La crise financière, sa portée
les
propositions des communistes
Paul Boccara
La
crise financière qui a éclaté à partir des
États-Unis, à l'été 2007, a
déjà
fait l'objet de nombreux commentaires, soit extrêmement
alarmistes, soit, au
contraire, rassurants.
En
réalité, alors qu'on reconnaît son ampleur et sa nouveauté, elle serait révélatrice de la maturation des
transformations profondes et de la crise systémique radicale du capitalisme
financiarisé et mondialisé.
Au-delà
de sa portée immédiate, ce sont les suites du processus et sa grande portée aux
plans économique, social, politique et idéologique d'ensemble qui sont en
cause.
Des
propositions radicales concernant des mesures et des luttes novatrices auraient
une opportunité historique pour être présentées comme réalistes, en répondant
non seulement aux besoins à court terme mais aussi à long terme des populations
en France, dans l'Union européenne et dans le monde.
Face
aux défis de la nouveauté profonde de la situation et de ses risques, elles
peuvent faire l'objet d'un débat durable avec les militants syndicalistes,
associatifs et politiques ainsi qu'avec les élus, pour leur développement dans
des actions rassembleuses et persévérantes. Et cela, en contribuant au débat si
nécessaire aujourd'hui à gauche, face au social-libéralisme et au Sarkozisme,
avec l'apport des analyses marxistes et des communistes devant les défis
profonds non seulement de résistance mais d'avancées sociales transformatrices.
Afin
d’introduire cette discussion, je vais considérer trois parties :
1
– la crise financière, comme révélateur
2
– sa portée immédiate et globale à plus long terme
3
– des propositions novatrices pour les luttes.
Première
partie.
La
crise financière de 2007 – 2008 : révélateur de la gravité nouvelle de la
spéculation du capital financier mondialisé
Les
mécanismes qui ont conduit à l'éclatement à l'été 2007 de la crise financière
mondialisée sont assez bien connus maintenant, du moins dans leur principe.
Mais
plus profondément, ce qui serait révélé, c'est la gravité nouvelle de la
spéculation financière, elle-même exprimant la maturation de la crise
systémique radicale du capitalisme financiarisé et mondialisé.
On
peut rappeler le mécanisme de principe de la crise des crédits immobiliers dits
des « subprimes » et les pertes considérables des banques. Après la privatisation des institutions de soutien du
crédit hypothécaire, aux États-Unis, on a assisté vers 2005-2006 à une
croissance très importante des crédits pour des achats de maisons, garantis par
leurs hypothèques. Alors que la demande grandissante des
habitations a poussé leur prix à la hausse de plus en plus aux
États-Unis (et dans une moindre mesure en Europe et ailleurs), cela a donné
confiance pour garantir par des hypothèques des prêts de plus en plus coûteux.
Et cela pour des masses grandissantes de ménages aux revenus modestes.
Les
banques et les Fonds financiers ont
cherché des profits élevés avec des taux d'intérêt progressivement relevés
tandis qu'ils utilisaient des fonds empruntés avec des taux plus bas. Les crédits ont été titrisés.
C'est-à-dire que les banques et officines de crédit ont vendu leurs titres de
créance à d'autres banques et à des Fonds financiers plus ou moins spéculatifs
pour diminuer leurs risques, bien au-delà des États-Unis. Ils se sont permis
ainsi de relancer leurs prêts jusqu'à d'énormes montagnes de dettes.
Mais
les prix immobiliers sont finalement devenus trop élevés. Ils ont dû ralentir
puis baisser, tandis qu'au contraire les taux d'intérêt étaient relevés. D'où les
non-remboursements des crédits et les ventes forcées de logements, relançant
encore la baisse des prix des logements et les défaillances des acheteurs à
crédit. D'où, avec la montée des impayés de crédit, les craintes des
défaillances empêchant les soutiens des banques prêteuses et les prêts
interbancaires.
D'où
la crise de liquidités, la dévaluation des créances et les pertes très considérables dans les banques et les
Fonds.
Il
faut souligner l'énormité nouvelle des multiplicateurs du crédit, avec des
pools de produits financiers très complexes. On a ainsi cherché à relever considérablement les perspectives de
profit mais aussi on a augmenté les
risques.
