Conseil national des 28 février et 1er mars - Rapport de Jacques CHABALIER

La préparation des élections européennes se déroule dans une situation politique d’une très grande gravité et dont les évolutions sont rapides.

Notre direction nationale, les communistes dans leur ensemble ont, depuis la tenue du 34e Congrès, beaucoup travaillé et fait preuve de réactivité : élaboration de propositions face à la crise, initiatives de mobilisation et de débats devant les entreprises les 22, 23 et 24 janvier, solidarité aux luttes en métropole et en outre-mer, construction politique avec la constitution en cours du Front de gauche.

Notre Conseil national est le troisième depuis le début de l’année : l’objet de cette introduction sera donc, sans tout redire, d’essayer de mesurer les évolutions les plus récentes, travailler les initiatives à prendre ou en préparation et bien sûr donner le maximum d’éléments d’appréciation sur notre mobilisation pour préparer les élections européennes, le meeting du Zénith et la constitution des listes dans les 7 circonscriptions.

« L’économie mondiale n’en serait donc qu’au tout début de ses peines et de son calvaire ». Cette phrase a été commise il y a quelques jours par Jacques Attali évoquant la faillite probable de nombreux Etats, de banques, et d’entreprises industrielles incapables de se financer. L’usage du conditionnel a vite été balayé par l’annonce mercredi soir d’un nouveau chiffre record du chômage, et de 90000 demandeurs d’emploi supplémentaires en janvier. Un spécialiste, il y en a beaucoup dans les médias, confirmait jeudi matin en précisant que l’année 2009, sinistre écho aux prédictions du chef de l’Etat début janvier, serait bien une année noire et que les entreprises, après avoir mis fin aux CDD et aux contrats d’intérim, seraient naturellement amenées à multiplier les plans de licenciements.

Si, face à ces fossoyeurs de l’espoir, nous devons plus que jamais refuser toute résignation, il est vrai que nous sommes sans doute entrés dans une nouvelle phase, plus dramatique encore, des dégâts sociaux que les tenants du capitalisme financier veulent faire subir à notre peuple.

Mais puisque M. Attali a cru bon d’employer le mot calvaire, n’ôtons pas au terme la dimension de souffrances humaines qui est la sienne, et qui peut prendre parfois la forme d’une conversation téléphonique, captée involontairement dans un TGV entre Paris et Tours, d’une jeune personne confiant à son interlocuteur : « Il faut que je parte de l’automobile au plus vite, ils sont en train de virer tous mes copains . » Va-t-on assister à une nouvelle offensive expliquant qu’en ces dures périodes de crise, il faut être responsable, ne pas mettre en péril davantage les entreprises, ne pas revendiquer de hausses de salaires, etc. etc.

Pourtant, comment mieux dire l’échec des réponses libérales à la crise ? S’il y a bien une nécessité qui se trouve confirmée par les trois semaines qui viennent de s’écouler, c’est l’urgence de riposter aux coups terribles qui sont portés et de mettre en débat dans la société, au cœur des luttes et des mobilisations les propositions alternatives à la crise dont nous sommes porteurs, en exigeant une confrontation publique et contradictoire sur les solutions à apporter.   Le capitalisme est une escroquerie qui ne marche plus !

Ce titre à la une de l’HD d’il y a quelques semaines a le mérite d’élever le débat politique au niveau des choix de société. C’est ce que nous voulons faire au quotidien, dans la rue, dans les luttes et le 7 juin dans les urnes, avec les listes du Front de gauche pour changer en France et en Europe. C’est cette exigence de contenu que nous avons décidé de mettre en avant comme garante de la construction des rassemblements les plus larges.

Cette recherche de solidarités est, semble-t-il, une donnée nouvelle de la période actuelle. La journée de mobilisation du 29 janvier avec l’appel et la plate-forme commune des syndicats qui en avait été le ciment avait déjà à juste titre été perçue dans le pays comme un événement. Les manifestations des chercheurs, universitaires et étudiants contre, comme le titrait l’Huma, « La guerre à l’intelligence » et les réformes engagées par le gouvernement ont aussi recueilli un grand succès et un courant de sympathie qui ne demande qu’à grandir. C’est ce même souci de renforcer l’unité du mouvement qui nous a conduits à faire le maximum pour rassembler toute la gauche dans des déclarations de soutien au mouvement social qui soulignent l’unité du mouvement et s’efforce de contribuer à éclairer le type de politiques sociales alternatives qui pourraient être mises en place. Une nouvelle réunion aura lieu mardi pour confirmer cette démarche unitaire. Le cap du rassemblement syndical est d’ailleurs confirmé par la tenue d’un 19 mars unitaire à l’appel de 8 organisations syndicales, malgré les tentatives de division du front syndical auxquelles s’est livré le chef de l’Etat dans ses différentes interventions télévisées.

