

Aquitaine. Le jour où Isabelle a choisi
23/02/2010
Isabelle Larrouy, militante de
RESF, a accepté de figurer en tête de liste du Front de
gauche dans les Pyrénées-Atlantiques.
Après
mûre réflexion. Isabelle Larrouy enseigne le français dans une
structure d’accueil d’élèves non francophones au collège
Jeanne-d’Albret de Pau. Militante de Réseau Éducation sans frontières,
elle défend sans relâche les familles des demandeurs du droit d’asile,
pourchassées sans état d’âme par un préfet zélé. Quand le communiste
Olivier Dartigolles lui a proposé d’être en tête de la liste du Front
de gauche dans les Pyrénées-Atlantiques, Isabelle a longuement
réfléchi, « plusieurs semaines », dit-elle, avant d’accepter. « Je me
bats pour rassembler les citoyens, nous devons nous battre tous
ensemble contre cette déshumanisation de la société. La défense des
enfants, des jeunes motive mon engagement à RESF. Je ne suis pas une
politique mais à un moment, je veux que les électeurs comprennent qu’il
faut s’appuyer sur la politique pour faire avancer les idées. » Cette
femme opiniâtre, par ailleurs syndicaliste au Snes, qui a découvert la
situation inacceptable des familles chassées de leur pays, venues se
réfugier en France – « Je n’en connaissais rien avant, je vivais dans
un monde tranquille » –, n’avait jamais pensé franchir le pas de
l’engagement politique. Pourquoi le Front de gauche ?
La personnalité d’Olivier Dartigolles, qui défend son combat, « un
homme honnête, intègre », et la rencontre avec un mouvement politique
qui ne fait pas que des discours : « Nous voulons battre la droite
mais aussi proposer une autre politique, redistribuer les richesses,
faire en sorte que les gens n’aient plus besoin de quitter leur pays. »
Une fois la décision prise, il fallait l’assumer. Pas simple car, au
début, elle ne souhaitait pas siéger au conseil régional si elle est
élue. « Beaucoup de gens n’ont pas compris cette attitude. Si je
regrette la personnalisation du monde politique, je ne suis pas non
plus naïve. Finalement s’il faut y aller, j’irai, je siégerai si je
suis élue. » Malgré le déchirement entre deux engagements (trois avec
l’engagement syndical), son action pour RESF risque-t-elle d’être
amputée ou bien l’élection est-elle de nature à l’amplifier, à obliger
les hommes politiques à la soutenir, à la prendre en compte ? Isabelle
a choisi, en son âme et conscience. Quand elle le confie avec émotion
au micro, face au millier de personnes venues assister au meeting de
Bordeaux, jeudi dernier, qu’elle raconte la situation scandaleuse de
deux jeunes étudiantes comoriennes de la faculté de Pau, toujours sous
la menace d’une obligation de quitter le territoire, la résolution
d’Isabelle ne fait plus de doute.
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Aquitaine. Campagne raccourcie
à grande vitesse
Alain Rousset s’impose comme le patron de l’Aquitaine. L’ancien
maire socialiste de Pessac, ex-président de la communauté urbaine de
Bordeaux, président de l’Association des régions de France, est un
militant convaincu des grandes régions européennes. Il s’extasie
volontiers sur les pouvoirs des régions indépendantes espagnoles et il
vient d’ailleurs de signer avec la province basque Euskadi une
déclaration commune, un pas supplémentaire dans le développement des
relations transfrontalières entre les deux régions qui s’engagent dans
un processus de constitution d’une eurorégion. Lui qui espérait tant de
la réforme des collectivités déchante face à la manœuvre du
gouvernement. Aujourd’hui il prie pour son enterrement. Son slogan de
campagne, axé sur un excellent bilan, se veut prosaïque : « Parole
tenue. » Alain Rousset prône une industrie diversifiée et un effort
sans précédent pour la recherche et l’innovation, pour lesquelles il
consacre 9 % du budget. Il est le militant acharné de la ligne à grande
vitesse Tours-Bordeaux et plus tard Bordeaux-Espagne et
Bordeaux-Toulouse, ces deux derniers projets étant devenus au fil des
mois et des études un des principaux enjeux (avec l’emploi) des
élections. Car la LGV coûte cher, très cher, et elle a fait réagir des
milliers de personnes, d’électeurs, en particulier au Pays basque.
Alain Rousset le reconnaît, sans dénier ses efforts : « Sollicité
au-delà de ses attributions réglementaires par un État qui n’a plus les
moyens de sa politique, le conseil régional est le premier contributeur
avec 600 millions d’euros. » Pour un TGV privatisé, l’addition est
lourde. Les écologistes, opposés à la LGV malgré des voix discordantes
au sein du mouvement, espèrent en tirer profit. Monique de Marco, la
chef de file d’Europe Écologie, a réussi à cantonner dans le seul
département de la Gironde Marie Bové, soutenue par Noël Mamère, et a
fait monter la pression pour le second tour. Le soutien d’Alain Rousset
aux grands chantiers de la LGV et à l’autoroute Pau-Langon « pose un
problème pour une éventuelle alliance. Nous sommes pour que la gauche
reste à la tête de la région, mais pas à n’importe quelle condition »,
menace Noël Mamère.
