
Les 10 mensonges d'Éric Besson
Interrogé sur France Inter
mercredi 8 avril, en pleine polémique sur le « délit de solidarité »,
le ministre de l’Immigration a multiplié les contrevérités.
Démonstration.
1 - « Toutes
celles et ceux qui, de bonne foi, aident un étranger en
situation irrégulière doivent savoir qu’ils ne
risquent rien. »
Au contraire, l’article L. 622-1 amalgame passeurs et
humanitaires
en punissant « toute personne qui aura, par aide directe ou
indirecte,
facilité ou tenté de faciliter, l’entrée, la
circulation ou le séjour
irréguliers d’un étranger en France ».
L’article L. 622-4 exonère de
poursuites les « ascendants ou descendants » de
l’étranger, les
« frères, sœurs », le
« conjoint », ainsi que « toute
personne physique
ou morale lorsque l’acte reproché était, face
à un danger actuel ou
imminent, nécessaire à la sauvegarde de la vie ou de
l’intégrité
physique de l’étranger ». Nulle mention de
« bonne foi ». Si un citoyen
héberge un sans-papiers qui n’est ni en danger de mort ni
son frère, il
tombe sous le coup de la loi.
2 - « Personne en France n’a
jamais été condamné pour avoir simplement hébergé, donné à manger,
transporté en voiture en auto-stop un étranger en situation irrégulière. »
Depuis 1995, six personnes ont été poursuivies et
condamnées sur la
base de l’article L. 622-1. Parmi elles, Sylvia B.,
condamnée à trois
mois de prison avec sursis en 1995 pour avoir hébergé son
conjoint
pendant deux ans. En 1997, Jacqueline Deltombe est
déclarée coupable
d’« aide au séjour
irrégulier » après avoir logé un ami
zaïrois. Quant
à Delphine Benama, condamnée en 2000 à deux mois
de prison avec sursis,
elle a purgé huit mois de détention provisoire pour avoir
aidé un ami
algérien dans ses démarches administratives.
3 - « Deux bénévoles
humanitaires ont été condamnés, avec dispense de peine, en
soixante-cinq ans pour être entrés dans la chaîne des passeurs : en
clair, ils avaient transporté des fonds, pris de l’argent à des
étrangers en situation irrégulière qu’ils avaient apporté à des
passeurs. »
Ce n’est pas l’avis des deux intéressés, Jean-Claude Lenoir et
Charles Frammezelle, dit « Moustache », deux bénévoles de Calais
effectivement condamnés en 2003 pour « aide au séjour irrégulier ».
Selon leurs dires, ils n’avaient pas « pris de l’argent à des étrangers
en situation irrégulière », mais s’étaient portés garants à La Poste
pour que des réfugiés puissent retirer de « petites sommes ». Quant à
le donner à des passeurs, ces migrants, demandeurs d’asile, n’étaient
visiblement pas intéressés pour traverser la Manche… Les deux bénévoles
ont d’ores et déjà annoncé leur intention de porter plainte, pour
diffamation, contre le ministre.
4 - « Nous
avons absolument besoin de l’article L. 622-1 pour lutter contre
les filières de l’immigration clandestine. »
De nombreuses autres dispositions du Code pénal permettent de
condamner les passeurs, comme l’article 225-4 qui punit de sept ans
d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende la traite des êtres
humains. Le proxénétisme et la mise en danger de la vie d’autrui sont
aussi des délits sévèrement sanctionnés. « Ces outils permettent déjà
de poursuivre et de condamner ceux qui font véritablement commerce de
la misère humaine », assure Nathalie Ferré, enseignante-chercheuse en
droit privé et membre du bureau du Groupe d’information et de soutien
des immigrés (GISTI).
5 - À Calais, « nous
accueillons des personnes qui sont anglophones, anglophiles, qui ne
veulent pas rester en France, qui, dans 95 % des cas, ne demandent pas
l’asile à la France et veulent à tout prix rejoindre un membre de leur
famille ou aller travailler en Angleterre ».
Effectivement, l’OFPRA a enregistré 149 demandes d’asile en 2008
sur le Pas-de-Calais, une goutte d’eau au vu du nombre de réfugiés.
Pour autant, peut-on en conclure que ces réfugiés veulent « à tout
prix » se rendre en Angleterre ? La Coordination française pour le
droit d’asile (CFDA) dénonçait, dans un récent rapport, les difficultés
d’accès à la procédure d’asile. Outre le manque d’informations,
l’éloignement des institutions est mis en cause : la demande d’asile
doit être déposée à Arras, à plus de 100 kilomètres de Calais. La
procédure Dublin II, qui oblige les demandeurs d’asile à ne déposer
leur dossier que dans un seul pays de l’UE, est également dissuasive.
