

Les malades encore mis à l’amende
Sécurité
sociale . Incapable de mettre un terme au scandale des bonus dans les
banques, le gouvernement veut renchérir le coût de la santé pour les
usagers. La couverture solidaire en danger.
Pas
responsables, mais déclarés coupables, et condamnés à payer. Après la
taxe carbone, dont l’injustice flagrante est très largement reconnue,
voici donc les malades soumis, selon la même logique punitive, à la
menace d’un renchérissement brutal du coût de la santé. Invoquant le
creusement du déficit de l’assurance maladie, le gouvernement envisage
d’augmenter de 25 % le montant du forfait hospitalier (de 16 euros à 20
euros par jour) et d’abaisser, de 35 % à 15 %, le taux de remboursement
de médicaments dits à prescription médicale facultative. Il s’agit
notamment d’analgésiques très répandus (aspirine, paracétamol), de
médicaments contre le rhume, la constipation, de vasodilatateurs…
10 milliards d’euros de déficit
En augmentant d’un euro le forfait hospitalier, « on fait rentrer
dans les caisses de la Sécurité sociale 80 millions », fait valoir le
ministre du Budget, Éric Woerth. Une hausse de 4 euros générerait donc
320 millions euros. Une pichenette, en termes purement comptables, au
regard d’un déficit de l’assurance maladie avoisinant les 10 milliards
d’euros. Mais, en termes de droit aux soins, un coup pouvant être lourd
de conséquences pour les malades. « Cela reviendrait à facturer 600
euros pour un malade hospitalisé un mois, ce qui augmente de façon
exorbitante le reste à charge des malades », notait, hier, le syndicat
UNSA. Les frais dits d’hôtellerie, que le forfait est censé couvrir,
atteignent les « tarifs de l’hôtellerie de tourisme », remarque la CGT
de son côté.
Déjà, selon des enquêtes, 14 % des Français déclarent renoncer à des
soins pour des raisons financières. Un phénomène qui risque de
s’aggraver du fait des conséquences de la crise sur les budgets des
ménages, et sachant que les mesures envisagées viendraient s’ajouter à
la longue liste de déremboursements de médicaments, de franchises
diverses, décrétés ces dernières années.
Comme à chaque fois, le gouvernement tente d’en minimiser la portée,
en soulignant que les assurances complémentaires prennent en charge le
forfait hospitalier. Il « oublie » seulement « que 7 % des Français
n’ont pas les moyens de se payer une complémentaire », relève la FSU.
« Ce sont donc une nouvelle fois les plus pauvres » qui trinqueront le
plus. Mais les autres ne seront pas épargnés. Car les assurances
risquent fort de tirer argument de cette hausse pour augmenter leurs
cotisations.
L’annonce de ces « pistes » a suscité, dès hier, de très vives
réactions. « Le gouvernement veut-il remplacer la carte Vitale par la
Carte bleue ? » interrogeaient les sénateurs PCF, dénonçant une volonté
gouvernementale de « déconstruire progressivement, loi après loi, ce
modèle social », reposant sur la solidarité, construit en 1945, dans le
but de « transférer la majorité des dépenses de santé de la Sécurité
sociale vers les mutuelles complémentaires ». Même constat de la part
du Ciss, collectif regroupant des associations d’usagers de la santé,
qui voit se poursuivre « le travail de sape de la couverture
solidaire ». « À ce train de réductions annuelles, calcule le Ciss,
l’assurance maladie ne couvrira pas plus de 50 % de nos dépenses de
santé en 2025. » Le secteur de l’assurance privée verrait son marché
élargi d’autant. Lors du dernier congrès de la Mutualité, en juin,
Nicolas Sarkozy a affirmé son intention de confier aux complémentaires
une part croissante de la couverture maladie. En passant allègrement
sur le fait qu’avec ces organismes, qu’ils soient à but lucratif ou
mutualistes, on quitte le principe de base de la Sécu, celui d’une
couverture garantie à tous, sans distinction de revenus.
pas de véritable débat
En menaçant de faire payer de nouveau les assurés, le gouvernement
tente d’éviter l’ouverture d’un véritable débat sur le financement de
la protection sociale. L’explosion du déficit est avant tout le produit
de la montée du chômage, qui assèche les caisses de la Sécu, mais aussi
des nombreux allégements et exonérations de charges sociales consenties
au patronat (près de 33 milliards d’euros cette année). En lieu et
place du nouvel impôt sur la maladie, d’autres ressources pourraient
être mobilisées pour assurer la pérennité de la Sécu. Mais la remise en
question des cadeaux fiscaux accordés aux plus riches, la taxation des
revenus financiers, ceux des traders et ceux des entreprises, des
actionnaires, réclamerait plus de courage politique que le choix de
faire payer l’assuré de base.
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