'erreur qui les dévoyait, l'occasion historique de rentrer dans l'unité nationale, fût-ce seulement pour le temps du combat... "Vive la France" auront donc cette fois encore crié, au moment de mourir, tous ceux qui, n'importe comment, n'importe où, auront donné leur vie pour elle ... Le communisme passera, mais la France ne passera pas. Je suis sûr que, dans son destin, comptera finalement pour beaucoup le fait qu'en dépit de tout elle n'aura été lors de sa libération, instant fugitif, mais décisif de son histoire, qu'un seul peuple rassemblé." (Mémoires de Guerre, Tome 1, L'Appel, p.287)

Pour terminer sa soirée, Fabien se rend au 44 de la rue Le Pelletier, ancien siège du Parti, reconquis les jours précédents par Camphin et Ballanger, et où convergent tous les responsables du Parti, leurs barbes de clandestins fraîchement rasées, Jacques, Benoît, Charles et les autres.

1944-64 De la Libération à la mort de Thorez

1944-47 Les communistes à la Libération

Le PCF à son apogée

Le Parti sort de la guerre plus fort qu'il n'a jamais été, il a le vent en poupe, il grimpe encore. La courbe des adhésions s'envole vers des sommets jamais atteints, 370000 adhérents en Décembre 44, 800000 à la fin de 46. Au plan électoral, second derrière le MRP aux élections de juin 46, il prend la première place en novembre de la même année, avec 28,6% des suffrages, à comparer à 15,3% obtenus aux législatives de 36. De Gaulle a démissionné en janvier 46. Les communistes participeront aux différents gouvernements jusqu'en mai 47, en obtenant une participation plus substantielle que leurs deux malheureux fauteuils du gouvernement provisoire. Tillon aura été ministre, sans interruption, de septembre 44 à mai 47, d'abord ministre de l'Air, puis de l'Armement, enfin de la Reconstruction. Thorez, d'abord ministre de la fonction publique, terminera sa carrière gouvernementale comme vice-président du Conseil après avoir raté de peu l'investiture pour la première place.

En fait, si l'on y regarde de près, il n'y a pas seulement un progrès quantitatif, mais une mutation profonde du Parti. Essentiellement ouvrier avant-guerre, il sort de la période d'occupation avec une implantation nationale. La nouvelle place qu'il prend dans le paysage politique français ne variera plus guère dans les 40 ans qui ont suivi la Libération.

Les mutations du Parti

On réalise les mutations sociologiques opérées par le Parti en considérant les cartes d'implantation des adhérents et de résultats aux élections en 1938, 1947 et 1981. En 1938, les zones de forte implantation correspondent, en gros aux fortes implantations ouvrières, alors qu'en 1947, on voit une implantation dans certaines zones rurales. Les zones d'influence du PCF après la guerre dessinent, en creux, la carte de pratiques religieuse (établies par le chanoine Boulard, dans les années d'après guerre) dont on sait qu'elle sont révélatrices du plus grand invariant politique du paysage politique Français. Les zones d'influence du PCF sont restées plus stables entre 1945 et 1981 qu'elles ne le furent entre 1938 et 1945.

Les zones rurales dans lequel le PCF obtient son meilleur score sont celles qu'Emmanuel Todd (La Troisième Panète, Le Seuil, 1982) associera à la famille communautaire, c'est-à-dire un système anthropologique familial dans lesquelles relations entre parents et enfants sont de type autoritaire et les relations entre frères de type autoritaire. Ce sont aussi les zones dans lesquelles le nombre de pratiquants catholiques est le plus faible. Autrement dit, le PCF s'est coulé dans le paysage politique traditionnel. L'implantation dans le milieu ouvrier est encore importante, mais ce n'est plus la dominante.

Comparaisons historiques

Le tableau de coefficients de corrélations ci-dessous a été établi à partir dans l'espace des départements français. Il est important de noter que lorsqu'on fait les mêmes calculs dans l'espace des communes d'un même département, on obtient des résultats beaucoup plus sociaux, beaucoup moins historiques. Ce tableau, donc, fait ressortir que le PCF de 1947 est plus proche de celui de 1981 que de celui de 1938. Il fait ressortir également la forte proximité qui existe entre le vote communiste et la déchristianisation.

 

 

Adh 38 (%)

Adh 47 (%)

Vote PCF 45 (%)

Marchais 81 (%)

Prat. relig.

Adh 38 (%)

1.00

0.39

0.59

0.48

-0.36

Adh 47 (%)

0.39

1.00

0.74

0.72

-0.53

PCF 45 (%)

0.59

0.74

1.00

0.75

-0.58

March. 81 (%)

0.48

0.72

0.75

1.00

-0.57

Prat. relig.

