Notre
Conseil national est le troisième depuis le début de l’année : l’objet
de cette introduction sera donc, sans tout redire, d’essayer de mesurer
les évolutions les plus récentes, travailler les initiatives à prendre
ou en préparation et bien sûr donner le maximum d’éléments
d’appréciation sur notre mobilisation pour préparer les élections
européennes, le meeting du Zénith et la constitution des listes dans
les 7 circonscriptions.
« L’économie mondiale n’en serait donc qu’au tout début
de ses peines et de son calvaire ». Cette phrase a été commise il y a
quelques jours par Jacques Attali évoquant la faillite probable de
nombreux Etats, de banques, et d’entreprises industrielles incapables
de se financer. L’usage du conditionnel a vite été balayé par l’annonce
mercredi soir d’un nouveau chiffre record du chômage, et de 90000
demandeurs d’emploi supplémentaires en janvier. Un spécialiste, il y en
a beaucoup dans les médias, confirmait jeudi matin en précisant que
l’année 2009, sinistre écho aux prédictions du chef de l’Etat début
janvier, serait bien une année noire et que les entreprises, après
avoir mis fin aux CDD et aux contrats d’intérim, seraient naturellement
amenées à multiplier les plans de licenciements.
Si, face à ces fossoyeurs de l’espoir, nous devons plus
que jamais refuser toute résignation, il est vrai que nous sommes sans
doute entrés dans une nouvelle phase, plus dramatique encore, des
dégâts sociaux que les tenants du capitalisme financier veulent faire
subir à notre peuple.
Mais puisque M. Attali a cru bon d’employer le mot
calvaire, n’ôtons pas au terme la dimension de souffrances humaines qui
est la sienne, et qui peut prendre parfois la forme d’une conversation
téléphonique, captée involontairement dans un TGV entre Paris et Tours,
d’une jeune personne confiant à son interlocuteur : « Il faut que je
parte de l’automobile au plus vite, ils sont en train de virer tous mes
copains . » Va-t-on assister à une nouvelle offensive expliquant qu’en
ces dures périodes de crise, il faut être responsable, ne pas mettre en
péril davantage les entreprises, ne pas revendiquer de hausses de
salaires, etc. etc.
Pourtant, comment mieux dire l’échec des réponses
libérales à la crise ? S’il y a bien une nécessité qui se trouve
confirmée par les trois semaines qui viennent de s’écouler, c’est
l’urgence de riposter aux coups terribles qui sont portés et de mettre
en débat dans la société, au cœur des luttes et des mobilisations les
propositions alternatives à la crise dont nous sommes porteurs, en
exigeant une confrontation publique et contradictoire sur les solutions
à apporter.
Le capitalisme est une escroquerie qui ne marche plus !
Ce titre à la une de l’HD d’il y a quelques semaines a
le mérite d’élever le débat politique au niveau des choix de société.
C’est ce que nous voulons faire au quotidien, dans la rue, dans les
luttes et le 7 juin dans les urnes, avec les listes du Front de gauche
pour changer en France et en Europe. C’est cette exigence de contenu
que nous avons décidé de mettre en avant comme garante de la
construction des rassemblements les plus larges.
Cette recherche de solidarités est, semble-t-il, une
donnée nouvelle de la période actuelle. La journée de mobilisation du
29 janvier avec l’appel et la plate-forme commune des syndicats qui en
avait été le ciment avait déjà à juste titre été perçue dans le pays
comme un événement. Les manifestations des chercheurs, universitaires
et étudiants contre, comme le titrait l’Huma, « La guerre à
l’intelligence » et les réformes engagées par le gouvernement ont aussi
recueilli un grand succès et un courant de sympathie qui ne demande
qu’à grandir. C’est ce même souci de renforcer l’unité du mouvement qui
nous a conduits à faire le maximum pour rassembler toute la gauche dans
des déclarations de soutien au mouvement social qui soulignent l’unité
du mouvement et s’efforce de contribuer à éclairer le type de
politiques sociales alternatives qui pourraient être mises en place.
Une nouvelle réunion aura lieu mardi pour confirmer cette démarche
unitaire. Le cap du rassemblement syndical est d’ailleurs confirmé par
la tenue d’un 19 mars unitaire à l’appel de 8 organisations syndicales,
malgré les tentatives de division du front syndical auxquelles s’est
livré le chef de l’Etat dans ses différentes interventions télévisées.
« Les mesures sociales » qu’il a annoncées n’ont
convaincu ni les syndicats, qui le disent dans leur nouvelle
plate-forme commune, ni l’opinion publique.