« Les mesures sociales » qu’il a annoncées n’ont convaincu ni les syndicats, qui le disent dans leur nouvelle plate-forme commune, ni l’opinion publique.

Si ces mesures représentent, grâce à la lutte et à la mobilisation, un petit coup de pouce pour ceux qui en bénéficient, la disproportion entre le volume financier qu’elles représentent (2,6 milliards) et, par exemple, les 28 milliards d’exonérations de taxe professionnelle pour le patronat, montre de façon ouverte quelles sont les priorités du Président. « Si l’on vient pour me voir, je vais aux prisonniers, des aumônes que j’ai partagé les deniers ». L’intervention de Sarkozy, télévision en plus, ressemblait fort à ces premiers mots de Tartuffe dans la pièce de Molière.

Son rôle était cependant d’autant moins convaincant qu’il a réitéré son refus catégorique de remettre en question ce qu’il appelle les réformes (en particulier sur l’hôpital, les lycées, l’université…) très contestées et qui font l’objet de mobilisations importantes.

Aux problèmes que posent ces réformes par leur conséquence sur la population s’ajoute le sentiment d’un pouvoir qui ne peut se maintenir ou poursuivre sa politique qu’en brisant les résistances, en remettant en cause les libertés, le pluralisme et les droits des citoyens. Une majorité de gens attendaient en effet un changement de cap, notamment sur les salaires, l’emploi, les services publics ; c’est à une fin de non-recevoir qu’ils ont eu droit. Un récent sondage montrait que 58 % des Français pensent qu’il parle beaucoup mais ne fait rien. C’est pourtant sur l’idée contraire, un président qui règle les problèmes, qu’il a été élu. Il a fallu finalement assez peu de mois pour en arriver à ce rejet majoritaire. Il faut bien regarder le chemin parcouru en peu de temps. Il y a là les ingrédients d’une crise politique que le chef de l’Etat ne peut contourner, comme l’ont fait d’autres avant lui, en changeant un premier ministre dont il a réduit le rôle à néant. « Ne craignez rien, Madame, je l’ai mis au point de tout voir sans rien croire » disait le même Tartuffe de l’une de ses dupes : Sarkozy n’y parviendra pas avec les hommes et les femmes de notre pays.   Le chef de l’Etat n’est pas le seul objet du mécontentement.

La période met en effet en lumière l’intransigeance du patronat. Le fait n’est pas nouveau, mais l’organisation patronale, dans cette période de colère, de mobilisations et de revendications entend peser de tout son poids sur les décisions. Non contente de rejeter toute relance de la consommation, Laurence Parisot refuse toute discussion sur une quelconque modification du partage des profits.

La rhétorique du partage apparaît donc bien pour ce qu’elle est : un écran de fumée qui a pour seul objet de parer aux contestations de plus en plus précises dont fait l’objet le système capitaliste lui-même ; l’insistance avec laquelle Sarkozy est revenu sur le thème lancé au début de la crise, de la « moralisation du capitalisme », est éloquent sur l’importance qu’il accorde à cette question. C’est ce même rôle, intransigeant et néfaste, qu’a joué le patronat en s’opposant aux revendications des populations des territoires d’outre-mer. Nous en avons parlé hier, mais nous ne pouvons que souligner à nouveau combien ce combat est solidaire de celui des travailleurs français pour leurs salaires, contre les licenciements, qui connaîtra l’étape nouvelle du 19 mars. Ici comme là bas, il y a le refus de la vie chère, des bas salaires, des retraites et des minima sociaux misérables, des licenciements, du chômage.

Le point commun fondamental est que la satisfaction des exigences portées par les Antillais s’inscrirait dans une nouvelle logique économique et sociale apte à combattre véritablement la crise en outre-mer comme en métropole.

