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Le rail, plus efficace que la taxe carbone

SNCF . Didier Le Reste, secrétaire de la CGT cheminots, annonce des fortes mobilisations dès le mois d’octobre. Les élus communistes sont venus apporter leur soutien.

Instant solennel. Au côté de 5 000 cheminots venus de toute la France, le secrétaire général de la CGT, Didier Le Reste, a inauguré, hier, une plaque dans l’enceinte du triage du Bourget. Une plaque le déclarant « d’utilité publique pour le développement durable ». Une plaque pour marquer la détermination de la CGT et des cheminots du site à se mobiliser pour gagner son maintien et son développement aujourd’hui menacé (voir page 3). Une plaque comme un coup de tonnerre troublant le concert de louanges médiatiques qui saluait, hier, la politique ferroviaire du gouvernement.

Les cheminots ont fêté à leur façon la journée du transport public. Alors que le ministre de l’Écologie et du Développement durable venait d’annoncer, un peu plus tôt, un investissement de 5 à 7 milliards d’euros pour, dit-il, « relancer le fret » avec le lancement du TGV fret, en 2015, et des autoroutes ferroviaires, en 2020, leur rassemblement du Bourget aura démontré que, sur ce sujet, les annonces du gouvernement sont systématiquement démenties par les faits.

« la politique d’abandon du wagon isolé »

Tour à tour, des agents venus de toute la France ont pris la parole pour illustrer « les conséquences de la politique d’abandon du wagon isolé » de la direction de la SNCF qui, avec la suppression de 10 000 postes, la fermeture de 500 gares et de plusieurs milliers de dessertes depuis 2003, a abouti à « jeter 1,5 million de camions supplémentaires sur les routes » (lire notre édition du 20 août 2007). Venue de Tours, Florence alerte ainsi sur « le risque de voir les transports de gaz, à destination de l’usine Primagaz, et de kérosène, à destination d’une base aérienne voisine, bientôt transférés sur la route », en raison de la probable fermeture d’une ligne ferroviaire laissée à l’abandon. Nicolas, de Montpellier, témoigne « de la chute de 41 % de la charge de travail dans la région sud-est, qui a jeté 6 000 camions sur les routes ». Invité au rassemblement, le maire PCF de Portes-lès-Valence, Pierre Trapier, fait, lui, siffler la direction quand il révèle que celle-ci a refusé « un contrat de 1 050 wagons par mois », proposé par l’entreprise Leroy-Merlin qui s’installe dans sa commune. Dénonçant le projet de fermeture du triage installé dans sa ville, il annonce la création d’un collectif de défense de l’installation, regroupant la municipalité, les syndicats, mais aussi la chambre du commerce et d’industrie, qui craint les conséquences de cette fermeture sur l’activité du port fluvial qu’elle gère.

Répondant à l’invitation faite aux élus du département par la CGT, la sénatrice et le député de Seine-Saint-Denis, Éliane Assassi et Patrick Braouezec, redisent « la disponibilité des élus communistes » pour se mobiliser pour sauver Fret SNCF. Éliane Assassi informe que le 22 septembre prochain, elle interpellera le secrétaire d’État aux Transports, Dominique Bussereau, et que le 29 septembre, elle organisera « une table ronde, à laquelle sont invités les élus du département, la SNCF, les pouvoirs publics », sur le devenir du triage du Bourget. Cette mobilisation des élus communistes franciliens est jugée indispensable par Patrick Braouezec, car « l’Île-de-France est la région la plus riche d’Europe et pourtant les inégalités sociales y sont de plus en plus criantes », et parce que « les services publics sont des remparts contre l’injustice ». Députée de la ville voisine, la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, s’en prend aux « mensonges du gouvernement et de la majorité » qui prétendent oeuvrer en faveur du développement durable alors qu’« ils ont voté à Bruxelles l’ouverture à la concurrence ». Double jeu également dénoncé par l’eurodéputé Patrick Le Hyaric dans le message de soutien envoyé hier. Évoquant la taxe carbone, la politique du tout-camion, elle raille ainsi « la révolution verte » si chère à Jean-Louis Borloo. La responsable communiste a écrit au président de la République pour demander que soit stoppée la nouvelle restructuration à la SNCF, qui vise la suppression de 4 000 à 6 000 postes. « Les élus communistes sont à vos côtés pour résister dans les institutions », lance-t-elle, tandis que « le PCF et ses militants veulent construire une alternative à gauche » avec la construction d’un front de gauche « plus ambitieux ».