Par
exemple, un Fonds a emprunté 15 fois sa mise initiale dans une succession
complexe de crédits en chaîne. Soit pour 100 millions on passe à 1,5 milliards.
Un autre avec 100 millions a déclenché une mobilisation de 3 milliards de
dollars. En outre, les achats de titres de crédit ont été considérés comme du
capital garantissant d'autres crédits.
En
ce qui concerne les pertes liées à la
dévalorisation de titres de créances en difficulté de remboursement dans les
banques et dans les Fonds d'investissement, elles sont considérables. On a
d'abord considéré 200 milliards de dollars dont 50 % localisés aux États-Unis,
avec 22,5 milliards pour Merrill Lynch,
18 à 22 milliards$ pour City group, et plus de 15 milliards$ pour la
banque suisse UBS, 5,4 milliards € pour le Crédit agricole en France ou 3,5
milliards € pour la Société générale.
Mais
ensuite on a parlé de 400 milliards $ et cela pour des sommes exposées de 945
milliards $. Il faut aussi considérer encore le risque des assureurs qu'on a pu
chiffrer à 820 milliards de dollars, soit 14 fois leurs fonds propres.
Cependant,
derrière les mécanismes et les chiffres de cette spéculation, on doit
considérer la maturation des transformations et de la crise systémique
d'ensemble du capitalisme financiarisé et mondialisé.
Pour
l'essor d'une spéculation, il faut un triangle :
1–
une masse financière,
2
– une incitation à de hauts profits possibles,
3
– une demande augmentant fortement par rapport à une offre pour une
marchandise sur laquelle spéculer.
Or,
désormais les transformations très profondes du capitalisme et de sa crise
systémique poussent formidablement ces trois éléments :
C'est,
premièrement, d'énormes disponibilités financières résultant :
--
du début de la révolution monétaire de décrochement de la monnaie par rapport à
l'or, avec le dollar comme monnaie mondiale de fait et sa formidable création
inflationniste possible,
--
les débuts de la révolution technologique informationnelle, avec les
économies considérables de moyens par
rapport à la valeur ajoutée produite, en prix. D'où d'énormes disponibilités
pour les prélèvements et les placements financiers ( comme d'ailleurs aussi
pour les prélèvements publics et sociaux)
Deuxièmement, le fort relèvement des taux de profit devenu possible
avec les économies de coûts de la
révolution informationnelle par rapport aux produits, mais aussi avec les salaires
bas des pays émergents avec la mise en concurrence de tous les salariés du
monde. Cela incite à une très forte rentabilité des fonds des entreprises et
encore plus des Fonds spéculatifs.
Troisièmement, l'insuffisance de certaines productions par rapport
à la montée des besoins populaires, comme les logements, l'énergie, les
matières premières, l'alimentation, qui peuvent servir d'appui à la
spéculation.
Cela
a exacerbé les défis de l'opposition entre capitaux et populations salariées.
Outre
le renforcement de l'exploitation des salariés, avec leur mise en concurrence
dans le monde entier, c'est aussi la pression sur leur consommation par les
prix relevés de façon spéculative, pesant sur leur pouvoir d'achat, et par les
prélèvements de leur endettement. Avec des mécanismes financiers en partie
décrochés des exigences de la production, avec les économies de coûts de la
révolution informationnelle, le système tourne en partie en rond, en quelque
sorte pour lui-même, de façon perverse.
C'est
la montée du parasitisme et de l'immoralité de la rentabilité financière avec
la perversité amplifiée du fric pour le fric.
On
le voit avec la crise de l'immobilier où les ménages les moins aisés qui sont
les plus nombreux et les plus fragiles sont les plus visés et les plus touchés.
Par
exemple, aux États-Unis, comme pour plus d'un million de ménages, Cleveland a
vu se multiplier les saisies d'appartements et les appartements vacants
abandonnés. Et le maire a porté plainte contre les banques même si leurs
opérations étaient légales. Car, a-t-il dit, quand un passant est renversé hors
des clous, par un automobiliste respectant la limitation de vitesse, ce dernier
a respecté le code mais il est un criminel. C'est la même chose pour le
système.