Empêcher cela, c’est l’obsession de Laurence Parisot et des siens. Nous notions, il y a quelques jours, le retour d’une forme de conscience de classe dans les propos, dans les expressions ou les attitudes. Le fait est que le débat, depuis trois semaines s’aiguise sur quelques questions clés du conflit entre le capital et le travail.   C’est le cas d’abord de la question de l’utilisation de l’argent. L’idée qu’il y a de l’argent, sauf pour le travail, est de retour dans les conversations des salariés. Ce n’est pas une évidence, parce qu’il n’y a pas si longtemps, ce qui pesait le plus lourd, c’était l’idée qu’il n’y avait plus d’argent dans les caisses de l’Etat, qu’on ne pouvait donc pas exiger l’impossible. La valse des milliards annoncée pour recapitaliser les banques avait beaucoup interrogé et ouvert les yeux. Les manifestants du 29 janvier posaient dès lors souvent la question des moyens financiers en terme de choix de société. Le débat s’est ouvert depuis sur la manière de produire, pour qui et pour quoi, sur le rôle des banques et la priorité donnée aux marchés financiers. De ce point de vue, la décision sans concertation aucune qu’a prise Nicolas Sarkozy d’injecter 5 milliards d’euros d’argent public et de procéder à la fusion des banques, Caisse d’épargne et Banque populaire avec à leur tête le directeur adjoint de l’Elysée, pose une question clé : celle de l’utilisation de l’argent public et des moyens de contrôle démocratique et citoyen de son utilisation ; elle doit également nous amener à reposer la question du rôle des banques pour répondre aux besoins humains, et financer l’activité économique et l’emploi. Notre proposition d’un pôle public bancaire apparaît comme une alternative au renflouement sans garantie des banques par l’Etat, pour sortir l’utilisation de l’argent des seuls critères de rentabilité. La campagne des européennes nous amènera à mettre cette question stratégique dans le débat public, à travers nos propositions sur le rôle nouveau de la Banque centrale européenne.

Autre terme de débat, la question de la relance de la consommation ; le refus de toute relance par la consommation est de plus en plus contesté. Je ne rappellerai pas ici les chiffres intéressants donnés par l’HD de cette semaine sur le partage inégal des richesses entre le capital et le travail : l’augmentation en 10 ans de 270 % des dividendes des actionnaires, alors que la masse salariale ne progressait, sur la même période, que de 59 %. Ces chiffres montrent que malgré ces temps de calvaire, comme disait l’autre, certains ne se sentent aucune vocation pour le martyre et préfèrent, dès ici-bas, s’assurer des charmantes bontés qu’a pour eux le capital financier.

Mais d’autres voix commencent à percer : beaucoup relèvent aujourd’hui qu’avec le recul de la consommation, c’est vers un recul du PIB de près de 2 % pour 2009 qui s’annonce, soit la plus forte récession depuis plus de trente ans.

L’idée d’un plan de relance par la consommation progresse dans la société. Elle est au cœur des mobilisations prévues le 19 mars. Sans aucun doute y avons-nous contribué par les initiatives qui ont permis de remettre la question des salaires dans le débat public.   Le débat se centre également sur la gestion et les choix des entreprises. Comme l’écrit Patrick Le Hyaric dans son édito de l’Huma d’avant-hier, l’envolée des licenciements couplée avec l’annonce de profits records est de moins en moins tolérée. L’exemple de l’entreprise Caterpillar et les suppressions d’emploi annoncées le montre. Ce qui est sur la sellette désormais ce sont les politiques qui visent à réduire le coût du travail dont il est avéré qu’elles sont des machines à fabriquer du chômage. Nous avons de nombreuses propositions visant à transformer les critères de gestion des entreprises et leur fiscalité : elles peuvent aujourd’hui être davantage entendues et débattues. Les rencontres que nous avons eues lors des trois journées de mobilisation devant les entreprises en janvier ont montré les évolutions des discussions et l’état d’esprit des salariés.

Ne faut-il pas nous organiser pour être plus régulièrement au dialogue avec eux en revenant discuter avec les nombreux salariés que nous avons rencontrés en janvier. Nous pourrions ainsi retenir l’idée d’une journée de présence des communistes devant toutes les entreprises de l’automobile touchées par les licenciements ou les mesures de chômage partiel, en mobilisant nos élus, nos candidats pour populariser nos propositions. Le chantage sur les salaires au rabais et aux revendications sous l’éteignoir en échange de l’emploi plus ou moins garanti, fonctionne aujourd’hui beaucoup moins bien. Chez Michelin, par exemple, entreprise emblématique des grandes entreprises du privé dans mon département, comme dans l’ensemble d’une circonscription européenne comme le Centre, le lien se fait mieux sentir entre les mesures de licenciements des intérimaires, de chômage technique, dans la quasi-totalité des usines, et les garanties qu’en retirent les actionnaires. Le titre remonte en Bourse, d’autant plus que Michelin annonce 630millions d’euros de bénéfices pour 2008.

