
Le statut de la fonction publique, un acquis pour la société ? TABLE RONDE
AVEC :
Jean-Marc Canon, secrétaire général de l’Union générale des fédérations
de fonctionnaires CGT ; Anicet Le Pors, ancien ministre de la Fonction
publique (1981-1984), membre du Conseil d’État ; Georges Tron, député
UMP, rapporteur du budget de la fonction publique.
Cette année, pour la première fois, les
collectivités territoriales ont
embauché davantage de personnels
sur contrat que de personnels sur
statut. Avec la mise en oeuvre des projets du
gouvernement, cette tendance ne fera que
s’amplifier… L’objectif n’est-il pas de
réduire le statut des agents de la fonction
publique, voire de le supprimer ?
Georges Tron. Je peux comprendre qu’on pose
la question ainsi, mais j’ai une approche différente.
Quand on gère les collectivités locales, dispose-
t-on aujourd’hui des marges de manoeuvres
nécessaires pour s’adapter à leurs nouvelles prérogatives,
pour faire face à des situations inédites
qui supposent des compétences particulières,
souvent conjoncturelles ? Non, si nous restons
dans une logique calée sur le statut. C’est la réponse
aux besoins, et non l’objectif de réduire le
statut, qui commande le souhait de recourir plus
facilement aux contrats et de faire de l’embauche
contractuelle, sauf pour les fonctions régaliennes,
la règle – ce qui est l’objet de la proposition
de loi qui sera peut-être prochainement
discutée à l’Assemblée nationale. Car il est nécessaire
de s’adapter en visant un triple objectif :
davantage de souplesse, de mobilité et autant de
garanties pour les titulaires de la fonction publique.
Anicet Le Pors. Le gouvernement entreprend une
réforme de la fonction publique en passant par
la fonction publique territoriale parce qu’il espère
y trouver un levier pour réduire au maximum
le nombre de fonctionnaires et dénaturer
le statut général. C’est là en effet que l’on a recruté
massivement des contractuels sur des emplois
permanents, en infraction franche au
statut. Cette question ne peut pas être ramenée
aux seules préoccupations de gestion.
Le statut est une pièce importante du
pacte républicain. Il a une légitimité historique.
C’est à partir de l’article 6 de la
Déclaration des droits de l’homme et
du citoyen qu’on a posé le problème
de l’accès égal des
citoyennes et des citoyens
aux emplois publics, à partir de
l’article 15 qu’on a fondé la responsabilité
du fonctionnaire
dans l’accomplissement de
ses missions. C’est une loi de
1834 sur les officiers qui
a distingué le grade et
l’emploi. C’est en
France qu’on a développé,
à la fin du
XIXe siècle, une
école du service
public qui lui a
donné sa forme
originale. C’est
en 1924 qu’il y a
eu la reconnaissance
de fait des organisations syndicales.
La consécration législative est intervenue
à la Libération, dans le cadre du programme
du CNR, avec le statut du 19 octobre 1946.
Toute cette évolution va vers l’affirmation du
bien commun, de l’intérêt général.
Georges Tron. N’ayons pas une
vision figée. Le statut de 1946,
avec les modifications apportées
dans les années 1980, ne doit
pas être un point d’arrivée
mais un point de départ. Il faut
donc savoir ce que l’on garde
et ce que l’on fait évoluer. C’est
très loin d’un débat sur la gestion,
cela s’inscrit dans l’évolution
historique que vous décrivez.
Anicet Le Pors. Le statut général
des fonctionnaires
n’a ni point de
départ ni point d’arrivée,
c’est une création
continue. Nous sommes
aujourd’hui dans un système
qui couvre trois
fonctions publiques.
J’ai eu
l’honneur
d’animer son évolution au début des années 1980 en
m’efforçant d’assurer une bonne dialectique entre
l’unité nécessaire sur les principes républicains et la
diversité indispensable. Mais s’il n’évoluait pas, il se
scléroserait.
Jean-Marc Canon. Défendre le statut pour le statut
n’a pas de sens. Il n’existe que parce qu’il
donne à tout citoyen, quel que soit son lieu de
résidence, sa philosophie, sa religion, ses options
politiques, la garantie de bénéficier d’une
égalité de traitement. En liant consubstantiellement
les droits et les devoirs des agents
de la fonction publique, il nous préserve de
pratiques clientélistes et discriminatoires.
