
Le grand emprunt Sarkozy ne fait pas du tout recette
Gouvernement . François Fillon et ses ministres étudiaient, hier,
les modalités du grand emprunt. Mais les Français rechignent à confier
leur argent au service de la même politique.
Le
gouvernement était réuni hier soir, en séminaire, pour étudier les
modalités du « grand emprunt national » annoncé par Nicolas Sarkozy
lors du Congrès des parlementaires à Versailles, lundi dernier. Une
phase préparatoire à son lancement, le débat devant durer trois mois,
selon l’Élysée, pour établir les grandes priorités d’investissement
éligibles à l’emprunt. François Fillon devait s’exprimer dans la
soirée, mais sans faire d’annonces concrètes, se contentant d’exposer
le calendrier de sa mise en oeuvre.
Le chèque en blanc du grand emprunt
Mais, quoi qu’il en soit, la justification
avancée de combler les
« retards d’investissements » de la France
par le chef de l’État masque
mal le fait que l’emprunt est destiné avant tout à
financer la
poursuite de la même politique. Il s’agit d’aller
puiser dans la poche
des Français de quoi « compenser » les
milliards débloqués au bénéfice
exclusif des banques à l’automne dernier et les cadeaux
aux riches qui
continuent d’être exonérés de contribution
via le bouclier fiscal. Un
véritable chèque en blanc est ainsi demandé aux
Français, sans qu’ils
n’y gagnent en qualité de services publics et en
redistribution. Au
contraire, de nouvelles « réformes » et
« économies » sont programmées
(lire ci-dessous), voire de nouveaux impôts injustes sur les plus
fragiles, comme le projet de fiscaliser les indemnités
journalières des
accidentés du travail, évoqué par
Jean-François Copé. Problème : le
grand emprunt ne fait pas recette dans l’opinion, 82 % des
sondés
déclarant, selon l’IFOP, ne pas avoir l’intention
d’y souscrire.
Comment s’étonner que les Français hésitent
à confier leur argent en
période de crise, quand les salaires sont écrasés,
et quand la
certitude de revoir leur argent peut être ébranlée
par les discours sur
les « caisses vides » ?
Retraites : tout
est tabou, sauf
les 67 ans
« Pas de tabous », avait dit
François Fillon, après le ballon
d’essai lancé par son ministre des Affaires sociales de
l’époque, Brice
Hortefeux, sur l’idée de reculer l’âge
légal de la retraite de 60 à 67
ans. Un cap a été franchi, samedi, devant les
responsables de l’UMP
réunis à Paris. Le premier ministre affirme
désormais qu’« il n’y a pas
d’autre solution pour sauver nos retraites que de travailler plus
longtemps alors même que la vie s’allonge. Si ce
n’est pas le cas,
alors il faudra débattre ensemble de la question de
l’âge légal de la
retraite ». Le 15 juin, Brice Hortefeux avait pourtant
déclaré
qu’« aucune piste » n’était
« privilégiée par le
gouvernement ».
François Fillon lui-même avait dit que la question
appelait « un grand
débat national » dans lequel « tous les
sujets sont sur la table ». En
fait de débat, les partenaires sociaux et les salariés
sont prévenus :
le gouvernement entend passer en force, toutes les questions
étant
taboues… sauf la piste envisagée par lui-même.
Fusion
des départements
et des régions
Partant de l’idée simpliste, et fausse au demeurant, que le nombre
d’élus en France serait une des causes du déficit public, Xavier
Bertrand, secrétaire général de l’UMP, propose de « supprimer 2 000 à 3
000 élus » avec la fusion des conseillers généraux et régionaux (soit
une réduction de 30 % à 50 %) et la création « de conseillers
territoriaux ». Y aurait-il alors fusion des deux collectivités, la
région et le département, en une seule ? « Non, c’est impossible,
avoue-t-il, il faudrait changer la Constitution. » Jean-François Copé,
président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, n’a pas les mêmes
réserves et vend la mèche : « Nous devrons fusionner les élus, les
services et les compétences », donc les régions et les départements.
Toutes les grandes associations d’élus sont contre cette idée,
considérant que les départements jouent un rôle social de proximité, la
région un rôle d’aménagement et du développement économique, le tout
dans une vraie complémentarité. Une fusion conduirait surtout à un
affaiblissement important de la présence de services publics utiles aux
populations. Ce qui constitue, sur le fond, l’objectif de ce
gouvernement.
Nouvelle réduction du nombre de fonctionnaires
Toujours dans la même veine, celle de réduire à tout prix la dépense
publique, Jean-François Copé affirme : « Nous voulons ne pas remplacer
deux départs à la retraite de fonctionnaires sur trois dans les
organismes satellites de l’État. » Ce qui fait écho aux propos du
ministre du Budget, Éric Woerth, qui, il y a quelques jours, déclarait
vouloir « aller au-delà des objectifs de ne remplacer qu’un départ à la
retraite sur deux ». Cette politique a déjà de lourdes conséquences.
Par exemple dans la santé où le manque d’infirmières et de médecins est
patent, ou dans le domaine de l’école où l’arrivée du nouveau ministre
Luc Chatel s’accompagne d’une nouvelle réduction de 16 000 postes
d’enseignant ainsi que de la mise au chômage des 30 000 auxiliaires de
vie scolaire… Autant de mesures et d’autres encore qui fragilisent les
services publics, ligne de mire du gouvernement.
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