-0.36

-0.53

-0.58

-0.57

1.00

Un Parti de fonctionnaires 

En 1947, le PCF est d'abord le parti du secteur public. Il va le devenir de plus en plus. Et pourtant, c'est cette même année que le PCF établit pour une longue durée son hégémonie sur le principal syndicat ouvrier, la CGT. En fait, c'est tout le monde communiste qui bascule lentement et durablement vers le secteur public. Philippe Buton fait remarquer que chez Renault, le Parti qui comptait en 1937, 7675 communistes encartés sur un total de 33000 ouvriers, n'en compte plus que 1750, en 1946 sur un total de 21000 ouvriers. Avec Yalta, c'est plus que jamais le socialisme dans un seul pays, étendu, il est vrai à un petit empire, et ce qui semble être son corollaire, en France, le socialisme dans un seul secteur.

Anticapitaliste par définition, le PCF se trouve en résonance de façon tout à fait exceptionnelle avec son époque. Les communistes n'ont pas eu besoin de noyauter le CNR pour lui faire préparer un programme de nationalisations, parce que, dans le club anticapitaliste, on peut dire qu'il y avait du monde, et du beau monde, à commencer par Pétain et toutes les forces qu'il représentait. Il n'est qu'à reprendre Paxton à ce sujet: (La France de Vichy, 1972, p.207)

"Dans son grand discours du 12 octobre 1940 sur la politique sociale, le Maréchal Pétain dénonce le capitalisme importé de l'étranger, qui s'est dégradé pour devenir un "asservissement aux puissances d'argent", et il promet un "régime social hiérarchisé" qui "garantira la dignité du travailleur jusque dans sa vieillesse" (discours écrit par Gaston Bergery)... la Loi du 18 septembre 1940 avait accru la responsabilité du président d'une société en cas de faillite et interdisait de cumuler plus de 2 postes de direction.

La nomination de Maurice Thorez comme ministre de la fonction publique est tout à fait emblématique. Fin 44, à son retour de Moscou, il avait remis les ouvriers au travail pour reconstruire la France. Ce sont les fonctionnaires qui font grève au printemps 46 et se voient accorder en octobre le statut de la fonction publique élaboré par Thorez, et qui leur accorde, officiellement, cette fois-ci, le droit de grève qu'il avait paru tout à fait naturel de leur refuser jusque là, comme on le refusait aux militaires. L'article 32 de ce statut prévoit que la rémunération minimum du fonctionnaire doit être égal à au moins 120% du minimum vital: Cette disposition ne sera jamais vraiment appliquée, mais il est affirmé, symboliquement, que le fonctionnaire doit être un peu plus égal que les autres.

1944-1954 Le PCF jusqu'à la mort de Staline

Sans doute, à la Libération, l'idée d'une prise de pouvoir a-t-elle traversé l'esprit de nombreux communistes. La situation leur est en partie favorable, là où les anciens maquis rouges leur donnent un poids considérable face à l'autorité d'un gouvernement provisoire très fraîchement mis en place. L'expérience léniniste peut les inciter, également, à profiter des aubaines de l'Histoire. Mais il n'y a pas de guerre civile entre communistes et gaullistes pour d'autres raisons tout aussi valables : Staline ne donne pas au Parti français de directives en ce sens, et l'aspiration à la paix et à l'union de tous les Résistants est partout très forte, y compris chez les résistants communistes. La dissolution par De Gaulle, le 28 octobre 1944, des « milices patriotiques » qui ont plus ou moins pris la place des FTP, depuis la fusion officielle de ceux-ci dans les FFI est finalement acceptée, De Gaulle autorise Thorez à rentrer en France (novembre 1944). Les communistes participent à tous les gouvernements jusqu'en mai 1947, Thorez prêche la bonne parole au sein de la classe ouvrière pour la bataille de la production. Il sera, fin 45, vice-président du conseil, dans le dernier gouvernement présidé par De Gaulle.

Début 47, plusieurs facteurs contribuent à la rupture : le début de la guerre d'Indochine pour laquelle les députés communistes refusent de voter les crédits, la situation sociale qui se dégrade rapidement, avec le déclenchement d'une grève à Renault, le 25 avril, et aussi, sur le plan international, la plongée inexorable dans la guerre froide. Finalement, les députés refusent de voter la confiance au gouvernement, et le président du conseil Ramadier révoque les ministres communistes le 5 mai 1947.

Quelques mois plus tard, en septembre 1947, à la conférence de Sklarska-Poreba, en Pologne, qui réunit 9 PC européens, les délégués français Duclos et Fajon doivent faire l'autocritique du PCF devant le représentant soviétique Jdanov pour avoir participé trop longtemps à la démocratie parlementaire bourgeoise en oubliant leur spécificité communiste.