Quelle est la situation actuelle ? Sur les 5,2 millions
d’agents de la fonction publique, plus de
1 million ne sont pas sous statut. 30 % à 35%
des agents de la fonction publique territoriale
ne sont pas titulaires. Le statut
doit-il évoluer ? Certainement. Et cela a
déjà été largement le cas. Mais, pour la
CGT, les réformes doivent répondre à
l’intérêt général. Or, en ce moment, les prétendues
souplesse et modernité ne sont que le paravent
derrière lequel est organisé son démantèlement.
Modernisation
ou démantèlement ?
Vous semblez d’accord
sur le principe d’évolutions
nécessaires du statut
mais pas du tout
sur l’appréciation
des transformations
en cours…
Georges Tron. Les réformes
que nous engageons
sont-elles
dans la lignée de
l’évolution
du statut ? Par exemple, l’harmonisation du système
des corps de l’État avec, comme référence,
l’organisation qui prévaut dans la fonction publique
territoriale vise à mettre en place des outils
de lisibilité qui, en donnant une efficacité accrue
en matière de gestion, favoriseront la mobilité
et seront générateurs d’éventuels gains de
productivité. J’emploie ces mots sans vergogne
car ces gains de productivité peuvent être redistribués
aux agents tout en étant une source
d’économie pour la collectivité. Quant aux réductions
d’effectifs, je n’ai jamais considéré
qu’elles étaient l’alpha et l’oméga d’une politique
de la fonction publique. Il n’empêche que
cette question est inéluctablement liée à toute
une série de paramètres, à commencer par celui
de la juste rémunération des agents. Lorsque
nous parlons d’évolution du statut, sommesnous
dans une logique qui considère qu’il existe
une base intangible et des éléments réformables
ou pensons-nous que rien n’est intouchable. Ma
conception est plutôt celle-là. Elle ne me semble
pas en contradiction avec la trajectoire historique
décrite par Anicet Le Pors, et je la crois
assez ajustée aux bouleversements qui s’opèrent
aujourd’hui, y compris dans la sphère publique
qui ne se gère plus comme il y a soixante ans.
Anicet Le Pors. Pour ma part, je défends le statut
pour le statut. Pour une raison simple, c’est
qu’il est législatif. On retrouve là le conflit entre
la loi et le contrat. Est-ce la loi ou le contrat qui
doit régir les relations entre les fonctionnaires
et leurs employeurs ? Je maintiens que c’est la
loi, parce que c’est l’intérêt général qui est en
cause. Le gouvernement, quant à lui, veut poursuivre
dans le sens ouvert par la loi Galant du
13 juillet 1987 concernant la fonction publique
territoriale. Une loi qui a été une sorte de revanche
de certains élus par rapport aux réformes
de 1981-1984. Une loi qui a réintroduit
la liste d’aptitude, ce système inadmissible des
« reçus-collés » qui fait qu’on peut être reçu à
un concours et ne jamais être nommé. Une loi
qui a changé les corps en cadres, freinant de ce
fait la mobilité, qui a ouvert la fonction publique
territoriale aux contractuels. La loi Galant
s’est inspirée du modèle européen à l’anglo-
saxonne. Or, il faut savoir que la Grande-
Bretagne ou l’Allemagne ne comptent que
500 000 à 700 000 fonctionnaires sous statuts,
avec des droits syndicaux et sociaux diminués.
C’est un modèle que nous récusons et c’est ce
modèle que le pouvoir actuel voudrait faire
fructifier aujourd’hui en France. Cela dit, la
« révolution culturelle » dans la fonction publique
annoncée par le président de la République
dans son discours de Nantes, le 19 septembre
2007, n’aura peut-être pas lieu. D’abord
parce que les personnels et l’opinion prennent
conscience de ce qui est en jeu, ensuite parce que
la crise a fait la démonstration que l’existence
en France d’un service public étendu était un
puissant amortisseur social du point de vue de
l’emploi, des salaires et de la consommation,
des retraites et de la protection sociale. Enfin,
sur le plan très important de l’éthique, alors que
l’immoralité du système capitaliste, notamment
financier, s’étale sous nos yeux, la fonction publique
française, basée sur des principes républicains
et employant des millions de personnes,
est un rempart contre la corruption.
Jean-Marc Canon. La CGT est pour la loi, absolument
pas pour le contrat. En défendant le
statut, son amélioration, il ne s’agit pas de défendre
un pré carré ou des privilèges, mais l’intérêt
général, la citoyenneté. La question des
effectifs n’est pas pour nous un sujet tabou.