Ce
sont, aussi, sous prétexte des difficultés nouvelles de la conjoncture liées à
la crise financière, que met en avant Sarkozy, les dispositions structurelles
de réduction de dépenses publiques en
France, comme ailleurs dans l'Union européenne. C'est encore le durcissement de
la déjà très dure Banque centrale européenne dans sa mission dite
anti-inflationniste, c'est-à-dire pour un euro fort pour les placements
financiers avec des taux d'intérêt élevés contre les relèvements de salaires.
Et c'est partout d'ailleurs les mesures structurelles contre les dépenses
salariales et sociales avec la mise en cause des services publics pour protéger
les profits et les placements financiers.
Deuxième
partie
La
portée économique et sociale immédiate et à plus long terme de la crise
financière: Vers la nouveauté et la profondeur de la prochaine crise économique
d'ensemble mondiale. La prochaine ne
veut pas dire fatalement la dernière, évidemment.
Malgré
certains ralentissements de la croissance, la crise financière ne débouche pas
encore sur une crise mondiale d'ensemble. Alors que nous avons eu après la
crise financière dite asiatique de 1997, la crise économique globale de
2000-2001.
On
va probablement avoir une telle succession avec une crise économique encore
plus profonde.
Voyons
d'abord la portée immédiate de la crise financière.
Ce
sont les difficultés et les pertes des banques et des Fonds d'investissement,
surtout aux États-Unis, mais aussi en Europe. Et cela a entraîné les soutiens
publics importants depuis les injections massives de liquidités par les banques
centrales, comme la FED, avec elle des baisses de taux, la Banque d'Angleterre
ou la Banque centrale européenne, jusqu'à la nationalisation forcée de la
banque britannique Northern Rock ou le rachat provisoire de la banque Bear Stearn par la banque J.
P.Morgan avec le soutien de la FED.
Ensuite,
les difficultés des banques ont provoqué, surtout aux États-Unis mais plus ou
moins ailleurs, des freinages et des difficultés nouvelles du crédit, qui
pèsent principalement sur les P. M. E. ainsi qu'immédiatement, pour elles, des
licenciements, des pertes d'emplois avec des restructurations importantes dans
le secteur bancaire et financier.
En
relation avec le freinage du crédit et avec les difficultés de consommation des
ménages endettés ce sont encore les ralentissements de la croissance. Il est
surtout relativement marqué aux États-Unis avec une croissance très faible au
premier trimestre et la menace d'une récession. Il est quand même sensible en
Europe, quoique le ralentissement y est moindre, de l'Irlande à l'Espagne (où
le chômage fait un bond) à l'Italie, et à la France.
Toutefois,
pour 2008, même si les pays émergents sont quelque peu touchés et ralentis,
leur croissance restera encore très forte. Par exemple la Chine passerait de 11,4
% à 9,3 %, l'Inde de 9,2 à 7,9 ; l'Amérique latine de 5,6 à 4,3; la Russie de
8,5 à 7; tandis que l'Afrique continuerait à relever sa croissance de 6,2 à
6,3.
Dans
ces conditions, la croissance mondiale va baisser, mais tout en restant
relativement soutenue. Cela ne constitue pas encore une véritable crise
mondiale. Cependant, si la crise financière semble relativement calmée, il
reste encore beaucoup de cadavres dans les placards.
Mais
surtout, quant aux perspectives ultérieures, elles vont de:
-Pour certains, la fin de la crise financière, soit ces
jours-ci, soit prochainement et la reprise durable, grâce à tous les
assainissements, à partir de 2009.
-Ou, au contraire, pour d'autres économistes, à la
poursuite et même à l'aggravation des difficultés.
-Ou encore, selon moi, le plus probablement, à la fois,
des réponses capitalistes entraînant un certain rebond de croissance en 2009,
puis l'éclatement d'une nouvelle crise globale non seulement financière mais
proprement économique, à l'échelle mondiale, vers 2010, 2011 ou 2012. Elle
serait plus profonde que celle de 2000-2001.
Voyons
donc la portée à plus long terme : Cela va du déplacement de la
spéculation vers d'autres produits à l'éclatement de la prochaine
suraccumulation des capitaux.