Les communistes ne participent plus à aucun des gouvernements de la IVe et se replient, au plan national, sur leurs bastions que représentent la CGT, dont les communistes ont pris le contrôle en 1947, et les municipalités de communes ouvrières, et au plan international, sur le mouvement communiste stalinien. Cet isolement ne l'empêche pas d'attirer l'adhésion ou la sympathie d'un grand nombre d'intellectuels parmi lesquels on retient généralement les noms de Picasso, Aragon et Éluard.

À la direction du Parti, on retrouve Thorez, Duclos et Frachon, encore que ce dernier se consacre au travail syndical au sein de la CGT, dont il est secrétaire national depuis 1947. Thorez restera le dirigeant incontesté du Parti jusqu'à sa mort, en 1964, mais en 1950, il est frappé d'hémiplégie et effectue de nombreux et longs séjours à Moscou pour se faire soigner. À nouveau, c'est Jacques Duclos qui en son absence prend les rênes du Parti. Jeannette Vermeersch, femme de Thorez occupe un rôle de plus en plus important, mais à la fin des annnées 40, et surtout au début des années 50, l'étoile montante du Parti est Auguste Lecoeur qui sera un moment considéré comme le dauphin de Thorez. Lecoeur sera brutalement évincé de la direction et exclu du Parti en 1954. Deux ans avant, deux autres dirigeants célèbres, Marty et Tillon avaient été également brutalement écartés du bureau politique. En l'absence de Thorez, c'est Duclos qui exécute l'opération, avec le concours de Léon Mauvais qui préparait un dossier depuis plusieurs mois.

Durant toute la période de la guerre froide, le PCF reste inconditionnellement inféodé à l'URSS. Le culte de Staline est célébré sans restriction dans l'ensemble de la presse communiste. La lutte contre l'impérialisme américain est hissée aux toutes premières places des priorités du Parti, et souvent proclamée plus bruyamment que l'opposition à la guerre d'Indochine ou le réarmement allemand (CED). Ainsi, la manifestation contre Ridgway en 1952, qui sera l'une des plus dures de l'après-guerre, illustre la conviction chez de nombreux communistes de l'imminence d'une guerre voulue par les États-Unis.

1955-1964 l'avènement de Khrouchtchev et la fin du règne de Thorez

La mort de Staline, le 3 mars 1953, entraîne un lent dégel. Ses successeurs, parmi lesquels se détachera Khrouchtchev, ne vont pas tarder à remettre en cause non seulement le culte de la personnalité dont Staline avait été l'objet, mais aussi ce qu'il est convenu d'appeler les crimes de Staline, c'est-à-dire le système concentrationnaire connu plus tard sous le nom de goulag. Contrairement au Parti communiste italien, les dirigeants du PCF refusent pendant longtemps, jusqu'en 1958 au moins, de révéler aux cadres du parti ce que leur ont appris les nouveaux dirigeants soviétiques sur le goulag et de remettre en cause l'image de Staline. On a pu dire que la remise en cause de l'image de Staline aurait pu entraîner celle de Thorez dont le culte avait toujours été célébré en même temps que celui de Staline.

En 1956, le PCF apporta cependant tout son soutien à l'URSS lors de la répression menée contre l'insurrection anti-soviétique en Hongrie. De nombreux intellectuels français commencent à se détacher du parti français, qu'ils en soient adhérents, comme Edgar Morin ou compagnons de route comme Jean-Paul Sartre. Le PCF reste cependant solidement implanté dans la classe ouvrière et dans les nouvelles couches qu'il a su conquérir à la Libération.

En 1958, le retour au pouvoir de De Gaulle, plébiscité par de nombreux français, qui espèrent que l'ancien fondateur de la France Libre saura trouver une issue à la guerre d'Algérie, contribue à l'affaiblissement et à l'isolement du PCF. Aux législatives de novembre, les candidats du parti n'obtiennent que 19,2% des voix (contre 25,9% en 1956 et 28,2% en 1946).

Au sein du Parti, avec les étudiants communistes, de nombreux militants et cadres commencent à mettre en cause la position d'isolement du parti. Laurent Casanova, proche de Thorez dont il avait été secrétaire avant la guerre, va assez loin dans ce sens avec le soutien de Khrouchtchev. Thorez résout le problème en négociant avec Khrouchtchev son soutien inconditionnel aux soviétiques dans le mouvement communiste international. En mai 1961, au XVIe Congrès du parti, Casanova est évincé du Bureau Politique et du Comité Central avec Marcel Servin et d'autres dirigeants.

À ce même XVIe congrès, Thorez fait promouvoir au Bureau Politique et au secrétariat un certain Georges Marchais.

Maurice Thorez décède le 11 juillet 1964. Waldeck Rochet lui succède.