« intégrer le développement durable »

Revenant sur les annonces de Jean-Louis Borloo, le secrétaire général de la CGT, Didier Le Reste, rappelle qu’elles figurent depuis de longues années parmi les revendications de son syndicat, mais qu’elles « ne sauraient justifier le démantèlement de l’existant » et l’abandon du wagon isolé.

Alors que la SNCF devrait, selon lui, « intégrer les critères du développement durable : l’économique, l’environnemental et le social », il accuse la direction de l’entreprise de poursuivre sa transformation « en un groupe industrielle comme les autres où les valeurs du service public sont abandonnées pour intégrer les cheminots aux logiques du marché ». Les restructurations en cours « tracent les pointillés d’une vente à la découpe de la SNCF », accuse-t-il. Didier Le Reste brocarde la concurrence, affirmant qu’elle génère le dumping social et de graves entorses aux règles de sécurité du transport ferroviaire. Il accuse la SNCF de s’y prêter en créant des filiales qui viennent concurrencer Fret SNCF.

« Le problème ce sont eux (la direction et le gouvernement - NDLR), la solution c’est nous », lance-t-il aux cheminots. Une nouvelle fois, Didier Le Reste exige l’ouverture de négociations sur les revendications et les propositions de son syndicat. Et d’annoncer pour y parvenir « une puissante mobilisation, dès le mois d’octobre ».

Fret : points de vue

« Le fret est un laboratoire »

NICOLAS SCHERRER, RÉGION CHAMPAGNE-ARDENNE

L’abandon du wagon isolé risque d’entraîner la suppression de 6 000 emplois, soit 50 % des effectifs. Aujourd’hui, nous sommes également présents pour lutter contre la destruction de la SNCF. Le fret n’est qu’un laboratoire. La direction veut appliquer les mêmes décisions au secteur de l’équipement. On propose aux agents de partir travailler dans les autres filiales en perdant le statut de cheminot pour avoir le statut d’une entreprise lambda. Alors que notre statut actuel nous garantit la sécurité de l’emploi, ce qui n’existe pas dans le privé. Les patrons perdent le fil conducteur de la SNCF qui est celui du secteur public. Ils souhaitent détruire le secteur du fret pour ouvrir la société à la privatisation.

« La réforme du fret est une décision politique »

EMMANUEL KISSE, PARIS

La direction affirme que wagon isolé coûte trop cher et plombe les comptes de la société. La direction a donc décidé de l’abandonner et de fermer des gares de fret bien que les entreprises revendiquent son maintien. Aujourd’hui le statut social des cheminots est remis en question. Des filiales ont donc été créées pour favoriser le départ des cheminots vers le statut de droit commun favorisant la flexibilité du travail. En dehors de cet aspect social, il existe celui concernant l’aménagement du territoire et l’irrigation. En faisant uniquement des grands axes ferroviaires, des villes ne seront plus desservies.

« Un enjeu pour l’ensemble des citoyens »

MARC ALBOUY, SECRÉTAIRE DU COMITÉ D’ENTREPRISE DE MIDI-PYRÉNÉES

La question du fret ne se voit pas en termes d’équilibre financier mais en termes d’environnement. Le transfert du fret à travers la route entraînera des répercussions sur l’environnement. Bien que déficitaire pour la SNCF, le maintien de ce secteur est dans l’intérêt de la population. Tout comme les écoles, l’eau et les hôpitaux, le fret a un coût et on ne peut pas le placer dans le service marchand. Le débat dépasse le monde des cheminots et il s’agit d’un enjeu pour l’ensemble des citoyens dans le cadre de l’intérêt général. Propos recueillis par Adeline Farge