Si ces mesures représentent, grâce à la lutte et à la
mobilisation, un petit coup de pouce pour ceux qui en bénéficient, la
disproportion entre le volume financier qu’elles représentent (2,6
milliards) et, par exemple, les 28 milliards d’exonérations de taxe
professionnelle pour le patronat, montre de façon ouverte quelles sont
les priorités du Président. « Si l’on vient pour me voir, je vais aux
prisonniers, des aumônes que j’ai partagé les deniers ». L’intervention
de Sarkozy, télévision en plus, ressemblait fort à ces premiers mots de
Tartuffe dans la pièce de Molière.
Son rôle était cependant d’autant moins convaincant
qu’il a réitéré son refus catégorique de remettre en question ce qu’il
appelle les réformes (en particulier sur l’hôpital, les lycées,
l’université…) très contestées et qui font l’objet de mobilisations
importantes.
Aux problèmes que posent ces réformes par leur
conséquence sur la population s’ajoute le sentiment d’un pouvoir qui ne
peut se maintenir ou poursuivre sa politique qu’en brisant les
résistances, en remettant en cause les libertés, le pluralisme et les
droits des citoyens. Une majorité de gens attendaient en effet un
changement de cap, notamment sur les salaires, l’emploi, les services
publics ; c’est à une fin de non-recevoir qu’ils ont eu droit. Un
récent sondage montrait que 58 % des Français pensent qu’il parle
beaucoup mais ne fait rien. C’est pourtant sur l’idée contraire, un
président qui règle les problèmes, qu’il a été élu. Il a fallu
finalement assez peu de mois pour en arriver à ce rejet majoritaire. Il
faut bien regarder le chemin parcouru en peu de temps. Il y a là les
ingrédients d’une crise politique que le chef de l’Etat ne peut
contourner, comme l’ont fait d’autres avant lui, en changeant un
premier ministre dont il a réduit le rôle à néant. « Ne craignez rien,
Madame, je l’ai mis au point de tout voir sans rien croire » disait le
même Tartuffe de l’une de ses dupes : Sarkozy n’y parviendra pas avec
les hommes et les femmes de notre pays.
Le chef de l’Etat n’est pas le seul objet du mécontentement.
La période met en effet en lumière l’intransigeance du
patronat. Le fait n’est pas nouveau, mais l’organisation patronale,
dans cette période de colère, de mobilisations et de revendications
entend peser de tout son poids sur les décisions. Non contente de
rejeter toute relance de la consommation, Laurence Parisot refuse toute
discussion sur une quelconque modification du partage des profits.
La rhétorique du partage apparaît donc bien pour ce
qu’elle est : un écran de fumée qui a pour seul objet de parer aux
contestations de plus en plus précises dont fait l’objet le système
capitaliste lui-même ; l’insistance avec laquelle Sarkozy est revenu
sur le thème lancé au début de la crise, de la « moralisation du
capitalisme », est éloquent sur l’importance qu’il accorde à cette
question. C’est ce même rôle, intransigeant et néfaste, qu’a joué le
patronat en s’opposant aux revendications des populations des
territoires d’outre-mer. Nous en avons parlé hier, mais nous ne pouvons
que souligner à nouveau combien ce combat est solidaire de celui des
travailleurs français pour leurs salaires, contre les licenciements,
qui connaîtra l’étape nouvelle du 19 mars. Ici comme là bas, il y a le
refus de la vie chère, des bas salaires, des retraites et des minima
sociaux misérables, des licenciements, du chômage.
Le point commun fondamental est que la satisfaction des
exigences portées par les Antillais s’inscrirait dans une nouvelle
logique économique et sociale apte à combattre véritablement la crise
en outre-mer comme en métropole.
Empêcher cela, c’est l’obsession de Laurence Parisot et
des siens. Nous notions, il y a quelques jours, le retour d’une forme
de conscience de classe dans les propos, dans les expressions ou les
attitudes. Le fait est que le débat, depuis trois semaines s’aiguise
sur quelques questions clés du conflit entre le capital et le travail.
C’est le cas d’abord de la question de l’utilisation de l’argent.
L’idée qu’il y a de l’argent, sauf pour le travail, est de retour dans
les conversations des salariés. Ce n’est pas une évidence, parce qu’il
n’y a pas si longtemps, ce qui pesait le plus lourd, c’était l’idée
qu’il n’y avait plus d’argent dans les caisses de l’Etat, qu’on ne
pouvait donc pas exiger l’impossible. La valse des milliards annoncée
pour recapitaliser les banques avait beaucoup interrogé et ouvert les
yeux. Les manifestants du 29 janvier posaient dès lors souvent la
question des moyens financiers en terme de choix de société. Le débat
s’est ouvert depuis sur la manière de produire, pour qui et pour quoi,
sur le rôle des banques et la priorité donnée aux marchés financiers.