L’entrée en lice
du Front de gauche
La gauche, quelle gauche ? L’entrée en lice après le succès des
européennes du Front de gauche modifie le paysage politique. En
témoigne le succès du premier meeting de sa campagne jeudi dernier à
Bordeaux, où plus de 1 000 personnes ont rempli le Théâtre Femina
malgré une préparation tardive. Car les discussions entre partenaires
n’ont pas été simples, mais comme le soulignait Jean-Luc Mélenchon,
jeudi, « ce fut un peu rude mais ce qui compte, c’est le résultat,
l’union ». Gérard Boulanger, tête de liste en Aquitaine, a fixé au
Front de gauche « la tâche de ressusciter l’espoir à gauche », face à
une politique de droite dévastatrice. Cet avocat qui a consacré
vingt-trois ans de sa vie à faire condamner Maurice Papon, qui a
défendu plus discrètement les sans-papiers et les militants qui les
aident, et récemment les postiers de Bègles, poursuivis pour avoir
envahi les bureaux de la direction en 2005, affirme l’entrée dans la
lutte d’une vraie gauche. La diversité des candidats témoigne d’une
attraction certaine, loin d’une gauche qualifiée de « pépère » par
Jean-Luc Mélenchon. Gérard Boulanger s’en fait le porte-parole en
regrettant publiquement la « grande erreur » des socialistes, qui
président 20 des 22 régions, « de ne pas avoir mis en place un
contre-modèle ». Il y a une urgence écologique en Aquitaine, évidente
après le massacre de la forêt landaise par la tempête de 2009, dit-il.
Le Front de gauche propose aussi un vrai service public régional de la
formation professionnelle, laquelle rendrait plus transparentes les
aides accordées aux PME. À propos de la LGV, Gérard Boulanger se
déclare partisan d’un moratoire : « Le président de région a participé
activement à ce projet après l’avoir alimenté avec 600 millions
d’euros, hors compétence de la région, pour aider à une privatisation
qui va surtout profiter aux grands du BTP. Ce projet de 15 milliards, à
qui va-t-il profiter ? On nous annonce 6 000 emplois en cinq ans pour
la construction de la ligne, mais quels emplois ? Le passage dans les
Landes et au Pays basque pose des problèmes considérables. Le président
a souhaité la nomination d’un médiateur, quel aveu d’échec ! »
Le rôle éminent
des élus communistes
Jeudi, au Théâtre Femina, on a ressenti
une nouvelle espérance, que
quelques-uns des candidats ont transmise avec émotion.
Céline Simon, la
syndicaliste cheminot qui estime que l’argent public doit
être investi
pour la réouverture de lignes ferroviaires abandonnées ou
menacées.
Isabelle Larrouy, la militante de Réseau sans frontières,
tête de liste
dans les Pyrénées-Atlantiques, qui déclare
tranquillement son espoir
d’une politique à gauche :
« C’est pour cette raison que j’ai
accepté
d’être avec le Front de gauche. » Michel
Dubertrand, le secrétaire de
la Fédération du PCF, tête de liste en Gironde, qui
souligne le rôle
éminent des élus communistes pour la sauvegarde de
l’emploi avec les
salariés. Son credo, c’est l’utilisation de
l’argent public, accorder
des aides oui, à la condition d’une vraie formation, de
l’avenir de
l’emploi, d’engagements pour la parité. Et la juge
Simone Gaboriau,
ancienne présidente du Syndicat de la magistrature, qui dit
apporter
son expérience dans une société où les
libertés sont bafouées :
« J’en
ai assez, en tant que juge, d’être impuissante face
à des chômeurs,
qu’on ne sache pas quoi faire, si bien que j’ai
accepté de soutenir
Gérard Boulanger et de me présenter. » Ou
Bernadette Jayle, maire de
Barbaste (Lot-et-Garonne), démissionnaire du PS, qui a
accepté de
suivre le Front de gauche parce qu’il rassemble des associations
et
formations politiques qui « défendent les mêmes
valeurs de diversité et
de combat en capacité de redonner de l’espoir aux
gens ».
Dans cette vieille terre radicale, la compétition se focalise au
sein
de la gauche. À droite, le ministre candidat UMP Xavier Darcos
est à la
peine dans une région où il ne trouve aucun
repère. Sa défaite face à
Alain Rousset, en 2004, puis face au candidat socialiste à la
mairie de
Périgueux, en mars 2008, a sérieusement aggravé
son casier électoral.
Le Modem enfin, représenté par le fidèle Jean
Lassalle, député des
Pyrénées-Atlantiques, a trouvé son
slogan : « Vous ne savez pas
encore que vous allez voter pour moi. » Qui le
saura ?
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