Le
soutien par les banques centrales et par des fonds publics des banques les plus
touchées contre le risque d'effondrement en chaîne effectivement stoppé, ou
encore un certain soutien de la consommation aux Etats-Unis par réduction de la
fiscalité, n'ont pas répondu aux facteurs profonds - ni de la spéculation qui
reste très stimulée et profonde et encore moins de la crise systémique
d'ensemble -. On a donc un déplacement de ces énormes masses financières
spéculatives existantes et aussi des potentiels existant dans le système
nouveau de démultiplication du crédit, y compris pour tenter de se refaire
comme des joueurs après des pertes. Et cela, vers d'autres productions
sensibles que celle des besoins de logements, où il y a un écart, considérable
et grandissant, entre les conditions de l'offre et de la demande populaire.
C'est
la spéculation sur le pétrole et aussi sur le gaz qui explose, sur les matières
premières - du charbon au minerai de fer, bien plus que sur l'or, et sur les
ressources alimentaires de base, le blé, le riz et maintenant le maïs -, face
aux besoins grandissants de ces produits dont les prix s'envolent. Et la
spéculation, s’appuyant sur des contrôles du capital financier, pourrait
toucher des éléments des services publics avec des privatisations et des
implications des entreprises d’assurance, comme pour la santé.
Mais
bien plus, l’amplification en cours de la spéculation vient percuter des
facteurs réels profonds de la crise systémique, lesquels, arrivés à maturité,
peuvent désormais atteindre des seuils de gravité sans précédent.
Cela concerne d'abord la crise et la
révolution écologiques avec leurs trois dimensions :
- La tendance à l'épuisement ou du moins à des coûts
très élevés à cause de l'insuffisance de ressources traditionnelles,
- Des risques intolérables de pollution, notamment
l'effet de serre sur le climat.
- Les nouveaux espaces et domaines à maîtriser, comme
l'espace, les océans, le biologique,
Cela
se marque particulièrement pour la consommation des produits pétroliers et ses
rejets, avec la progression formidable des motorisations traditionnelles et
notamment le rattrapage massif des pays émergents.
Cela
se marquerait aussi désormais à propos des produits de base alimentaires dans
le monde, avec la relance de la faim et de ses émeutes dans les pays en voie de
développement. Ce qui renverrait aux besoins nouveaux liés à l'urbanisation
devenue majoritaire, à la croissance démographique dans les pays du Sud, aux
limites profondes concernant l'eau, les capacités d'achat des engrais, etc.
A leur tour ces relèvements durables de prix ont
commencé à renforcer les exigences de salaire et de pouvoir d'achat salarial
partout. Et à cela se joignent les besoins devenus immenses concernant, dans le
monde entier, les insuffisances de salariés qualifiés et de formation.
C'est
aussi les besoins de la révolution démographique de la longévité et des
retraites ou encore les pressions migratoires du Sud.
Des
luttes salariales nouvelles se manifestent d'ailleurs partout dans le
monde : comme en France ou en Allemagne
mais aussi dans les pays entrés nouvellement dans l'Union européenne comme on
l'a vu chez Renault Dacia en Roumanie ou encore dans les pays émergents avec
beaucoup de luttes très nouvelles en Inde, au Pakistan, au Chili, etc.
Et,
couronnant le tout, on peut prévoir l'exacerbation des tentatives, ayant déjà
commencé, de réponses capitalistes fondamentales par de nouveaux moyens techniques, de nouvelles
productions, pour remplacer les travailleurs notamment qualifiés et économiser
les salaires, ou encore pour économiser l'énergie et les matières.
Il
s'agit de nouveaux équipements, de nouvelles infrastructures, de nouveaux
moteurs, de nouvelles automobiles, de nouveaux avions, de nouvelles
installations énergétiques, d'autres matériaux composites, de nouveaux
composants électroniques, de nouveaux logiciels.
Une
masse considérable d’investissements pour tout cela et la croissance
forte, en volume et en prix, de ces
nouveaux moyens de production vont avoir lieu face aux pressions contre les
emplois, les salaires, et dépenses sociales. Cette contradiction entre capitaux
et salaires va conduire sans doute, après un rebond limité en 2009–2010, à une
surproduction et à l'éclatement de la suraccumulation des capitaux, financiers,
matériels et informationnels, avec probablement une nouvelle crise
conjoncturelle vers 2010, 2011, 2012.