« Michelin se sert de la crise actuelle pour faire passer une organisation pluriannuelle de la flexibilité que nous refusons », a déclaré le délégué central de la CGT.

S’il reste sans doute difficile, avec un tel tourbillon d’événements, d’y voir clair pour les salariés, chez Caterpillar comme chez Michelin et autres nombreuses entreprises, c’est le ras-le-bol qui domine, mais aussi le grand sentiment d’injustice d’avoir toujours à payer pour les frasques du capitalisme. Patrice Bessac, dans son rapport au CN du 10 janvier a développé nos propositions face à la crise : augmenter le SMIC et les salaires, mettre l’emploi sous protection, investir massivement dans les services publics, réorienter l’argent des banques vers l’investissement utile… Tout en confirme la pertinence et la nécessité de les porter dans la préparation du 19 mars, comme dans le lancement de la campagne des européennes.

L’aggravation de la situation sociale et économique ne concerne bien sûr pas que notre pays, elle est sensible partout en Europe. Le 24 octobre dernier, F. Wurtz, devant le Conseil national, évoquait la situation de nouveaux pays membres de l’Union aux prises avec des problèmes extrêmement aigus qui risquaient, disait il, de se traduire par des sacrifices inouïs pour les populations et à des records de chômage, de pauvreté, de précarité. Notre publication Info Hebdo a publié les éléments récents fournis par Jean-Marc Coppola à l’Exécutif national. Avec la crise, les banques occidentales, aidées par les Etats, retirent leurs capitaux et asphyxient les finances et les monnaies nationales de ces pays. Les taux d’intérêt flambent, l’activité s’effondre, les déficits s’envolent.

Comme les entreprises de ces pays avaient beaucoup emprunté en devises étrangères, les risques de faillites sont réels. Le G20 se réunira le 2 avril à Londres avec la prétention d’apporter des réponses aux dégâts qu’ils ont eux-mêmes causés. Le monde ne doit pas être placé sous la surveillance d’institutions internationales en partie responsables de la crise actuelle ; il a besoin d’un nouveau système démocratique fondé sur le respect de tous les droits de l’homme, la satisfaction des besoins sociaux, le travail décent, le respect de l’environnement et la restauration des écosystèmes, la diversité culturelle, l’économie sociale et solidaire et une nouvelle conception de la richesse, basée sur son réel partage et une conception écologique et sociale du développement. Le G20 ne peut décider ni au nom de tous les pays exclus de cette rencontre ni à la place des peuples du monde entier. En France, comme dans d’autres pays, de fortes mobilisations ont commencé contre les conséquences de la crise. Une journée mondiale d’action dans le cadre du prochain G20 a été décidée le 28 mars avec une manifestation qui se déroulera à Paris et qui précèdera une mobilisation à Londres lors de l’ouverture du G20. Nous proposons que notre parti s’associe pleinement à la mobilisation et appelle la population à participer massivement aux actions qui seront organisées dans notre pays. Quelques jours plus tard, la manifestation du 4 avril à Strasbourg à l’occasion du 60e anniversaire de l’OTAN sera également l’occasion de porter les exigences sociales et de paix.   Les conditions sont donc créées, à l’orée d’un mois de mars et d’un printemps qui s’annoncent décisifs, pour entrer maintenant pleinement dans notre campagne des européennes.

La démarche du Front de gauche est appréciée et commence à susciter de l’engouement. Les premières initiatives, en particulier les premiers meetings régionaux ou départementaux, le montrent. Cet engouement existe chez les camarades qui, je crois, ont envie de « tester nos choix » de congrès, d’en vérifier, dans la vie, la validité. Notre campagne peut maintenant se déployer, elle est entre les mains de nos militants : le succès dépend de leur capacité à prendre le maximum d’initiatives de terrain et de proximité. Notre responsabilité est de la rendre visible, populaire et perceptible par nos concitoyens. Créons ensemble une belle dynamique populaire autour du Front de gauche. Des difficultés demeurent, la plus évidente étant peut-être l’ostracisme médiatique quelque peu surréaliste dont nous continuons de souffrir.

Mais il est bien réel, et sans doute faut-il prendre au sérieux les découragements qu’il peut provoquer. C’est la raison pour laquelle nous pourrions réfléchir à une initiative la plus forte et symbolique possible, après le Zénith, pour briser des silences qui deviennent assourdissants.