De ce point de vue, la décision sans concertation aucune qu’a prise
Nicolas Sarkozy d’injecter 5 milliards d’euros d’argent public et de
procéder à la fusion des banques, Caisse d’épargne et Banque populaire
avec à leur tête le directeur adjoint de l’Elysée, pose une question
clé : celle de l’utilisation de l’argent public et des moyens de
contrôle démocratique et citoyen de son utilisation ; elle doit
également nous amener à reposer la question du rôle des banques pour
répondre aux besoins humains, et financer l’activité économique et
l’emploi. Notre proposition d’un pôle public bancaire apparaît comme
une alternative au renflouement sans garantie des banques par l’Etat,
pour sortir l’utilisation de l’argent des seuls critères de
rentabilité. La campagne des européennes nous amènera à mettre cette
question stratégique dans le débat public, à travers nos propositions
sur le rôle nouveau de la Banque centrale européenne.
Autre terme de débat, la question de la relance de la
consommation ; le refus de toute relance par la consommation est de
plus en plus contesté.
Je ne rappellerai pas ici les chiffres intéressants donnés par l’HD de
cette semaine sur le partage inégal des richesses entre le capital et
le travail : l’augmentation en 10 ans de 270 % des dividendes des
actionnaires, alors que la masse salariale ne progressait, sur la même
période, que de 59 %. Ces chiffres montrent que malgré ces temps de
calvaire, comme disait l’autre, certains ne se sentent aucune vocation
pour le martyre et préfèrent, dès ici-bas, s’assurer des charmantes
bontés qu’a pour eux le capital financier.
Mais d’autres voix commencent à percer : beaucoup
relèvent aujourd’hui qu’avec le recul de la consommation, c’est vers un
recul du PIB de près de 2 % pour 2009 qui s’annonce, soit la plus forte
récession depuis plus de trente ans.
L’idée d’un plan de relance par la consommation
progresse dans la société. Elle est au cœur des mobilisations prévues
le 19 mars. Sans aucun doute y avons-nous contribué par les initiatives
qui ont permis de remettre la question des salaires dans le débat
public.
Le débat se centre également sur la gestion et les choix des
entreprises.
Comme l’écrit Patrick Le Hyaric dans son édito de l’Huma d’avant-hier,
l’envolée des licenciements couplée avec l’annonce de profits records
est de moins en moins tolérée. L’exemple de l’entreprise Caterpillar et
les suppressions d’emploi annoncées le montre. Ce qui est sur la
sellette désormais ce sont les politiques qui visent à réduire le coût
du travail dont il est avéré qu’elles sont des machines à fabriquer du
chômage. Nous avons de nombreuses propositions visant à transformer les
critères de gestion des entreprises et leur fiscalité : elles peuvent
aujourd’hui être davantage entendues et débattues. Les rencontres que
nous avons eues lors des trois journées de mobilisation devant les
entreprises en janvier ont montré les évolutions des discussions et
l’état d’esprit des salariés.
Ne faut-il pas nous organiser pour être plus
régulièrement au dialogue avec eux en revenant discuter avec les
nombreux salariés que nous avons rencontrés en janvier. Nous pourrions
ainsi retenir l’idée d’une journée de présence des communistes devant
toutes les entreprises de l’automobile touchées par les licenciements
ou les mesures de chômage partiel, en mobilisant nos élus, nos
candidats pour populariser nos propositions. Le chantage sur les
salaires au rabais et aux revendications sous l’éteignoir en échange de
l’emploi plus ou moins garanti, fonctionne aujourd’hui beaucoup moins
bien. Chez Michelin, par exemple, entreprise emblématique des grandes
entreprises du privé dans mon département, comme dans l’ensemble d’une
circonscription européenne comme le Centre, le lien se fait mieux
sentir entre les mesures de licenciements des intérimaires, de chômage
technique, dans la quasi-totalité des usines, et les garanties qu’en
retirent les actionnaires. Le titre remonte en Bourse, d’autant plus
que Michelin annonce 630millions d’euros de bénéfices pour 2008.
« Michelin se sert de la crise actuelle pour faire
passer une organisation pluriannuelle de la flexibilité que nous
refusons », a déclaré le délégué central de la CGT.