Et
le déplacement accéléré en ce moment des capitaux vers les pays émergents, avec
leur potentiel de croissance élevé, va contribuer à cette suraccumulation
mondiale.
Dès
aujourd'hui montent des antagonismes nouveaux entre les exigences des Fonds
d'investissement voulant éventuellement dépecer des entreprises auxquelles ils
participent et l'exigence de l'efficacité industrielle, comme on le voit par
exemple avec les pressions du Fonds Pardus sur Valéo. De même les exigences
exacerbées des actionnaires peuvent s’opposer comme jamais aux dépenses
nécessaires pour l’efficacité de la production.
Mais
aussi le Fonds de réserve des retraites en France, les Fonds de pension dans le
monde sont menacés par les effondrements spéculatifs et financiers.
De
même l'endettement public est invoqué pour faire pression, comme nous l'avons
vu, sur les dépenses publiques et les services publics.
D'ailleurs
on assiste partout, comme déjà pour les crises précédentes, mais bien
davantage, à la montée des risques de surendettement des entreprises et des
Etats. Il faut surtout prendre en compte le défi devenu formidable de
l'inflation du dollar à l'échelle mondiale et des prises extrêmement massives
de bons du trésor des États-Unis par les Banques centrales, tout
particulièrement en Asie dont la Chine, à partir des excédents commerciaux en
dollars. D'où la tendance à la baisse du dollar, le risque du retrait des
banques centrales par rapport au dollar qui a commencé à se manifester avec des
débuts de conversion en euros et aussi la constitution de Fonds publics dits
souverains, de la Chine à la Russie en passant par l'Arabie Saoudite, pour
commencer à racheter des parts d'entreprise ou de banques américaines. Cela
pourrait se précipiter en cas de crise économique globale avec, non pas la
fatalité d'un progrès social, mais l'ambivalence:
-soit des affrontements pour des rentabilités
financières rivales,
-soit des constructions nouvelles de relations
internationales et sociales, commençant à s'émanciper des dominations
financières.
D'une
façon générale, tous les affrontements internes et internationaux pourront
s'exacerber et pousseront nécessairement à des transformations politiques et
économiques profondes. Des appels à des interventions étatiques ou
inter-étatiques dites de corrections fortes des excès financiers, qui sont déjà
lancés, sont à la fois nouveaux et très insuffisants. Cette volonté
d’interventions nouvelles, malgré toutes leurs insuffisances, pourrait
contribuer à changer le climat idéologique en favorisant des propositions
vraiment efficaces car réalistes et radicales, en étant contrôlées par les
travailleurs et les citoyens.
Troisième
partie
Propositions
pour les luttes, du niveau local au national à l'européen et au mondial
Bien
sûr, le système va se défendre pour s'adapter de toutes ses forces. Cependant,
l'originalité et la radicalité de propositions communistes sur les banques et
sur le crédit peuvent désormais être mieux comprises et plus ou moins avancées.
Mais il ne s'agit pas seulement de mieux les expliquer. Il s'agit aussi de les
enrichir à partir des phénomènes nouveaux de la crise et à partir de
l'expérience de terrain, comme dans notre rencontre, pour des luttes nouvelles.
Je
distingue trois ensembles :
Premièrement
: autres contrôles des banques et
des fonds d'investissement, extension des obligations légales et des
interventions publiques.
A
droite comme à gauche, on évoque le besoin de transparence et d'amélioration
des contrôles des banques, mais il s'agit soit de déclarations de principe,
soit de petites améliorations techniques qui ne font pas le poids.
Au
contraire, on pourrait prendre des mesures très fortes.
Ainsi,
considérons le «ratio prudentiel» des banques entre fonds propres ou capital et
crédits, qui est imposé aux banques par le comité de Bâle regroupant les dirigeants des principales banques centrales
et par la Banque des règlements internationaux, avec notamment l'accord dit de
Bâle II.