Elle doit être examinée à l’aune des missions
que l’on confie à la fonction publique et faire
l’objet d’un vrai débat. Et, puisqu’il s’agit du
bien commun, la CGT revendique que les citoyens
soient interpellés, donnent leur avis sur
le nombre des agents nécessaires. Mais ce débat
n’a pas eu lieu alors que les réductions
d’emplois tombent comme à Gravelotte. Le
projet de loi qui doit passer à l’Assemblée nationale
en plein été – ce qui en dit long sur certaines
pratiques – prévoit, au nom de la réorientation
professionnelle, qu’un agent touché
par une restructuration et qui n’aurait pas
répondu favorablement à trois offres d’emplois
se situant sur un lieu quelconque du territoire
national serait mis dans une position de
pré-licenciement, sans salaire, sans continuité
de ses droits à la carrière et à la retraite. Il prévoit
aussi que les agents non titulaires, dont le
nombre augmenterait, seraient confiés à des
agences d’intérim. Pour justifier ses projets, le
gouvernement invoque régulièrement l’insuffisance
de mobilité des agents de la fonction
publique. Or la dernière enquête de l’INSEE
souligne que leur taux de mobilité est du même
ordre que celui des salariés des entreprises de
plus de 500 salariés. Il invoque aussi l’insatisfaction
des citoyens alors que toutes les enquêtes
font état de taux de satisfaction globalement
extrêmement forts vis-à-vis des agents
de la fonction publique. Ce qui nous est proposé
aujourd’hui n’est en rien une réponse aux
besoins du pays et des citoyens. Sous couvert
de modernité, c’est un formidable retour en arrière.
Georges Tron. Je partage votre jugement sur le
fait que la fonction publique n’est pas mal perçue.
Pourtant, à certains moments, nos concitoyens
peuvent aussi en avoir une vision extrêmement
péjorative qui s’exprime dans une
agressivité dont peuvent témoigner de nombreux
agents au contact du public. Je relève que
vous ne faites pas des effectifs une question taboue.
D’ailleurs leur baisse est davantage liée
à des transferts des administrations centrales
vers les opérateurs qui en dépendent mais ont
des statuts particuliers. Une diminution des effectifs
d’un côté est actuellement compensée,
quasiment à l’unité près, par une augmentation
chez les opérateurs. Nous devons nous interroger
sur les missions que l’on assigne à l’État. De
ce point de vue, la proposition de loi déposée à
l’Assemblée nationale, par plusieurs parlementaires
dont je suis, fait bien la distinction
entre les fonctions régaliennes comme la tenue
de l’état civil, et celles qui ne le sont pas.
Concernant le système des « reçus-collés », il
n’y a pas une année où les élus ne sont pas interpellés
sur ce problème. Je suis d’accord avec
vous, il faut en finir avec cette aberration. Mais
sur la mobilité, je n’ai pas la même appréciation
que l’INSEE. Nous avons dans la fonction
publique territoriale des besoins que pourraient
parfaitement remplir des agents de la fonction
publique d’État. Par exemple, il n’est vraiment
pas facile pour un agent de l’éducation nationale
d’être muté dans la fonction publique territoriale
alors que c’est son souhait. J’ai été
confronté à cette difficulté dans ma commune.
La mobilité est donc pour moi un des objectifs
majeurs. Nous sommes dans des situations totalement
absurdes, sclérosées. Pour preuve encore,
la façon dont on gère aujourd’hui la rémunération
sur la base du point d’indice unifié
pour les trois fonctions publiques. Cela me paraît
déconnecté de l’urgence du moment. La période
de crise est exceptionnelle, les finances de
la France ne permettent pas de dégager les
moyens de faire un effort prioritaire sur la fonction
publique hospitalière, comme ce serait nécessaire.
Il faut donc revenir sur
l’unicité du point qui, à mes yeux,
n’est pas un acquis incontournable.
Je suis sensible au fait que
ce serait sans doute un frein à la
mobilité, je souhaiterais donc que
l’on réfléchisse, dans le cadre du
projet de loi, à des contre-freins.
Il ne faut pas faire cela de façon désordonnée.
Anicet Le Pors. Si vous dites que le point d’indice
ne doit plus être l’instrument de base de la
rémunération des fonctionnaires cela signifie
qu’ils seront principalement rémunérés sur une
base discrétionnaire de primes ou d’indemnités.