S’il reste sans doute difficile, avec un tel tourbillon
d’événements, d’y voir clair pour les salariés, chez Caterpillar comme
chez Michelin et autres nombreuses entreprises, c’est le ras-le-bol qui
domine, mais aussi le grand sentiment d’injustice d’avoir toujours à
payer pour les frasques du capitalisme. Patrice Bessac, dans son
rapport au CN du 10 janvier a développé nos propositions face à la
crise : augmenter le SMIC et les salaires, mettre l’emploi sous
protection, investir massivement dans les services publics, réorienter
l’argent des banques vers l’investissement utile… Tout en confirme la
pertinence et la nécessité de les porter dans la préparation du 19
mars, comme dans le lancement de la campagne des européennes.
L’aggravation de la situation sociale et économique ne
concerne bien sûr pas que notre pays, elle est sensible partout en
Europe. Le 24 octobre dernier, F. Wurtz, devant le Conseil national,
évoquait la situation de nouveaux pays membres de l’Union aux prises
avec des problèmes extrêmement aigus qui risquaient, disait il, de se
traduire par des sacrifices inouïs pour les populations et à des
records de chômage, de pauvreté, de précarité. Notre publication Info
Hebdo a publié les éléments récents fournis par Jean-Marc Coppola à
l’Exécutif national. Avec la crise, les banques occidentales, aidées
par les Etats, retirent leurs capitaux et asphyxient les finances et
les monnaies nationales de ces pays. Les taux d’intérêt flambent,
l’activité s’effondre, les déficits s’envolent.
Comme les entreprises de ces pays avaient beaucoup
emprunté en devises étrangères, les risques de faillites sont réels. Le
G20 se réunira le 2 avril à Londres avec la prétention d’apporter des
réponses aux dégâts qu’ils ont eux-mêmes causés. Le monde ne doit pas
être placé sous la surveillance d’institutions internationales en
partie responsables de la crise actuelle ; il a besoin d’un nouveau
système démocratique fondé sur le respect de tous les droits de
l’homme, la satisfaction des besoins sociaux, le travail décent, le
respect de l’environnement et la restauration des écosystèmes, la
diversité culturelle, l’économie sociale et solidaire et une nouvelle
conception de la richesse, basée sur son réel partage et une conception
écologique et sociale du développement. Le G20 ne peut décider ni au
nom de tous les pays exclus de cette rencontre ni à la place des
peuples du monde entier. En France, comme dans d’autres pays, de fortes
mobilisations ont commencé contre les conséquences de la crise. Une
journée mondiale d’action dans le cadre du prochain G20 a été décidée
le 28 mars avec une manifestation qui se déroulera à Paris et qui
précèdera une mobilisation à Londres lors de l’ouverture du G20. Nous
proposons que notre parti s’associe pleinement à la mobilisation et
appelle la population à participer massivement aux actions qui seront
organisées dans notre pays. Quelques jours plus tard, la manifestation
du 4 avril à Strasbourg à l’occasion du 60e
anniversaire de l’OTAN sera également l’occasion de porter les
exigences sociales et de paix.
Les conditions sont donc créées, à l’orée d’un mois de mars et d’un
printemps qui s’annoncent décisifs, pour entrer maintenant pleinement
dans notre campagne des européennes.
La démarche du Front de gauche est appréciée et
commence à susciter de l’engouement. Les premières initiatives, en
particulier les premiers meetings régionaux ou départementaux, le
montrent. Cet engouement existe chez les camarades qui, je crois, ont
envie de « tester nos choix » de congrès, d’en vérifier, dans la vie,
la validité. Notre campagne peut maintenant se déployer, elle est entre
les mains de nos militants : le succès dépend de leur capacité à
prendre le maximum d’initiatives de terrain et de proximité. Notre
responsabilité est de la rendre visible, populaire et perceptible par
nos concitoyens. Créons ensemble une belle dynamique populaire autour
du Front de gauche. Des difficultés demeurent, la plus évidente étant
peut-être l’ostracisme médiatique quelque peu surréaliste dont nous
continuons de souffrir.
Mais il est bien réel, et sans doute faut-il prendre au
sérieux les découragements qu’il peut provoquer. C’est la raison pour
laquelle nous pourrions réfléchir à une initiative la plus forte et
symbolique possible, après le Zénith, pour briser des silences qui
deviennent assourdissants.
Mais avant, justement dans une semaine, le 8 mars,
journée internationale des femmes, nous serons au Zénith. Réussir une
entrée en campagne dynamique et encourageante pour toutes celles et
tous ceux qui y participeront est aujourd’hui à portée de nos efforts
militants.