Il
s'agirait non seulement d'augmenter, dans le ratio, le capital dans les banques
par rapport à leurs crédits, mais surtout d'exigences supplémentaires sur la
nature des crédits et leurs destinations financières ou de production, et pas
seulement la quantité de crédit. Il faudrait aussi des exigences sur le contenu
des capitaux eux-mêmes: si les capitaux comprennent des crédits titrisés
achetés la garantie est plus que fragile. Il y a donc tout un enjeu de
modifications par rapport aux ratios de Bâle. Mais il s'agit aussi de ratios prudentiels
pour les Fonds d'investissement ou encore pour les assurances, en allant bien
au-delà de ce qui existe ou de ce qui est déjà proposé.
Est
encore concernée la transparence des
opérations des banques et aussi des agences de notation des risques ainsi que
de nouveaux contrôles sur eux, ou également des contrôles parlementaires sur
les autorités de surveillance des banques. Bien plus, on pourrait exiger dans
les banques, comme aussi dans les Fonds de placement, des réserves obligatoires
de garantie, proportionnellement aux crédits et encore plus aux crédits aux placements financiers, en titres sûrs et
utiles d'emprunts publics français, voire européens.
Une
fiscalité nouvelle pourrait
intervenir sur les mouvements de capitaux financiers nationaux et
internationaux. Une modulation pourrait être instaurée de l'impôt sur les
sociétés, réduit en proportion de l'importance de l'investissement matériel et
informationnel et au contraire relevé en fonction des investissements
financiers, y compris les exportations de capitaux et les délocalisations.
D'une façon générale, il s'agirait de soutenir et de moduler pour l'efficacité
sociale les prélèvements publics et sociaux et à l'opposé de pénaliser les
prélèvements financiers. Le conflit des deux ensembles de prélèvements est
crucial dans la crise du système.
Deuxième
ensemble :
Un
autre type de crédit et d'action des banques, aux quatre niveaux possibles :
Premier
niveau: une proposition de la plus
haute importance politique et économique, car à la portée de l'intervention
locale, concerne la création et l'utilisation de « Fonds régionaux
publics » pour la promotion de l'emploi et la formation efficaces dans les
entreprises. Malgré son importance, elle reste encore très mal comprise et très
peu utilisée, en dépit de quelques tentatives et ébauches instructives.
Dans
une région, cette institution d'un Fonds public peut prendre en charge tout ou
partie des intérêts des crédits à moyen et à long terme pour les
investissements réels, matériels, de recherche, logiciels des entreprises, avec
des taux d'intérêt d'autant plus abaissés, jusqu'à des taux zéro, que sont
programmés de l'emploi efficace et de la formation de qualité.
On
peut cependant souligner trois difficultés :
Première
difficulté : c'est d'abord le refus
de la part d'élus de gauche, notamment socialistes, ou de techniciens, de ce
processus très nouveau au bénéfice d'interventions traditionnelles. Par
exemple, à la demande des communistes un Fonds régional avait été doté par la
gauche en Ile de France de 8 millions d'euros. Cependant, il a été utilisé pour
des cadeaux sans conditions vraiment efficaces sous prétexte de favoriser
l'innovation et la production. Alors que 8 millions d'euros de fonds publics
auraient permis de mobiliser 200 millions d'euros de crédits à taux zéro à
partir d'un intérêt de 4 %, mais pour des soutiens stricts d'investissements
réels favorisant l'emploi efficace et contrôlé.
Deuxième
difficulté: les difficultés
culturelles des travailleurs, des militants syndicalistes et politiques à
saisir un tel Fonds. Car c'est de leur saisine que peut prendre force une telle
initiative, en relation avec l'action des élus locaux, pour que ce financement
appuie leurs propositions alternatives dans leur entreprise.
Troisième
difficulté : l'incompréhension du
caractère réaliste et révolutionnaire de la proposition à l'opposé de
bavardages gauchistes et naïfs. On peut croire qu'il s'agit de faire des
cadeaux aux capitalistes. Donc ne vous mêlez de rien, car il faut tout changer
ou rien. Alors qu'en réalité il s'agit de faire pression sur les crédits des
banques, leur utilisation et aussi sur l'utilisation des profits des entreprises, non pour la spéculation, mais,
par leur remboursement nécessaire même si leurs taux sont de zéro %, pour un
type de croissance durable pour l'emploi, à l'appui des luttes des salariés,
pour faire avancer des gestions alternatives d'efficacité sociale dans les
entreprises et leurs pouvoirs. Et cela pousserait à la transformation du rôle
de toutes les banques comme de la politique industrielle et de services aux
niveaux supérieurs. Excusez du peu.