Mais avant, justement dans une semaine, le 8 mars, journée internationale des femmes, nous serons au Zénith. Réussir une entrée en campagne dynamique et encourageante pour toutes celles et tous ceux qui y participeront est aujourd’hui à portée de nos efforts militants.

Si nous savons être tenaces jusqu’au bout, nous pouvons réussir un grand Zénith. Beaucoup dépendra bien sûr des fédérations d’Ile-de-France, mais la plupart des fédés que nous avons contactées, y compris parfois les plus éloignées de Paris, sont en situation de tenir les objectifs que nous leur avons proposés. Quelques-unes pensent le dépasser. L’objectif d’une cinquantaine de cars est à portée de main. A une dizaine de jours du 19 mars, dans cette période où s’accroissent mauvais coups et souffrances sociales, le Zénith sera un grand moment de riposte et de rassemblement. Les murs, ce jour-là, résonneront d’abord de nos refus : refus de la résignation, refus que la seule perspective que l’on nous propose soit de courber l’échine, refus que l’année 2009 soit pour notre peuple, comme pour les peuples d’Europe, la énième station du chemin de croix libéral. Ils résonneront aussi de l’Europe que nous voulons, de cette Europe à visage humain, où les moyens sont mobilisés pour les femmes et les hommes qui y vivent. De cette Europe sociale et démocratique à laquelle les peuples ont droit. Les intervenants au meeting, par leur diversité, porteront tout cela :

Acteurs et actrices des luttes en métropole comme en outre-mer, femmes, syndicalistes français et Européens, candidats et candidates, responsables politiques témoigneront de leur volonté d’affronter les choix politiques de la droite en dégageant le sens et l’utilité du vote pour les listes du Front de gauche. Cette question de l’utilité du vote, nous y serons confrontés tout au long de la campagne. Les citoyens de notre pays, dont le calendrier n’est pas calqué sur celui des forces politiques, n’ont pas, pour la plupart, réfléchi à la réponse qu’ils apporteront à la question posée par le 7 juin : en quoi cette élection sera utile à nos vies ?

Pour construire cette réponse, sans doute devons-nous travailler quelques priorités :
-  La première est de rappeler que cette élection, même si nous ignorons la situation sociale et politique qui sera celle de juin, permettra de sanctionner et d’envoyer un message fort à Sarkozy, et de dire que nous n’acceptons pas le projet de civilisation qu’il veut mettre en place avec la complicité du Medef.
- La deuxième est de rappeler que ce rassemblement du Front de gauche se construit sur des contenus identifiables et porteurs d’une véritable perspective de transformation progressiste de l’Europe. Nous avons défini dès le mois d’octobre 5 axes structurants et identifiants de notre campagne. Le Front de gauche s’est donc bien constitué dès le départ à partir de contenus versés au débat : une Europe qui mobilise les moyens nécessaires pour la promotion et l’épanouissement des hommes et des femmes, une Europe solidaire qui exclut l’exclusion, une Europe démocratique, une Europe qui agisse pour la paix, une Europe écologique et, je tenais à y insister puisque depuis notre dernier CN s’est tenu le salon de l’Agriculture, une Europe qui porte une ambition alimentaire et agricole, qui inscrive dans ses objectifs la rémunération du travail paysan, la souveraineté alimentaire, la qualité en respectant les hommes et l’environnement.

Nous affinerons bien sûr ces propositions pour le Zénith où Marie-George pourrait décliner une série de propositions innovantes, radicales et crédibles qui font le lien entre exigences sociales concrètes et politiques en France et en Europe.

- La troisième priorité est de faire la démonstration de l’utilité des députés européens pour faire avancer d’autres logiques en Europe que ceux de la concurrence libre et non faussée. L’enjeu ne porte d’ailleurs pas que sur le vote du 7 juin : il est de ne pas laisser exister l’idée, pour cette échéance comme pour toute autre, qu’il ne sert à rien de disposer d’élus, et que la construction de majorité politique est, d’emblée, vouée à l’échec. Nous souhaitons qu’il y ait, dans toutes les collectivités, davantage d’élus soucieux de répondre aux besoins de la population et ayant les pouvoirs pour le faire. Ce débat, entamé hier, se poursuivra au prochain CN. Mais pour démontrer l’utilité des élus européens, appuyons-nous sur des données d’expérience : rappelons que la directive Bolkestein ou la semaine de 65 heures ont été bloquées par les mobilisations et par nos élus au Parlement européen. Sans oublier le rôle déterminant de ces députés (je pense particulièrement à Francis Wurtz) rendant publique la troisième partie du TCE en 2003 permettant l’appropriation citoyenne, et le vote que l’on a connu en 2005. Nous voulons donc une campagne utile, utile pour traiter de la question du changement politique en France et en Europe et utile pour se donner des députés qui se battront contre cette politique, des députés qui nous défendront, des députés qui porteront d’autres logiques politiques. C’est pourquoi nous appelons à l’élection de nombreux députés du Front de gauche et parmi eux de députés communistes qui siégeront ensemble dans un même groupe pour être utiles à notre peuple et aux combats nécessaires à la transformation de l’Europe.

