

EDF : la flambée des prix au secours des profits du privé
22/01/2010
Devant
l’échec de la libéralisation du marché de l’électricité, le
gouvernement veut offrir un quart de la production nucléaire aux
concurrents d’EDF. Ce qui provoquera une hausse des prix et fragilisera
la sécurité d’approvisionnement.
Le
gouvernement veut livrer un quart de la production électrique nationale
d’EDF aux intérêts privés. C’est ce que révèle une lettre du premier
ministre, François Fillon, adressée à la commissaire européenne à la
Concurrence, Neelie Kroes, en date du 19 septembre 2009. Dans cette
missive que s’est procurée l’Humanité, le chef du gouvernement décrit
précisément une nouvelle organisation du marché de l’électricité
(Nome). Cette nouvelle étape dans la libéralisation du secteur devrait
être franchie avec l’adoption d’une proposition de loi après les
élections régionales.
Mardi, le ministère de l’Écologie et de l’Énergie annonçait « une
consultation » pour élaborer ce texte. Consultation, ou plutôt
simulacre de consultation. Outre le courrier de François Fillon,
l’Humanité s’est procuré le projet de loi qui confirme que les choix du
gouvernement semblent d’ores et déjà arrêtés.
1 Main basse sur
la rente nucléaire
La concurrence dans le secteur de
l’électricité connaît un bide. Sur un
total de 29,7 millions de sites, seuls
692 000 avaient choisi une offre de
marché au 31 décembre 2008, précise
la Commission de la régulation de l’énergie (CRE)
dans son dernier rapport d’avril 2009. Un piètre
résultat, qui n’aurait même sans doute jamais été
atteint sans la possibilité pour l’usager de revenir
au tarif réglementé en cas de mauvaises surprises
après avoir tenté sa chance sur le marché. Au
31 décembre 2007, avant la mise en oeuvre de ce
droit, le nombre de sites ayant renoncé au tarif
réglementé n’était que de 31 000. Cet échec tient en
grande partie à l’incapacité des fournisseurs privés
d’électricité à concurrencer EDF. Pour alimenter
leurs clients, ceux-ci se comportent comme des
courtiers. Ils achètent l’électricité sur le marché de
gros et la revendent ensuite en espérant réaliser une
plus-value. Malheureusement pour ces spéculateurs
en herbe, les prix du marché sont très supérieurs
aux coûts de production d’EDF. Pour mettre fin à
« ces distorsions de concurrence », le gouvernement
a donc décidé d’accorder un accès à la production
nucléaire aux concurrents d’EDF. Le projet de loi
donnera pouvoir à la CRE de leur octroyer jusqu’à
100 TWh, soit un quart de la production annuelle
d’EDF. Ce faisant, le gouvernement transférera une
partie de « la rente nucléaire » à ces groupes privés.
Difficile de donner une estimation de ce cadeau,
tant EDF est peu disert sur le sujet. Rappelons
néanmoins que, sur 34,897 milliards d’euros de
chiffre d’affaires réalisé au premier semestre 2009,
18,2 milliards ont été réalisés en France et que le
bénéfice du groupe a atteint 3,1 milliards d’euros.
En permettant à des entreprises privées de réaliser
de juteux bénéfices en usant de moyens publics de
production, le gouvernement menace la sécurité
d’approvisionnement. En effet, il y a fort à parier
que la part de « la rente nucléaire » dont vont s’accaparer
les concurrents d’EDF servira à payer de
colossaux dividendes, plutôt qu’à un accroissement
des capacités de production.
2. De lourdes menaces
sur l’emploi
François Fillon promet à la
Commission européenne la suppression
des tarifs réglementés pour
les entreprises en 2015. Alors que
le prix moyen européen du MWh
pour les entreprises était de 101,1 euros au 31 décembre
2008, son prix en France était seulement
de 60 euros. En supprimant les tarifs réglementés
pour les entreprises en 2015, le gouvernement leur
promet donc une hausse de leur facture de presque
50 %, à consommation égale et si les prix restent
stables au niveau européen. Ce qui est loin d’être
garanti. Une telle flambée des prix ne peut que
mettre en péril les entreprises, en particulier celles
dites électro-intensives (cimenteries, papeteries,
sidérurgie, fonderie d’aluminium…) et les centaines
de milliers d’emplois qu’elles génèrent directement
en France. Risque de délocalisation, suppressions
d’emplois et pressions sur les salaires en seront les
conséquences. Rappelons qu’en 2006, après la censure
du Conseil constitutionnel, le gouvernement
avait dû créer un tarif retour pour les entreprises
qui, piégées par une offre de marché, avaient vu
leur facture s’envoler.
3. Flambée des prix
pour les usagers
Les tarifs réglementés de l’électricité
pour les particuliers, dont
l’existence n’était garantie que
jusqu’au 31 décembre prochain,
seront maintenus au moins jusqu’en
2015, s’empresse de rassurer le gouvernement.
Difficile en effet de les supprimer, alors
que 97 % des usagers y restent fidèles. Pour les
mettre à bas, le gouvernement a trouvé la parade.
Dans son courrier à la Commission européenne,
François Fillon explique que les modalités de leur
fixation seront modifiées. Dorénavant, c’est la
Commission de régulation de l’énergie qui les
fixera, et non plus l’État. En période de baisse
du pouvoir d’achat et alors que les promesses
en la matière du candidat Nicolas Sarkozy n’ont
pas été tenues une fois son élection décrochée,
ce dispositif offre l’avantage de ne pas faire rejaillir
sur le gouvernement la responsabilité d’une
hausse importante des prix et l’impopularité qui
va avec. Plus de débat, donc, sur l’évolution des
tarifs, mais plus de contrôle non plus. Et d’autant
moins que leur mode de fixation intégrera
désormais « une référence au prix du marché »
et qu’ils ne seront plus calculés sur la seule base
des coûts de production, de transport et de distribution.
Cette disposition devrait permettre
d’aligner progressivement les tarifs réglementés
sur ceux du marché. La flambée guette donc ces
tarifs réglementés. Alors que le prix moyen du
MWh pour les particuliers atteignait en Europe
161,1 euros au 31 décembre 2008, son prix en
France dépassait à peine les 110 euros (source
CRE). Malgré cette faiblesse relative, 3,8 millions
de familles, soit 10 millions de personnes,
sont en état de « précarité énergétique » et peinent
à s’éclairer ou à se chauffer correctement.
Combien seront-ils si leur facture d’électricité
augmente de 40 % ?
|