Au
niveau national. L'instauration d'un
Pôle public national du crédit, dont nous avions déjà parlé, devient crédible
et même urgente pour favoriser la lutte contre la spéculation et les
interventions du financement pour une croissance de qualité riche en emplois et
en formation, dans l'intérêt social et national.
Cela
pourrait concerner la récupération des 27 milliards d'euros de fonds publics
gâchés pour les exonérations de cotisations sociales patronales (qui baissent
les coûts salariaux en faisant concurrence à tous les salaires) et cela dans un
Fonds national pour la promotion de bons emplois avec une croissance durable.
Seulement 20 milliards d'euros de fonds publics pourraient mobiliser 500
milliards de crédits à taux zéro si le taux est de 4 %. Bien plus que tous les
investissements productifs en France! Un peu plus que les investissements
productifs et financiers des entreprises. C'est considérable.
Et
ce pôle public pourrait concerner aussi la Caisse des dépôts, les Caisses
d'épargne, les banques mutualistes, la Banque postale, etc. avec des
conventions nouvelles de coopération avec toutes les autres banques et avec les
entreprises publiques et semi-publiques, etc.
Troisième
niveau : celui de l'Union européenne
Au-delà
d'accords sur les nouveaux contrôles évoqués des banques et des Fonds, de
nouvelles taxes, fiscalité, etc. notamment sur les mouvements de capitaux
financiers, la question décisive est
celle d'une autre mission et d'une autre action de la Banque centrale
européenne. Il s'agit d'un autre crédit bancaire à appuyer sur sa création
monétaire, pour une mission de fait pour l'emploi et la croissance réelle
durable à imposer de fait et en n'attendant pas le changement du traité dans le
même sens qui viendra après. (On ne peut dire: on change le traité ou on ne
fait rien). Et cela, à partir d'une impulsion des luttes, une impulsion et une
exigence de contrôle des parlements, nationaux et européen. Ainsi qu'à partir des
banques centrales participantes, comme la Banque de France, à l'appui des
propositions des travailleurs des entreprises et des citoyens dans les régions,
pour une autre croissance sociale. La Banque centrale européenne devrait
«refinancer» les banques, ce qu'elle fait déjà, mais avec des taux d'intérêt
abaissés pour des crédits pour les investissements réels et d'autant plus
abaissés jusqu'à zéro qu'on fait de l'emploi efficace avec de la formation. Et,
au contraire, contre la spéculation et aussi les exportations de capitaux qui
pénalisent la croissance européenne par rapport à celle des États-Unis, les
taux seraient considérablement relevés.
En
outre, la BCE pourrait, contrairement aux interdits actuels financer des titres
d’emprunts publics. Il faudrait encore d'autres coopérations monétaires et
financières avec les zones voisines, comme la zone Méditerranée, à l'opposé des
bavardages récents sur la coopération euro-méditéranéenne avec des visées de
domination financière.
Quatrième
niveau: le niveau mondial (à
transformer à partir de la France et de l'Union européenne)
Une
refonte du F. M. I, qui est d'ailleurs en crise profonde, devient urgente avec
les réclamations des pays en développement et une opposition qui monte contre
le FMI et sa politique, comme avec le remboursement des dettes en Amérique
latine et la création d'une Banque du sud internationale pour remplacer le F.
M. I. pour plusieurs banques centrales en Amérique latine. Cette refonte du
F.M.I devrait permettre des droits de vote démocratiques, au-delà des petits
ajouts actuels, pour l'émanciper du contrôle par les États-Unis. Mais surtout
il devrait, lui aussi, s'engager dans une nouvelle orientation du crédit avec
un refinancement des Banques centrales elles-mêmes, avec des taux d'intérêt
abaissés jusqu'à zéro pour les investissements, d'autant qu'ils sont créateurs
d'emplois, etc., pour le co-développement des peuples. Cela pourrait s'appuyer
tout de suite sur quelque chose qui existe : les Droits de tirages spéciaux (
D. T. S.) du FMI. Ils sont une véritable création monétaire qui donne le droit
de tirer des monnaies des Banques centrales participantes. À partir des D. T.