- la quatrième priorité est d’engager sans tarder une campagne de proximité. Je trouve que Marie-France Beaufils avait raison de dire, lors du Conseil départemental de mon département, qu’un meeting, fût il baptisé régional, tenu à Tours, aurait un impact limité, dans une circonscription comme celle du centre, au Puy ou à Aurillac, et vice et versa. C’est dans une campagne de terrain, au plus près, en discutant avec chacun de nos concitoyens que nous parviendrons à créer la dynamique populaire nécessaire, similaire à celle qui, en 2005, avait permis de gagner. L’implication des militants du Parti sera décisive ; la plupart des conseils départementaux tenus cette semaine ont fait part de cette impatience de pouvoir démarrer la campagne.

L’affiche du Parti est élaborée. Elle s’intitule « Pour changer en France et en Europe ». Elle a été livrée dans les fédérations. L’affiche commune annonçant le 8 mars au Zénith a été livrée aux fédés d’Ile-de-France et périphérie. Le texte d’un appel est en cours de validation par le Parti de gauche et sera très rapidement à la disposition des militants pour nourrir le comité de soutien et construire la dynamique.

L’argumentaire militant, construit à partir de nos 5 axes est quasiment prêt. Après le Zénith, nous pourrons disposer de 2 matériaux : Un 4-pages de campagne sur les contenus et nos propositions (5 millions d’exemplaires). Un DVD, film de campagne pour introduire les réunions publiques.

- La cinquième enfin de nos priorités est bien sûr d’élargir le nombre de celles et ceux pouvant rejoindre le Front de gauche et, par nos listes, crédibiliser le large rassemblement que nous voulons créer. Nous avons beaucoup d’efforts à faire encore pour que nos listes mûrissent au soleil de la diversité : nous avons encore à travailler pour que des jeunes, des acteurs du mouvement social, des élus qui occupent cette responsabilité depuis le mois de mars dernier, en prenant une part déterminante dans les bons résultats de nos listes aux municipales ou comme candidats aux cantonales, puissent poursuivre leur engagement aux européennes et montrer la continuité et la cohérence de leur combat.

Nous voulons des listes à l’image de la société, à l’image de notre peuple. La question a été abordée hier dans la discussion sur les transformations du Parti.

Il nous faut bien sûr également travailler aux contacts et aux accords avec les formations politiques susceptibles de rejoindre le Front. Notre volonté est de tout faire pour élargir le Front de gauche. Cela étant, constatons que ce front constitué pour l’instant du PCF, du PG et de nombreux acteurs du mouvement social suscite déjà de l’intérêt. Il constitue d’ailleurs la seule nouveauté à gauche pour l’instant des futures élections européennes. Sans lque nous avons lancé le 24 octobre dernier et sans la réponse positive qu’il a entraînée de la part de Jean-Luc Mélenchon, imaginons ce qu’aurait été l’offre politique le 7 juin.

Nous devons tout faire pour amplifier cette dynamique.

Où en sommes-nous donc justement ?

Nous travaillons à ce que deux autres formations politiques organisées rejoignent le Front de gauche. Il s’agit des Alternatifs et du MRC. La semaine prochaine sera de ce point de vue capitale ; de nouvelles discussions doivent en effet avoir lieu avec ces formations qui permettront, nous l’espérons, de renforcer la dynamique du Front de gauche et sa diversité : la présence de quatre organisations politiques de gauche serait encore plus ressentie comme un événement dans le paysage politique à gauche : elle pourrrait créer les conditions de bons résultats et contribuer à l’élection d’un nombre important de députés européens issus de nos listes.