Il faut être plus clair…
Jean-Marc Canon. Vous demandez plus de mobilité,
mais en même temps vous souhaitez une évolution
différenciée de la valeur du point d’indice.
Si cette mesure était mise en oeuvre, elle entraînerait
un éclatement de la grille indiciaire aujourd’hui
unique, et la mobilité entre les trois versants
de la fonction publique serait encore plus compliquée.
Nous sommes pour une unification des
trois fonctions publiques et même pour réfléchir
à des corps communs : quelle différence professionnelle
entre les postes de secrétaire administratif
dans une mairie, un ministère ou un établissement
hospitalier ? Autre remarque : même
avec les transferts d’emplois aux opérateurs nous
sommes dans une spirale de baisse des effectifs de
la fonction publique. Et j’observe que ces opérateurs
emploient en moyenne 60 % de non-titulaires.
Ce sont aussi des endroits où le temps partiel,
généralement imposé, est double ou triple de
ce qu’il est dans la fonction publique dite centrale.
Voilà la souplesse qu’on nous vante tant.
Georges Tron. Je ne remets pas en cause le point
d’indice mais son unicité et son augmentation
homogène. Il y a des collectivités qui n’ont pas
de ressources et qui sont en difficulté parce
qu’une négociation au niveau de l’État dit
que tout le monde doit être augmenté à la même
vitesse. Pour la même raison, nous n’avons pas
les moyens de faire de la fonction publique hospitalière
une priorité.
Anicet Le Pors. C’est la porte ouverte à toutes
les inégalités. Nous ne serons pas d’accord sur
ce point ! Sur les effectifs, je veux poser une question
: y a-t-il trop de fonctionnaires ? Je me réfère
à une étude récente du centre d’analyse stratégique
qui a compté le nombre d’agents rémunérés
sur prélèvements obligatoires, ce qui
permet des comparaisons. En France, il y a
93 agents publics pour 1 000 habitants, à peu
près comme au Royaume-Uni. Le minimum est
au Japon, avec 41 pour 1 000, le maximum au
Danemark, avec 154 pour 1 000. La règle du
non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux
partants à la retraite est obscurantiste. Elle n’est
fondée sur aucune réflexion méthodologique.
Son seul objectif est de baisser autoritairement
la dépense publique. Enfin j’ai relevé que les premières
mesures du comité interministériel de
modernisation ont été de supprimer le haut
conseil du secteur public, le comité d’enquête sur
les coûts et rendements du service public, le
conseil national d’évaluation, venant après la
suppression du commissariat général du Plan,
suivi aujourd’hui de l’exode de l’INSEE à
Metz… Il y a une philosophie derrière tout cela,
c’est l’affaiblissement des moyens de gestion rationnelle.
On enlève les instruments de la main
visible pour s’en remettre à la main invisible du
marché.
Le président de la République et le
gouvernement veulent introduire dans la
fonction publique l’intéressement, le salaire
au mérite, la mesure de la performance.
N’est-ce pas contradictoire avec l’idée de
missions au service des usagers, par
définition, irréductibles à la
standardisation ?
Anicet Le Pors. Concernant le système de rémunération,
il est très difficile d’apprécier la performance
individuelle ou le mérite. Le fonctionnaire
doit être jugé sur sa responsabilité individuelle
mais elle ne peut être détachée de celle de
son service et de son administration. Il faut faire
appel au concept d’efficacité sociale, qui suppose
transparence et démocratie.
Georges Tron. Ce n’est pas très distant de la façon
dont l’intéressement est envisagé dans le
projet Diefenbacher. Il est normal qu’il soit introduit
dans notre dispositif et ne soit pas basé
exclusivement sur la performance individuelle.
Dans l’état actuel des finances publiques, comment
mieux rémunérer les agents, comment
mieux reconnaître la qualité de leur travail alors
qu’ils ont aujourd’hui le sentiment que ce n’est
pas le cas ? Il faut un autre partage de la masse
salariale entre des agents moins nombreux mais
mieux payés, en fonction de critères nouveaux.
Je suis favorable à la généralisation de l’intéressement
collectif, qui ne soit pas uniquement calé
sur la maîtrise des coûts mais aussi sur la qualité
des services rendus aux usagers.
Jean-Marc Canon. On nous parle de rémunération
individuelle au mérite et d’intéressement
selon une performance collective.
