
Taxe carbone : camouflet vert pour Sarkozy
31/12/2009
Le Conseil constitutionnel a annulé la loi qui instituait la taxe
carbone, jugée inefficace écologiquement et inéquitable socialement.
Revers cinglant pour Nicolas Sarkozy
Le
gouvernement aura eu, cette année, l’estomac retourné avec deux jours
d’avance sur le lendemain de fête. Le Conseil constitutionnel lui a
servi le « vert » de trop mardi, tard dans la soirée, en retoquant son
projet d’instituer une taxe carbone. Visant à une réduction des
émissions de gaz à effet de serre « afin de lutter contre le
réchauffement de la planète », celle-ci aurait dû s’appliquer à compter
du 1er janvier, autrement dit dès demain.
Mais ce qui devait être l’une des mesures fiscales phares du projet
de loi de finances 2010 n’a pas été du goût des neufs sages, lesquels
ont décidé d’annuler in extremis la mesure, jugée socialement
inéquitable et écologiquement inefficace. Épinglées : les nombreuses
exemptions qui devaient accompagner sa mise en place. « Ainsi étaient
totalement exonérées de contribution carbone les émissions de 1 018
sites industriels les plus polluants, tels que les raffineries,
cimenteries, cokeries et verreries, les émissions de l’industrie
chimique utilisant de manière intensive de l’énergie (…), celles du
transport aérien et du transport routier de passagers », souligne le
Conseil constitutionnel dans son rapport.
Pointant également l’exonération des centrales thermiques ainsi
que les réductions accordées aux activités agricoles, de pêche, de
transport routier de marchandises et au transport maritime (75 % pour
chacun), il estime qu’au total, « 93 % des émissions d’origine
industrielle, hors carburant, (auraient été) exonérée de contribution
carbone ». In fine, « moins de la moitié des émissions de gaz à effet
de serre auraient été soumises à la contribution », laquelle n’aurait
donc porté que sur « les carburants et les produits de chauffage qui ne
sont que l’une des sources de dioxyde de carbone ». Des régimes de
faveur « contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement
climatique », résume le Conseil, qui note, surtout, que cela « aurait
créé une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges
publiques ».
Deux motifs majeurs qui l’ont donc conduit à censurer la loi,
faisant écho aux critiques entendues depuis juillet, quand le débat
avait été lancé. Censée répondre aux engagements pris en 2008 lors du
Grenelle de l’environnement, la taxe carbone ou contribution climat
énergie devait inciter les entreprises, les ménages et les
administrations à diminuer leur consommation d’énergie fossile gaz,
fuel, essence, charbon via un « stimulus prix ». En juillet, la
commission Rocard proposait de fixer le tarif de la taxe à 32 euros la
tonne de CO2. Les parlementaires avaient finalement retenu celui de 17
euros la tonne, accompagnant la mesure d’un « chèque vert » reversé aux
ménages en guise de compensation et, donc, d’une kyrielle d’exemptions.
Dès lors, les critiques s’étaient multipliées. Á celles entendues
depuis le début, portant sur le bien-fondé même d’une nouvelle taxe
imposée aux ménages, 5 centimes de plus par litre de carburant et de
fioul, 3,14 euros de plus par MWh de gaz venaient s’ajouter celles des
organisations écologistes, reprochant au gouvernement de ne pas être
allé jusqu’au bout de son idée. Deux lignes d’oppositions que l’on
retrouve dans les réactions entendues depuis hier. Majoritairement, les
organisations de défense de l’environnement saluent cette censure en ce
qu’elle doit permettre au gouvernement de revoir sa copie.
« La décision du Conseil constitutionnel doit donner l’occasion au
gouvernement de créer une véritable contribution climat énergie,
conforme au vœu des acteurs du Grenelle de l’environnement et non des
lobbies qui ne pensent qu’en termes d’exonérations et de chantage à
l’emploi », estime ainsi Sébastien Genest, président de France nature
environnement. Un point de vue repris, côté politiques, par le Parti
socialiste (à l’origine de la saisine du Conseil constitutionnel) et
par les Verts qui exigent, en substance, une contribution ambitieuse et
socialement équitable. Député communiste du Nord, Jean-Jacques
Candelier reste quant à lui fermement opposé au principe même d’une
taxe. « Elles représentent déjà les deux tiers du prix à la pompe,
souligne-t-il, dans un communiqué. Comment quelques milliards d’euros
de recettes fiscales supplémentaires (3 milliards NDLR) pourraient
changer les comportements, alors que les 50 milliards d’euros de
l’actuelle fiscalité environnementale n’y arrivent pas ? » Le
gouvernement, enfin, se montre déterminé à ne pas lâcher le morceau.
François Fillon présentera un nouveau texte le 20 janvier. Un délai
court, quand les entreprises dans le collimateur sont, elles aussi,
déjà reparties à la charge pour défendre leur bout d’os.
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