Naturellement, ces accords éventuels sont indissociables de la construction d’une base claire de campagne commune. Le Front ne propose pas une fusion entre ses composantes ou la réalisation d’un quelconque « programme commun », mais nous devons vérifier que les différences de ses composantes s’inscrivent comme une richesse dans une cohérence d’ensemble indispensable pour proposer une réponse politique claire à la crise que connaît notre pays et des propositions alternatives aux politiques qui en sont responsables en France et en Europe. Il est vraisemblable que les Alternatifs, comme le MRC, si nous sommes d’accord sur le fond, proposeront aussi de conduire des listes ; cette perspective peut s’étudier dans les deux circonscriptions de l’Est et du Sud-Est ; je vous rappelle que nous disposerons de la tête de liste en Ile-de- France avec Patrick Le Hyaric, dans la région Nord-Ouest avec Jacky Hénin, député sortant et dans la région Centre avec Marie-France Beaufils, Sénatrice d’Indre-et-Loire et Maire de Saint Pierre des Corps. Le Parti de gauche conduira les listes dans le Sud-Ouest avec Jean- Luc Mélenchon et dans l’Ouest avec Jacques Généreux.

Nous souhaitons cependant continuer de travailler l’hypothèse d’une tête de liste dans le Sud-Est, féminine, membre d’aucune des formations politiques membres du Front.

L’affichage de la diversité du Front de gauche ne se travaillera naturellement pas que sur les têtes de liste mais sur les 4 premiers de chaque, autrement dit sur les 28 premiers candidat(e)s.

Pouvons-nous élargir encore notre Front ? Nous le souhaitons. Demain nous rencontrerons à nouveau le NPA. Nous leur avons dit déjà que nos différences ne peuvent justifier à nos yeux leur refus de constituer le Front de gauche tous ensemble. Ils prendraient une responsabilité considérable à multiplier les préalables et à privilégier les attitudes partisanes au détriment d’une démarche permettant d’élargir encore l’offre de gauche qu’incarneront nos listes.

En même temps nous sommes lucides ou plus exactement nous savons lire les résolutions de congrès et avons vu que la majorité de l’ancienne LCR refusait les mains tendues par les différentes composantes du Front de gauche et refusait l’union. Nous le regrettons. Et si nous abordons la rencontre de demain avec la ferme volonté d’aboutir, il serait irresponsable de semer des illusions chez les gens de gauche et de laisser s’éterniser des atermoiements qui deviendraient démobilisateurs.

Cette attitude du NPA n’est pas partagée unanimement dans leur parti, nous le savons. Cela peut-il conduire certains d’entre eux à prendre une décision qui ne serait pas conforme à la décision de la majorité du NPA ? Nous le saurons sans doute la semaine prochaine. En attendant nous faisons tous les efforts nécessaires pour aboutir.

Voilà où nous en sommes à la veille d’une semaine décisive pour le Front de gauche qui se terminera, nous l’espérons, pardonnez cette énième piqûre de rappel, par un grand Zénith.

Bien sûr les communistes ont réfléchi aux propositions de candidatures qu’ils allaient proposer dans les 7 circonscriptions, en particulier les chefs de file.

Un gros travail a été réalisé entre les camarades chargés de cette question, les coordinateurs des circonscriptions et les secrétaires départementaux, en veillant à ce que les communistes soient associés. Les conseils départementaux se sont réunis cette semaine pour en discuter et,dans leur majorité, dans chacune des circonscriptions proposent comme chef de file les camarades suivants : Jacky Hénin dans le Nord-Ouest ; Patrick Le Hyaric en Ile-de-France ; Marie- France Beaufils dans le Centre ; Gérard Lahellec dans l’Ouest ; Alain Hayot dans le Sud-Est ; Jacky Dubois dans l’Est ; dans le Sud-Ouest, la décision sera prise dans les tout prochains jours entre Cathy Daguère et Marie-Pierre Vieu. Je rappelle enfin que les communistes seront directement consultés et se prononceront par vote sur ces candidatures et sur les listes, une fois qu’elles seront définitivement établies. Nous proposons que ce vote intervienne le 25 mars prochain. Préalablement les communistes auront reçu le bulletin de vote présentant toutes les listes du Front et les invitant à se prononcer sur celle qui correspond à leur circonscription électorale.

Ce bulletin pourrait être incorporé au numéro de CommunisteS du 18 mars, envoyé à tous les adhérents ; ce numéro en profiterait pour rappeler nos objectifs politiques des européennes, nos propositions pour changer d’Europe, un argumentaire permettant de les mettre en valeur y serait intégré ; bref, un outil utile pour la campagne.