D’abord on peut s’interroger sur l’évaluation
du mérite. Ensuite s’agissant de l’intéressement,
ce qui existe dans le privé est assis sur le
chiffre d’affaires et les bénéfices de l’entreprise.
Transférer ces critères dans la fonction
publique, c’est changer de monde. D’ailleurs
le rapport Diefenbacher précise que, pour la
fonction publique hospitalière, c’est la tarification
à l’activité qui doit servir de socle à l’intéressement.
C’est bien le signe d’une dérive
dans le système de rémunération.
Le service public n’a pas de but
lucratif et ne doit pas en avoir. Et
si on multiplie la part de la rémunération
liée au système indemnitaire,
des fossés de plus en
plus grands vont se multiplier
entre collectivités, ministères, hôpitaux
publics. Il y aura ceux qui auront les
moyens de mieux rémunérer leurs agents et
ceux qui ne le pourront pas. Sur fond de mise
en concurrence, les fonctionnaires des établissements
pauvres auront le plus grand mal à accéder
à l’emploi dans les établissements riches.
À propos des salaires des agents de la fonction
publique, il faut se garder d’aborder la question
uniquement en termes de coût mais regarder
aussi ce qu’ils représentent en termes de
justice, de croissance pérenne. 5% d’augmentation
de la valeur du point représentent
600 millions d’euros de cotisations salariales
pour la maladie, davantage que l’équivalent du
forfait non remboursable de un euro par
consultation médicale. Et pourquoi
les dépenses publiques devraient-
elles baisser ? On dit
qu’elles sont un frein à la croissance.
Mais de 1986 à 1995,
elles ont augmenté de façon
continue. Et la croissance était
en moyenne de 2,5 % chaque année. De 1996 à
2007, elles ont baissé. Et la croissance est tombée
à 2% de moyenne annuelle. Tous les pays,
sauf l’Allemagne, qui ont procédé à des plans
de suppressions d’emplois dans leurs services
publics sont revenus à un niveau d’emplois
égal ou supérieur à ce qu’il était précédemment.
Les emplois de la fonction publique doivent
être liés à ses missions. Les hôpitaux ontils
aujourd’hui les effectifs suffisants pour accomplir
leurs missions ? À l’évidence non.
C’est bien la preuve que les suppressions d’emplois
de fonctionnaires répondent à un dogme.
Le statut des fonctionnaires est-il, selon
vous, un acquis pour la société ?
Anicet Le Pors. Je ressens très mal le fait que,
de manière obsessionnelle depuis des années,
certains présentent les fonctionnaires comme
des privilégiés. Cette idée sous-tend aujourd’hui
les projets du pouvoir. Il faut au
contraire se demander comment faire en sorte
pour que ce soient les salariés protégés par un
statut qui deviennent la référence pour tous
plutôt que l’alignement dans la précarité ? J’en
arrive à une idée portée par la CGT, le statut
du travail salarié. Elle implique, selon moi, de
définir, dans le Code du travail, le noyau des
garanties fondamentales de tout travailleur salarié
et de réordonner, autour les conventions
collectives, les contrats du secteur privé, mieux
les encadrer, les rendre comparables. Ce qui
n’effacera pas la séparation entre secteur public
et privé ni la légitimité, au regard de l’intérêt
général, du statut des fonctionnaires.
Georges Tron. Qu’entend-on par acquis ? S’il
s’agit avec le statut de chercher à se protéger,
dans une société comme la nôtre où les risques
de précarité sont évidents, c’est parfaitement légitime.
S’il s’agit de rechercher une organisation
optimale du service public, la réponse est
oui. Si nous sommes dans une logique de maintien
de la séparation entre sphère du public et
du privé et que le statut ne concerne que le public,
je suis d’accord. Mais s’il s’agit de considérer
que le statut est intouchable, ne doit pas
évoluer pour répondre aux requêtes de la société,
il ne faut pas hésiter à dire que le mot acquis
est excessif.
Jean-Marc Canon. Le statut des fonctionnaires
est un acquis et un atout pour toute la société. Il
garantit une fonction publique de haut niveau,
qui ne connaît pas de dérive majeure, comme la
prévarication qu’on peut connaître ailleurs.
C’est un socle pour aujourd’hui et pour demain.
Il faut bien sûr l’améliorer, le faire évoluer. Mais
les réformes menées sont à l’opposé des évolutions
que nous souhaitons.
|