S. on pourrait créer une monnaie commune mondiale pour le co-développement des
peuples, en s'émancipant du rôle de monnaie mondiale de fait du dollar et en
parachevant la révolution monétaire en la fondant sur un panier de produits.
Au-delà
de la création monétaire des banques centrales et des limites de leur rôle de «
prêteur en dernier ressort» du fait de l'inflation et du passage plus ou moins
spéculatif à d'autres monnaies, comme du dollar à l'euro, on aurait un prêteur
en dernier ressort effectif.
Un
autre ensemble de transformations corrélatif concernerait précisément le recul
du dollar et la fin de sa domination dans les réserves des banques centrales. On pourrait aussi viser le rachat
systématique à partir des bons du trésor des États-Unis en dollars d'éléments
des multinationales américaines. Au lieu des rivalités nouvelles à partir des
Fonds souverains et des multinationales des pays émergents, on pourrait aller
jusqu'à des maîtrises et des coopérations nouvelles, faisant reculer la
domination des entreprises multinationales contre les peuples. Cela renvoie à
l'importance du mouvement éventuel de rapprochement fondamental entre l'Union
européenne et les pays émergents, avec une dimension sociale forte, et non
seulement nationale ou zonale, contre l'hégémonie des États-Unis.
Et
on pourrait aussi viser la promotion de biens et services communs de toute l’humanité, sur lequel je termine comme
dernier élément des propositions, depuis les exigences immédiates, urgentes,
comme celles concernant l’écologie ou l’alimentation.
Le
développement de services publics nouveaux, avec une démocratie participative
et d'intervention.
Face
à l'opposition qui monte entre les énormes potentiels technologiques et les
énormes rejets sociaux, on peut organiser l'avancée graduelle de
transformations profondes, non seulement de réduction mais d'éradication
progressive de ces rejets sociaux: qu'il s'agisse de chômage, qu'il s'agisse de
pollution, de la faim, etc. Et cela pour une croissance durable, répondant aux
besoins nouveaux et à construire du local ou mondial, avec une socialisation
nouvelle des services publics. Cette socialisation concernerait l'avancée de la
révolution que constitueraient de nouveaux pouvoirs de coopération créative de
tous les usagers avec tous les personnels dans toutes les opérations des
services, avec leur appui sur les associations d'usagers et leur formation..
Ce
nouveau type de service public socialisé pourrait déjà concerner le crédit
lui-même, la création monétaire. Cela ne veut pas dire tout public mais
l'encadrement par des règles publiques avec des éléments publics, avec des buts
sociaux, avec un contrôle de démocratie
participative et d'intervention ainsi que des critères d'efficience sociétale,
articulée à l’avancée de critères d’efficacité sociale des gestions dans les
entreprises.
Cela
pourrait concerner aussi l'avancée vers une sécurité d'emploi ou de formation
notamment contre la flexsécurité dans l'Union européenne. Et cela peut
concerner encore, avec la transformation de la Banque mondiale et une
transformation de tous les organismes dépendants de l'ONU concernés,
l'instauration graduelle de services et biens publics communs de toute
l'humanité pour: l'écologie, la santé,
l'urbanisation et le logement social, l'école et la culture, l'eau,
l'alimentation, l'énergie, les communications, les transports..., la paix.
On
chercherait à faire reculer de plus en plus, à partir des besoins humains
nouveaux et d’une internationalisation des contrôles participatifs et des
règles de gestion, à travers des luttes convergentes et des conquêtes sociales,
politiques et culturelles, la domination du capital financier mondialisé et des
sociétés multinationales privées sur la vie humaine ainsi que leur propriété
sur les moyens. Dans ce processus démocratique et révolutionnaire, viendraient
en premier lieu les buts, les règles et les pouvoirs sociaux pour commander la disposition
des moyens partagés du local au mondial, au lieu du fétichisme des moyens, afin
de promouvoir les capacités et la créativité de tous les êtres humains et
d’avancer vers une autre civilisation.
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