

21/06/2010
Pierre Laurent. Des ambitions communistes pour le
vingt-et-unième siècle
Le nouveau secrétaire national a été, pendant plus
de vingt ans, journaliste à l’Humanité et à l’Humanité Dimanche. Son
objectif est de contribuer à donner un nouveau départ à un parti
communiste transformé.
En cette fin de journée, veille de
congrès, après une réunion au conseil
régional d’Île-de-France et une participation
– événement rare – à une
émission télévisée, Pierre Laurent est au
rendez-vous dans une brasserie de la place de Clichy. Dans ces
dernières heures avant que les délégués
l’élisent à la tête du PCF, c’est le
moment où « le stress monte, où l’on
ressent des impressions très fortes »,
reconnaît celui qui va succéder à Marie-George
Buffet. Mais le stress est retenu. L’ancien journaliste de
l’Humanité, directeur de la rédaction
jusqu’à son départ, fin 2008, pour d’autres
aventures place du Colonel-Fabien, se départit rarement de son
calme souriant. Il ironise sur les commentaires de certains
ex-confrères, qui annoncent, une fois de plus, la mort du Parti
communiste, répétant à l’envi :
« Marie-George Buffet laisse la place à un inconnu
qui va éteindre la lumière. » De telles
âneries n’ébranlent pas Pierre Laurent, elles ont
plutôt tendance à lui donner envie d’administrer un
camouflet à ces fossoyeurs aux trop courtes pelles, à
démentir leurs sombres conjectures.
Il n’est pas candidat au martyre.
« J’éprouve de la fierté de recevoir la
mission de contribuer à donner un nouveau départ au Parti
communiste français. Je ne viens pas là pour gérer
un patrimoine ; je suis convaincu que notre parti peut
occuper une place plus importante, être utile à la
société. Quelque chose a changé depuis 2005
– lorsque les Français ont dit “non” par
référendum à l’Europe
libérale. » Le PCF enregistre environ six mille
adhésions par an. « De nouvelles
générations viennent renforcer le Parti. Il est temps de
leur donner le pouvoir. » Déjà, dans de
nombreux départements, le renouvellement
générationnel a commencé.
Depuis le congrès de décembre 2008, pour lequel il
s’était fortement investi à la tête de la
commission de la résolution, Pierre Laurent occupait la fonction
de numéro 2 du PCF. Il apparaissait au côté de
Marie-George Buffet dans les manifestations, leurs déclarations
étaient souvent cosignées. Son statut de successeur
pressenti, soutenu par la dirigeante communiste, était implicite
avant de devenir officiel.
Âgé aujourd’hui de cinquante-deux ans, Pierre Laurent est issu d’une
famille de militants communistes parisiens. Son père, Paul, fut
longtemps membre de la direction du PCF, au côté de Georges Marchais, et
député de Paris. Il n’en fallait pas davantage pour que quelques
mauvaises langues fustigent « l’héritier », « pur produit de
l’appareil », formule reprise en boucle par quelques journalistes en mal
d’inspiration. Ce à quoi, Pierre Laurent répond : « Je suis fier de ma
famille et de ses valeurs. Je n’ai pas à la cacher ni à l’exalter. » Il
n’a pas renié les valeurs militantes. Les habitants du 20e
arrondissement de Paris, de Belleville à la place des Fêtes, connaissent
le militant de terrain, qui vend régulièrement l’Humanité Dimanche sur
le marché. « C’est vrai que je suis devenu communiste très jeune, que
j’ai milité à la Jeunesse communiste puis à l’Union des étudiants
communistes. »
Étudiant en sciences économiques à Tolbiac, il vient d’obtenir sa
maîtrise lorsque Philippe Herzog, à l’époque responsable de la section
économique du PCF, l’informe que l’Humanité cherche un journaliste dans
sa spécialité. Il entre à la rédaction en 1985, à la rubrique économique
et sociale, passe cinq ans plus tard à l’Humanité Dimanche. Avec
Martine Bulard, rédactrice en chef, il créera l’Humanité Hebdo, qui
disparaîtra en 1998. En 2000, il prend la direction de la rédaction de
l’Humanité et en même temps il est élu au Conseil national du PCF, au
congrès de Martigues, en pleine période de la « mutation » impulsée par
Robert Hue.
L’Humanité a connu une grave crise qui met en danger son existence.
Au côté de Patrick Le Hyaric, nommé directeur, il s’attelle au
redressement de la situation. La campagne de 2005 pour le référendum
européen mettra l’Humanité au cœur du débat politique et le PCF, de son
côté, contribue de façon décisive à la victoire du « non ». Mais en
2007, l’échec de la candidature commune de la gauche antilibérale
aboutit au résultat calamiteux de l’élection présidentielle. « Dans la
foulée du succès de 2005, nous n’avons pas voulu profiter de notre
succès et annoncer une candidature pour 2007, afin de favoriser un
rassemblement, mais au final aucun rassemblement n’a eu lieu »,
analyse-t-il aujourd’hui.
Le choc de 2007 marque le retour de Pierre Laurent au cœur de
l’action politique. Le Parti est en crise, des divisions le déchirent.
Marie-George Buffet se bat pour restaurer son unité. Fait appel à Pierre
Laurent pour animer la commission qui bâtira un texte de rassemblement
des communistes, en bref, pour l’aider à déminer une situation
explosive. Après le congrès de 2008, le destin de Pierre Laurent s’est
précisé avec plus de netteté. Peu à peu. Dans la tradition communiste,
si suspicieuse à l’égard de toute ambition personnelle, on ne se porte
pas candidat. On le devient sur proposition émanant du collectif. En
l’occurrence, la confiance de Marie-George Buffet a été l’élément
déclencheur.
Depuis un an et demi, période marquée par deux élections – européennes
et régionales – et la création du Front de gauche à l’initiative du PCF,
Pierre Laurent, par ailleurs élu à la tête de la liste du Front de
gauche en Île-de-France, est allé de département en département à la
rencontre des militants. Dans et autour du PCF, il a vu « une richesse
d’intelligences et de disponibilités, une très forte attente de
renouvellement. Des jeunes, des syndicalistes, des intellectuels
attendent beaucoup du PCF, non comme des supporters mais comme des
citoyens qui veulent être maîtres de leur engagement ». Relancer le
dialogue entre le Parti communiste et le monde de la création figure
parmi les priorités de Pierre Laurent. L’Humanité reproduisait, il y a
quelques mois, un débat avec l’homme de théâtre Jean-Pierre Vincent.
« Il nous faut trouver des formes permettant une relation durable,
localement comme au niveau national et professionnel. Il nous faut
produire davantage d’idées, être plus offensif pour disputer le terrain
idéologique, et porter plus fort la colère sociale. L’attaque contre les
retraites nous met au pied du mur. Serons-nous, à gauche, à la hauteur
de la colère qu’elle suscite ? Beaucoup dépend de nous. »
Les échecs de ces dernières années « nous ont fait perdre confiance,
en nous, dans les possibilités de changer. Et pourtant, le capitalisme
en crise et l’impasse dans laquelle les traités européens ont conduit
l’UE valident ce que nous disons depuis quinze ans. Il y a des défaites
politiques mais il n’y a pas de combat perdu d’avance ». Reprendre
confiance. Pierre Laurent n’a pas l’intention d’éteindre la lumière.
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