Si nous savons être tenaces jusqu’au bout, nous pouvons
réussir un grand Zénith. Beaucoup dépendra bien sûr des fédérations
d’Ile-de-France, mais la plupart des fédés que nous avons contactées, y
compris parfois les plus éloignées de Paris, sont en situation de tenir
les objectifs que nous leur avons proposés. Quelques-unes pensent le
dépasser. L’objectif d’une cinquantaine de cars est à portée de main. A
une dizaine de jours du 19 mars, dans cette période où s’accroissent
mauvais coups et souffrances sociales, le Zénith sera un grand moment
de riposte et de rassemblement. Les murs, ce jour-là, résonneront
d’abord de nos refus : refus de la résignation, refus que la seule
perspective que l’on nous propose soit de courber l’échine, refus que
l’année 2009 soit pour notre peuple, comme pour les peuples d’Europe,
la énième station du chemin de croix libéral. Ils résonneront aussi de
l’Europe que nous voulons, de cette Europe à visage humain, où les
moyens sont mobilisés pour les femmes et les hommes qui y vivent. De
cette Europe sociale et démocratique à laquelle les peuples ont droit.
Les intervenants au meeting, par leur diversité, porteront tout cela :
Acteurs et actrices des luttes en métropole comme en
outre-mer, femmes, syndicalistes français et Européens, candidats et
candidates, responsables politiques témoigneront de leur volonté
d’affronter les choix politiques de la droite en dégageant le sens et
l’utilité du vote pour les listes du Front de gauche. Cette question de
l’utilité du vote, nous y serons confrontés tout au long de la
campagne. Les citoyens de notre pays, dont le calendrier n’est pas
calqué sur celui des forces politiques, n’ont pas, pour la plupart,
réfléchi à la réponse qu’ils apporteront à la question posée par le 7
juin : en quoi cette élection sera utile à nos vies ?
Pour construire cette réponse, sans doute devons-nous travailler quelques priorités :
La
première est de rappeler que cette élection, même si nous ignorons la
situation sociale et politique qui sera celle de juin, permettra de
sanctionner et d’envoyer un message fort à Sarkozy, et de dire que nous
n’acceptons pas le projet de civilisation qu’il veut mettre en place
avec la complicité du Medef.
La
deuxième est de rappeler que ce rassemblement du Front de gauche se
construit sur des contenus identifiables et porteurs d’une véritable
perspective de transformation progressiste de l’Europe. Nous avons
défini dès le mois d’octobre 5 axes structurants et identifiants de
notre campagne. Le Front de gauche s’est donc bien constitué dès le
départ à partir de contenus versés au débat : une Europe qui mobilise
les moyens nécessaires pour la promotion et l’épanouissement des hommes
et des femmes, une Europe solidaire qui exclut l’exclusion, une Europe
démocratique, une Europe qui agisse pour la paix, une Europe écologique
et, je tenais à y insister puisque depuis notre dernier CN s’est tenu
le salon de l’Agriculture, une Europe qui porte une ambition
alimentaire et agricole, qui inscrive dans ses objectifs la
rémunération du travail paysan, la souveraineté alimentaire, la qualité
en respectant les hommes et l’environnement.
Nous affinerons bien sûr ces propositions pour le
Zénith où Marie-George pourrait décliner une série de propositions
innovantes, radicales et crédibles qui font le lien entre exigences
sociales concrètes et politiques en France et en Europe.
La
troisième priorité est de faire la démonstration de l’utilité des
députés européens pour faire avancer d’autres logiques en Europe que
ceux de la concurrence libre et non faussée. L’enjeu ne porte
d’ailleurs pas que sur le vote du 7 juin : il est de ne pas laisser
exister l’idée, pour cette échéance comme pour toute autre, qu’il ne
sert à rien de disposer d’élus, et que la construction de majorité
politique est, d’emblée, vouée à l’échec. Nous souhaitons qu’il y ait,
dans toutes les collectivités, davantage d’élus soucieux de répondre
aux besoins de la population et ayant les pouvoirs pour le faire. Ce
débat, entamé hier, se poursuivra au prochain CN. Mais pour démontrer
l’utilité des élus européens, appuyons-nous sur des données
d’expérience : rappelons que la directive Bolkestein ou la semaine de
65 heures ont été bloquées par les mobilisations et par nos élus au
Parlement européen. Sans oublier le rôle déterminant de ces députés (je
pense particulièrement à Francis Wurtz) rendant publique la troisième
partie du TCE en 2003 permettant l’appropriation citoyenne, et le vote
que l’on a connu en 2005. Nous voulons donc une campagne utile, utile
pour traiter de la question du changement politique en France et en
Europe et utile pour se donner des députés qui se battront contre cette
politique, des députés qui nous défendront, des députés qui porteront
d’autres logiques politiques. C’est pourquoi nous appelons à l’élection
de nombreux députés du Front de gauche et parmi eux de députés
communistes qui siégeront ensemble dans un même groupe pour être utiles
à notre peuple et aux combats nécessaires à la transformation de
l’Europe.
la
quatrième priorité est d’engager sans tarder une campagne de proximité.
