
Hôpitaux,
Universités. Deux réformes, une logique : la
rentabilité
Mobilisation.
Désengagement de l’État, suppression
d’emplois, menace sur les statuts…
Les réformes de l’hôpital et de
l’université répondent à un
même
objectif : la privatisation. Aujourd’hui,
enseignants-chercheurs et
personnels hospitaliers manifestent ensemble contre cette casse du
service public.
1- Un service public mis
à mal
À
l’université. En juillet 2007, la
loi relative aux libertés et responsabilités des
universités (LRU) est
votée. Présenté comme une autonomie
donnée aux universités, le projet
consiste en réalité à les ouvrir
à la concurrence et au marché de la
connaissance. Il remonte aux années 1980 et
s’inscrit dans la droite
ligne de
l’« harmonisation »
universitaire européenne impulsée par la
déclaration de Bologne en 1999 et le processus de Lisbonne
en 2000. Le
désengagement progressif de l’État dans
le secteur de l’enseignement et
de la recherche signe la fin d’un service public auquel la
communauté
universitaire reste très fortement attachée.
À
l’hôpital. Le projet de loi
« hôpital, patients, santé et
territoire » vise à substituer
à la
notion de « service public
hospitalier » celle de « missions
de service
public », qui pourraient être
assurées par tous les établissements de
santé, quel que soit leur statut. Le gouvernement entend
ainsi gommer
les différences entre l’hôpital public,
qui a vocation à accueillir
tous les patients, et les cliniques privées, dont
l’objectif est de
faire du chiffre. Sauf qu’on imagine mal les cliniques
privées
disposées à accepter les plus coûteuses
de ces missions. Tout ce qui
est rentable risque d’être
transféré au privé et on laissera au
public
les précaires, les personnes âgées, les
pathologies les plus lourdes,
etc. Ces nouvelles dispositions risquent donc de légitimer
la
suppression de services publics non rentables.
2- Des
présidents tout puissants
À
l’université. Dans le
décret
contesté, pourtant adopté par le Conseil des
ministres la semaine
dernière, un des points concerne l’augmentation
des pouvoirs des
présidents d’université. Ils auront la
charge de répartir les heures
dédiées aux cours et celles
dédiées à la recherche. Quelques
modifications ont été consenties : la
décision du président dépendrait
de « l’accord écrit de
l’intéressé ». Un
garde-fou de façade, selon les
enseignants, qui dénoncent des luttes de pouvoir et des
sanctions
internes qui ne permettront pas, en période de restriction
budgétaire,
de refuser librement la modulation de leur service. En cause
également,
la liberté des enseignants à
déterminer méthodes et contenus des cours.
À
l’hôpital. Dans la
continuité de la
réforme de 2005 sur la nouvelle gouvernance, le projet
Bachelot
renforce l’évolution du management dans le sens
d’un hôpital géré comme
une entreprise. Le directeur devient le seul et unique
« patron » de
l’hôpital. Il aura également le dernier
mot sur le projet médical de
l’établissement. Cet aspect cristallise le
mécontentement des médecins,
qui dénoncent la nomination d’un directeur aux
pleins pouvoirs « qui
pourra n’avoir aucune compétence
médicale ». Enfin, ces directeurs
gestionnaires seront jugés sur leur capacité
à résorber les déficits,
c’est-à-dire à éliminer les
activités de soins non rentables et à
supprimer des emplois.
3- Suppression de postes
À
l’université. Une des raisons
phares
de la colère concerne la suppression de 1 090 postes et le
développement de la précarité de
l’ensemble de la communauté
universitaire. Dans une logique dite de « recentrage
sur le cœur de
métier », c’est en
réalité la mise en œuvre
d’une externalisation et
d’une disparition progressive des administratifs de
catégorie C. Au
lieu de créer des emplois, le gouvernement produit un plan
de relance
et d’investissement pour la restauration des
universités qui
bénéficiera en priorité aux
entreprises du secteur des services et de
l’industrie.
À
l’hôpital. Ce projet
« organise des
suppressions massives et injustifiées d’emplois
d’infirmiers et
d’aides-soignants », dénoncent
les hospitaliers. Sous couvert de
mutualisation de moyens et de regroupements de services et
d’établissements, la réforme entend
faire des économies substantielles
sur la masse salariale des hôpitaux. 20 000 emplois sont
menacés sur
l’ensemble du territoire. Et si l’on ne
considère que l’Assistance
publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), 1 000 emplois doivent
disparaître
sur la seule année 2009.