Car, une fois de plus, c’est de la mobilisation de nos militants que dépendra en fin de compte la dynamique de la campagne et de sa réussite. Les objectifs que nous nous donnons pour remettre la carte 2009 aux adhérents du Parti, comme ceux qui visent à son renforcement, ne peuvent donc être séparés de l’ambition que nous nous donnons aux européennes. Comment chaque adhérent, là où il vit, là où il travaille, là où il milite, que ce soit dans un collectif communiste organisé ou pas, va pouvoir se saisir de cette démarche, en discuter, et la faire rayonner auprès de ses voisins, collègues, amis etc ? La remise de la carte 2009 ne peut donc pas être une question administrative. Elle ne peut non plus être conçue comme une demande faite chaque année à un adhérent s’il souhaite ou non rester communiste. Il s’agit de se saisir de cette occasion pour établir des relations durables, en se donnant le temps de l’échange pour déterminer avec chacun sa perception de la situation, la place qu’il peut prendre dans notre campagne, le nombre de personnes qu’il peut rencontrer, ses centres d’intérêt, son adresse mail ou son numéro de téléphone portable ! Savoir s’il peut venir et qui il peut faire venir dimanche prochain au Zénith ou dans l’initiative locale programmée.

Les secrétaires à l’organisation réunis au cours de 4 réunions la semaine dernière ont confirmé la volonté de faire de cette remise de la carte un événement en lien avec le lancement de la campagne. Ils se sont donné également des objectifs ambitieux de renforcement du Parti. Nous avons décidé au Congrès « d’ouvrir largement les portes » du Parti aux femmes et hommes en recherche d’engagement à gauche et d’efficacité.

Nous nous sommes donné comme cible particulièrement les jeunes et les lieux de travail. Ce que confirme cependant toutes les fédés, c’est que lorsqu’il y a de l’activité, que les gens nous voient sur le terrain, alors il y a des adhésions.

Justement la présence des militants du Parti dans les mobilisations du mois de janvier a été remarquée et appréciée.

Beaucoup de personnes, dont des jeunes, sont pour la première fois entrés dans l’action politique.

Il y a donc dans la période des possibilités à côté desquelles nous ne devons pas passer.

Les premières adhésions 2009 qui s’élèvent à plus de 500 sont d’ailleurs souvent des jeunes (c’est le cas pour un grand nombre de celles enregistrées depuis 2006) ou des salariés des services publics, quelques réadhésions également.

Mais la plupart sont le résultat d’une démarche individuelle, orale, sur Internet, ou en remplissant un bulletin trouvé sur un tract. Nous avons quelque peu perdu l’habitude de poser la question ou simplement d’avoir dans nos poches un bulletin d’adhésion. A partir de ce constat le CN pourrait décider, en lien avec notre bataille des européennes, de donner résolument vie à nos décisions de congrès en terme de renforcement. Cela supposerait de se donner des objectifs précis et ambitieux : si nous voulons retrouver un nombre d’adhésions similaire, et c’est possible, à celui de 2005 (8000) il nous faudrait en comptabiliser 2 000 fin mars, 4 000 en juin : la Fête de l’Huma pourrait être une occasion d’une grande relance de notre campagne avec l’objectif de doubler les adhésions d’ici à la fin de l’année. Nous pourrions décider de lancer notre campagne d’adhésions par une semaine qui y serait consacrée : la proposition est celle du 9 au 13 mars, juste après le Zénith.

Nous pourrions disposer pour cette date d’un premier support et bulletin d’adhésion qui sera rapidement suivi d’un kit militant pour le renforcement comportant dépliant explicatif, affiche, badge, etc. La proposition pourrait être faite aux fédés d’établir cette semaine-là, et bien sûr pour les suivantes, un plan de travail comportant des visites ciblées à des gens que nous connaissons, que nous avons rencontrés dans des initiatives récentes, lors des élections de 2008. Les élus communistes qui connaissent naturellement beaucoup de monde pourraient être associés à ces objectifs. C’est sans doute l’une des clés du résultat du 7 juin.

En conclusion je pourrais, comme l’avait fait Marie-George lors de ses meetings en 2005, vous inviter à fermer les yeux pour imaginer la tête des partisans de l’Europe libérale en cas de succès de nos listes ; admettons qu’elle vaudra le détour. Beaucoup, chez ces gens-là, ont encore de la peine à s’en remettre. Mais je préfèrerais conclure sur ces quelques vers de Pablo Neruda, qui, je trouve, pourrait être une bonne philosophie pour la période :

« Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux ! »

Alors, malgré les dominations libérales en Europe, malgré Sarkozy, malgré Attali, malgré tous les calvaires que nous serions condamnés à escalader, faisons en sorte que nos listes du Front de gauche déclarent, avec Aragon, « oui, je vous dis que le bonheur existe ».