Je trouve que Marie-France Beaufils avait raison de dire, lors du
Conseil départemental de mon département, qu’un meeting, fût il baptisé
régional, tenu à Tours, aurait un impact limité, dans une
circonscription comme celle du centre, au Puy ou à Aurillac, et vice et
versa. C’est dans une campagne de terrain, au plus près, en discutant
avec chacun de nos concitoyens que nous parviendrons à créer la
dynamique populaire nécessaire, similaire à celle qui, en 2005, avait
permis de gagner. L’implication des militants du Parti sera décisive ;
la plupart des conseils départementaux tenus cette semaine ont fait
part de cette impatience de pouvoir démarrer la campagne.
L’affiche du Parti est élaborée. Elle s’intitule « Pour
changer en France et en Europe ». Elle a été livrée dans les
fédérations. L’affiche commune annonçant le 8 mars au Zénith a été
livrée aux fédés d’Ile-de-France et périphérie. Le texte d’un appel est
en cours de validation par le Parti de gauche et sera très rapidement à
la disposition des militants pour nourrir le comité de soutien et
construire la dynamique.
L’argumentaire militant, construit à partir de nos 5
axes est quasiment prêt. Après le Zénith, nous pourrons disposer de 2
matériaux : Un 4-pages de campagne sur les contenus et nos propositions
(5 millions d’exemplaires). Un DVD, film de campagne pour introduire
les réunions publiques.
La
cinquième enfin de nos priorités est bien sûr d’élargir le nombre de
celles et ceux pouvant rejoindre le Front de gauche et, par nos listes,
crédibiliser le large rassemblement que nous voulons créer. Nous avons
beaucoup d’efforts à faire encore pour que nos listes mûrissent au
soleil de la diversité : nous avons encore à travailler pour que des
jeunes, des acteurs du mouvement social, des élus qui occupent cette
responsabilité depuis le mois de mars dernier, en prenant une part
déterminante dans les bons résultats de nos listes aux municipales ou
comme candidats aux cantonales, puissent poursuivre leur engagement aux
européennes et montrer la continuité et la cohérence de leur combat.
Nous voulons des listes à l’image de la société, à
l’image de notre peuple. La question a été abordée hier dans la
discussion sur les transformations du Parti.
Il nous faut bien sûr également travailler aux contacts
et aux accords avec les formations politiques susceptibles de rejoindre
le Front.
Notre volonté est de tout faire pour élargir le Front de gauche.
Cela étant, constatons que ce front constitué pour l’instant du PCF, du
PG et de nombreux acteurs du mouvement social suscite déjà de
l’intérêt. Il constitue d’ailleurs la seule nouveauté à gauche pour
l’instant des futures élections européennes. Sans lque nous avons lancé
le 24 octobre dernier et sans la réponse positive qu’il a entraînée de
la part de Jean-Luc Mélenchon, imaginons ce qu’aurait été l’offre
politique le 7 juin.
Nous devons tout faire pour amplifier cette dynamique.
Où en sommes-nous donc justement ?
Nous travaillons à ce que deux autres formations
politiques organisées rejoignent le Front de gauche. Il s’agit des
Alternatifs et du MRC.
La semaine prochaine sera de ce point de vue capitale ; de nouvelles
discussions doivent en effet avoir lieu avec ces formations qui
permettront, nous l’espérons, de renforcer la dynamique du Front de
gauche et sa diversité : la présence de quatre organisations politiques
de gauche serait encore plus ressentie comme un événement dans le
paysage politique à gauche : elle pourrrait créer les conditions de
bons résultats et contribuer à l’élection d’un nombre important de
députés européens issus de nos listes.
Naturellement, ces accords éventuels sont
indissociables de la construction d’une base claire de campagne
commune. Le Front ne propose pas une fusion entre ses composantes ou la
réalisation d’un quelconque « programme commun », mais nous devons
vérifier que les différences de ses composantes s’inscrivent comme une
richesse dans une cohérence d’ensemble indispensable pour proposer une
réponse politique claire à la crise que connaît notre pays et des
propositions alternatives aux politiques qui en sont responsables en
France et en Europe. Il est vraisemblable que les Alternatifs, comme le
MRC, si nous sommes d’accord sur le fond, proposeront aussi de conduire
des listes ; cette perspective peut s’étudier dans les deux
circonscriptions de l’Est et du Sud-Est ; je vous rappelle que nous
disposerons de la tête de liste en Ile-de- France avec Patrick Le
Hyaric, dans la région Nord-Ouest avec Jacky Hénin, député sortant et
dans la région Centre avec Marie-France Beaufils, Sénatrice
d’Indre-et-Loire et Maire de Saint Pierre des Corps.