4- Concentrations des
établissements
À
l’université. La mise en
concurrence
des universités comme des chercheurs fait partie de cette
logique
managériale contenue dans la loi LRU. Cela se traduit par
une série de
plans (PRES, pôle de compétitivité,
plan Campus…) qui contraindront les
universités à
« mutualiser »
activités et services autour d’un seul et
même pôle d’excellence. Au
détriment des petites universités qui
n’auront pas de tels arguments financiers… Cette
même logique de tri
s’applique aux filières
considérées comme « non
rentables » et peu
enseignées. Autres perdants du système :
les organismes de recherche.
Ils sont voués au saucissonnage en instituts, ce qui
compromet leur
indépendance de recherche.
À
l’hôpital. Un aspect majeur de la
réforme consiste à reconfigurer le
système sanitaire au plan
territorial, avec l’objectif de réduire les
dépenses. Sous le prétexte
d’améliorer les coopérations locales et
les parcours de soins, on veut
mettre en place des communautés hospitalières de
territoire, qui
permettront de mutualiser certaines fonctions ou activités.
Ce qui se
profile derrière, c’est la restriction des moyens,
tant en ce qui
concerne les capacités d’hospitalisation que les
personnels, avec en
filigrane des fermetures de services, voire de petits
hôpitaux. Au
final, cette mutualisation de moyens va se traduire par une restriction
de l’offre sanitaire aux populations.
5- Statuts
menacés
À
l’université. C’est une
des
questions qui ont mis le feu aux poudres. Le décret si
décrié a reçu
deux modifications : les promotions attribuées
restent à part
équivalente entre le local et le national, et des
améliorations de
salaire en début de carrière des
maîtres de conférences. Mais rien n’a
changé sur la modulation des services. Le décret
laisse la porte
ouverte à l’augmentation des charges
d’enseignement à
rémunération
constante. Ainsi, rien ne garantit le paiement des heures
supplémentaires faites en plus du service annuel de
référence (égal à
128 heures de cours ou 192 heures de travaux dirigés ou
pratiques).
« Maintenir cette modulation de service,
c’est mettre en cause le lien
consubstantiel enseignement-recherche, c’est substituer une
logique
budgétaire à une logique de service public,
c’est remettre en cause
l’égalité de traitement des
fonctionnaires de l’enseignement supérieur
et de la recherche », dénonce le syndicat
principal du supérieur.
À l’hôpital.
L’article 10 du projet
de loi « hôpital, patients,
santé et territoire » crée un
nouveau
statut contractuel pour les médecins exerçants
à l’hôpital, avec une
part de rémunération variable liée
à la réalisation d’objectifs
financiers. Ces médecins seront nommés par le
directeur, qui pourra
leur appliquer des pénalités
financières voire les révoquer. Les
pouvoirs publics espèrent ainsi rendre les
rémunérations plus
attractives à l’hôpital face aux
cliniques. Les principaux intéressés y
voient une menace pour la qualité des soins.
6-Marchandisation
À
l’université. Au nom
d’une prétendue
modernisation inéluctable, les réformes
universitaires revêtent un
caractère idéologique, avec pour but de
marchandiser et rentabiliser la
connaissance. Il n’est plus question pour la recherche et
l’enseignement supérieur de transmettre des
savoirs, mais plutôt de
produire de l’utile et du compétitif. Les
décrets attenants à cette loi
LRU ont pour but de soumettre aux intérêts
budgétaires les contenus
pédagogiques et scientifiques. La suppression de postes,
l’externalisation des fonctions, la précarisation
des contrats et la
hausse prévue des frais d’inscription portent un
coup à la qualité et à
la pérennité du service public. Les
universitaires se battent donc pour
un accès à l’enseignement
égalitaire et garanti pour tous.
À
l’hôpital. Avec cette loi, le
directeur aura pour priorité la lutte contre les
déficits et
privilégiera donc les « pathologies
rentables » sans tenir compte des
réels besoins de la population. Comme le
dénoncent les professeurs de
médecine signataires de l’appel des vingt-cinq,
« le maître mot n’est
plus la santé mais la rentabilité ; et
la préoccupation centrale n’est
plus le malade, mais le compte d’exploitation de
l’hôpital. » La
pensée
marchande dont se prévaut cette loi réduit le
qualitatif au
quantitatif, le malade au tarif de sa maladie. Bref, cette loi a pour
seul objectif de réduire les coûts au
détriment de la qualité des
soins, de la sécurité des soins et de
l’accès aux soins.
Réagir :
|