6 - Sur Calais, « les
situations humaines sont souvent dramatiques, mais nous essayons autant
que nous pouvons de soulager cette misère humaine ».
Qui est-ce « nous » ? Depuis la fermeture de Sangatte, en 2002, des
centaines de migrants sont condamnés à dormir dehors. Face à la
présence de ces hommes, femmes et enfants totalement démunis, ce sont
les associations qui fournissent nourriture, vêtements et réconfort.
Pour la CFDA, « la seule aide qui reste aux exilés, privés de tout, est
l’assistance caritative. Les associations viennent ainsi se placer dans
le vide laissé par l’État et les collectivités territoriales ».
7 - « Nous proposons chaque
soir entre 35 et 50 places d’hébergement à quelques kilomètres de
Calais. Tous les soirs, ces places d’hébergement sont vides. »
Le rapport de la CFDA démontre au contraire les difficultés des
migrants de Calais à trouver un toit pour dormir. Ainsi, le principal
centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) de la ville
compte 42 places, dont deux seulement sont destinées aux exilés, à
condition qu’ils aient souscrit au « retour volontaire ». « S’il y a
des chambres quelque part, elles sont tenues secrètes ! » s’exclame
Monique Delannoy, responsable de l’association la Belle Étoile,
contrainte de payer des nuits d’hôtel aux réfugiés pour les mettre à
l’abri. Quant aux places à quelques kilomètres de Calais, selon Martine
Devries, responsable de la mission Médecins du monde à Calais, elles
seraient à des centaines de kilomètres. « Ce sont des foyers
d’hébergement dans l’Est. Oui, là-bas, il doit y avoir des places, mais
certainement pas à Calais ! »
8 - Sur la régularisation des travailleurs sans-papiers : « L’égalité
existe, il y a des régularisations d’Algériens ou de Tunisiens,
simplement il n’y a pas de régularisations dites massives. Il y a des
régularisations au cas par cas, en tenant compte du contexte, de la
réalité de l’intégration. (…) Il n’y a pas de discrimination. »
La circulaire de 7 janvier 2008 précise pourtant que les
ressortissants tunisiens et algériens « ne peuvent se prévaloir des
dispositions introduites par l’article 40 de la loi du 20 novembre
2007 », autrement dit la loi Hortefeux qui ouvre la voie aux
régularisations par le travail. La situation des ressortissants de ces
deux pays étant régie par des accords bilatéraux. En octobre 2008, la
Haute Autorité de lutte contre les discriminations (HALDE) s’inquiétait
de cette exclusion qui pourrait « créer une différence de traitement
dans l’accès à l’emploi en raison de l’origine nationale ». Une
discrimination confirmée par la CGT, qui défend au jour le jour les
dossiers de ces travailleurs sans-papiers. « Dans certaines
préfectures, il est très difficile de faire avancer les dossiers des
travailleurs algériens », regrette Francine Blanche, secrétaire
confédérale. Ainsi, dans l’Isère et les Alpes-Maritimes, les
régularisations de travailleurs algériens et tunisiens se comptent sur
les doigts de la main, quand elles devraient être des centaines.
9 - « Il n’y a plus personne
qui soit interpellé à la sortie des écoles. Ni dans les préfectures. Il
y a eu deux cas, il y a trois ans, qui ont défrayé la chronique.
Ensuite, une circulaire du ministre l’a purement et simplement interdit. »
Ce n’est pas le constat dressé par le Réseau éducation sans
frontières (RESF) dans son rapport rendu à l’ONU en février sur la
« situation des mineurs, enfants de sans-papiers en France ». Plusieurs
histoires édifiantes y sont racontées, comme celle d’Armen, 7 ans,
petit garçon serbe d’origine albanaise habitant Montauban. En septembre
2007 (après la circulaire), à la suite de l’interpellation de ses
parents, il quitte son école encadré de deux policiers en uniforme et
en armes, au milieu des autres enfants et des parents en pleine sortie
des classes. En novembre 2008, le commissaire aux droits de l’homme du
Conseil de l’Europe lui-même déclarait dans un rapport sur la France :
« Plus aucune interpellation ne devrait être effectuée dans les écoles
et préfectures. »
10 - « L’Europe n’est pas une forteresse et elle ne veut pas l’être. »
En matière d’immigration, les différents pactes et directives
signés récemment par les 27 témoignent au contraire d’une volonté de se
barricader. Dans le pacte européen sur l’immigration et l’asile, les
membres de l’Union européenne ont ainsi renforcé les moyens de l’agence
Frontex, chargée de lutter contre l’immigration clandestine aux
frontières de l’Europe. Ses bateaux et hélicoptères traquent les
migrants qui tenteraient d’entrer illégalement sur le continent. Selon
les décomptes du site Fortress Europe, 13 767 immigrés sont morts aux
frontières de l’UE depuis 1988.
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