Le Parti de gauche conduira les listes dans le Sud-Ouest avec Jean- Luc
Mélenchon et dans l’Ouest avec Jacques Généreux.
Nous souhaitons cependant continuer de travailler
l’hypothèse d’une tête de liste dans le Sud-Est, féminine, membre
d’aucune des formations politiques membres du Front.
L’affichage de la diversité du Front de gauche ne se
travaillera naturellement pas que sur les têtes de liste mais sur les 4
premiers de chaque, autrement dit sur les 28 premiers candidat(e)s.
Pouvons-nous élargir encore notre Front ? Nous le
souhaitons. Demain nous rencontrerons à nouveau le NPA. Nous leur avons
dit déjà que nos différences ne peuvent justifier à nos yeux leur refus
de constituer le Front de gauche tous ensemble. Ils prendraient une
responsabilité considérable à multiplier les préalables et à
privilégier les attitudes partisanes au détriment d’une démarche
permettant d’élargir encore l’offre de gauche qu’incarneront nos listes.
En même temps nous sommes lucides ou plus exactement
nous savons lire les résolutions de congrès et avons vu que la majorité
de l’ancienne LCR refusait les mains tendues par les différentes
composantes du Front de gauche et refusait l’union. Nous le regrettons.
Et si nous abordons la rencontre de demain avec la ferme volonté
d’aboutir, il serait irresponsable de semer des illusions chez les gens
de gauche et de laisser s’éterniser des atermoiements qui deviendraient
démobilisateurs.
Cette attitude du NPA n’est pas partagée unanimement
dans leur parti, nous le savons. Cela peut-il conduire certains d’entre
eux à prendre une décision qui ne serait pas conforme à la décision de
la majorité du NPA ? Nous le saurons sans doute la semaine prochaine.
En attendant nous faisons tous les efforts nécessaires pour aboutir.
Voilà où nous en sommes à la veille d’une semaine
décisive pour le Front de gauche qui se terminera, nous l’espérons,
pardonnez cette énième piqûre de rappel, par un grand Zénith.
Bien sûr les communistes ont réfléchi aux propositions
de candidatures qu’ils allaient proposer dans les 7 circonscriptions,
en particulier les chefs de file.
Un gros travail a été réalisé entre les camarades
chargés de cette question, les coordinateurs des circonscriptions et
les secrétaires départementaux, en veillant à ce que les communistes
soient associés.
Les conseils départementaux se sont réunis cette semaine pour en
discuter et,dans leur majorité, dans chacune des circonscriptions
proposent comme chef de file les camarades suivants : Jacky Hénin dans
le Nord-Ouest ; Patrick Le Hyaric en Ile-de-France ; Marie- France
Beaufils dans le Centre ; Gérard Lahellec dans l’Ouest ; Alain Hayot
dans le Sud-Est ; Jacky Dubois dans l’Est ; dans le Sud-Ouest, la
décision sera prise dans les tout prochains jours entre Cathy Daguère
et Marie-Pierre Vieu. Je rappelle enfin que les communistes seront
directement consultés et se prononceront par vote sur ces candidatures
et sur les listes, une fois qu’elles seront définitivement établies.
Nous proposons que ce vote intervienne le 25 mars prochain.
Préalablement les communistes auront reçu le bulletin de vote
présentant toutes les listes du Front et les invitant à se prononcer
sur celle qui correspond à leur circonscription électorale.
Ce bulletin pourrait être incorporé au numéro de
CommunisteS du 18 mars, envoyé à tous les adhérents ; ce numéro en
profiterait pour rappeler nos objectifs politiques des européennes, nos
propositions pour changer d’Europe, un argumentaire permettant de les
mettre en valeur y serait intégré ; bref, un outil utile pour la
campagne.
Car, une fois de plus, c’est de la mobilisation de nos
militants que dépendra en fin de compte la dynamique de la campagne et
de sa réussite. Les objectifs que nous nous donnons pour remettre la
carte 2009 aux adhérents du Parti, comme ceux qui visent à son
renforcement, ne peuvent donc être séparés de l’ambition que nous nous
donnons aux européennes. Comment chaque adhérent, là où il vit, là où
il travaille, là où il milite, que ce soit dans un collectif communiste
organisé ou pas, va pouvoir se saisir de cette démarche, en discuter,
et la faire rayonner auprès de ses voisins, collègues, amis etc ? La
remise de la carte 2009 ne peut donc pas être une question
administrative. Elle ne peut non plus être conçue comme une demande
faite chaque année à un adhérent s’il souhaite ou non rester
communiste. Il s’agit de se saisir de cette occasion pour établir des
relations durables, en se donnant le temps de l’échange pour déterminer
avec chacun sa perception de la situation, la place qu’il peut prendre
dans notre campagne, le nombre de personnes qu’il peut rencontrer, ses
centres d’intérêt, son adresse mail ou son numéro de téléphone
portable ! Savoir s’il peut venir et qui il peut faire venir dimanche
prochain au Zénith ou dans l’initiative locale programmée.
Les secrétaires à l’organisation réunis au cours de 4
réunions la semaine dernière ont confirmé la volonté de faire de cette
remise de la carte un événement en lien avec le lancement de la
campagne.
Ils se sont donné également des objectifs ambitieux de renforcement du
Parti. Nous avons décidé au Congrès « d’ouvrir largement les portes »
du Parti aux femmes et hommes en recherche d’engagement à gauche et
d’efficacité.
Nous nous sommes donné comme cible particulièrement les
jeunes et les lieux de travail. Ce que confirme cependant toutes les
fédés, c’est que lorsqu’il y a de l’activité, que les gens nous voient
sur le terrain, alors il y a des adhésions.
Justement la présence des militants du
Parti dans les mobilisations du mois de janvier a été
remarquée et appréciée.
Beaucoup de personnes, dont des jeunes, sont pour la première fois entrés dans l’action politique.
Il y a donc dans la période des possibilités à côté desquelles nous ne devons pas passer.
Les premières adhésions 2009 qui s’élèvent à plus de
500 sont d’ailleurs souvent des jeunes (c’est le cas pour un grand
nombre de celles enregistrées depuis 2006) ou des salariés des services
publics, quelques réadhésions également.
Mais la plupart sont le résultat d’une démarche
individuelle, orale, sur Internet, ou en remplissant un bulletin trouvé
sur un tract. Nous avons quelque peu perdu l’habitude de poser la
question ou simplement d’avoir dans nos poches un bulletin d’adhésion.
A partir de ce constat le CN pourrait décider, en lien avec notre
bataille des européennes, de donner résolument vie à nos décisions de
congrès en terme de renforcement. Cela supposerait de se donner des
objectifs précis et ambitieux : si nous voulons retrouver un nombre
d’adhésions similaire, et c’est possible, à celui de 2005 (8000) il
nous faudrait en comptabiliser 2 000 fin mars, 4 000 en juin : la Fête
de l’Huma pourrait être une occasion d’une grande relance de notre
campagne avec l’objectif de doubler les adhésions d’ici à la fin de
l’année. Nous pourrions décider de lancer notre campagne d’adhésions
par une semaine qui y serait consacrée : la proposition est celle du 9
au 13 mars, juste après le Zénith.
Nous pourrions disposer pour cette date d’un premier
support et bulletin d’adhésion qui sera rapidement suivi d’un kit
militant pour le renforcement comportant dépliant explicatif, affiche,
badge, etc. La proposition pourrait être faite aux fédés d’établir
cette semaine-là, et bien sûr pour les suivantes, un plan de travail
comportant des visites ciblées à des gens que nous connaissons, que
nous avons rencontrés dans des initiatives récentes, lors des élections
de 2008. Les élus communistes qui connaissent naturellement beaucoup de
monde pourraient être associés à ces objectifs. C’est sans doute l’une
des clés du résultat du 7 juin.
En conclusion je pourrais, comme l’avait fait
Marie-George lors de ses meetings en 2005, vous inviter à fermer les
yeux pour imaginer la tête des partisans de l’Europe libérale en cas de
succès de nos listes ; admettons qu’elle vaudra le détour. Beaucoup,
chez ces gens-là, ont encore de la peine à s’en remettre. Mais je
préfèrerais conclure sur ces quelques vers de Pablo Neruda, qui, je
trouve, pourrait être une bonne philosophie pour la période :
« Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux ! »
Alors, malgré les dominations libérales en Europe,
malgré Sarkozy, malgré Attali, malgré tous les calvaires que nous
serions condamnés à escalader, faisons en sorte que nos listes du Front
de gauche déclarent, avec Aragon, « oui, je vous dis que le bonheur
existe ».