Les 4 vérités de Manu Chao
Dans
une interview exclusive à "l’HD", le Clandestino livre sa vision de la
crise, ses désirs et son impatience de chanter à la Fête de l’Humanité.
Le
Clandestino Manu Chao sera à la Fête de l’Humanité le 11 septembre.
Avant son concert, qui s’annonce exceptionnel, nous sommes allés à la
rencontre du chanteur dans sa ville, Barcelone. Autour d’un verre
(peut-être deux et plus), nous avons refait le monde.
En perpétuelle tournée dans le monde, Manu Chao est un oiseau
rare qui ne donne que peu d’interviews. Mais en ce mois d’été, il
tenait à nous rencontrer car, pour lui, passer à la Fête de l’Humanité
n’est pas une chose anodine. Rendez-vous avait été pris à Barcelone
dans le pittoresque quartier Gotico au bar Mariatchi, où Manu a ses
habitudes, aimant chanter et jouer de la guitare entre amis. À 18 h 30,
à l’heure dite, le rideau de fer de la devanture était à peine ouvert
lorsque soudain un homme en vélo arrive. Le Clandestino, que tout le
monde connaît ici, se déplace tranquillement et de manière très écolo à
bicyclette, dans les ruelles de la vieille ville catalane. La petite
salle du Mariatchi se remplit très vite. Alors, pour être plus
tranquille, Manu propose de se rendre dans un bistrot voisin. En fait
un ancien bar musical naguère tenu par une Andalouse où se produisaient
des musiciens gitans. Il commande « una cerveza » (bière), moi « una
agua con gas » (eau gazeuse) et nous voilà partis pour deux heures de
conversation par 30 degrés à l’ombre. Une soirée inoubliable qui se
poursuivra jusque tard dans la nuit. Ce soir-là, Manu Chao paraissait
heureux de se livrer à « l’Humanité-dimanche », se remémorant son
concert de 2001 sur la grande scène qui avait réuni plus de 60 000
personnes : « Un concert historique », se rappelle Manu tout sourires.
Huit ans après, le chanteur sera de nouveau à la Fête en septembre pour
un show qui promet d’être tout aussi exceptionnel. Entretien.
HD. Vous
nous recevez à Barcelone où vous habitez depuis dix ans.
Qu’est-ce qui vous fait vibrer dans cette ville ?
MANU CHAO. J’aime ses quartiers.
J’aime le brassage des gens qui passent par ici. Il y a une vie, même
si en ce moment la situation est difficile. On est en train de les
perdre nos quartiers. C’est une bataille
perdue…
HD. Comment cela ?
M. C. Le Gotico, un quartier par
tradition ultrapopulaire,
devient invivable. La population est en train de changer. Les loyers
sont hors de prix. Tous les bars sont vendus pour faire des trucs un
peu branchés pour touristes. Il y a toute une vie qui disparaît. On
sait qu’on va perdre la bataille parce qu’en face il y a tellement de
pognon… On
ne peut pas lutter contre l’immobilier. Les villes, c’est toujours des
cycles. En tant que Parisien, ça a toujours été mon problème avec
Paris, qui vit d’un cycle merveilleux que la ville a eu dans les années
1930. Depuis, zéro. La ville a encore l’aura de tout ce qui s’est passé
durant cette période où culturellement c’était extraordinaire. J’aurais
adoré vivre ça. À Barcelone, il y a eu une culture fantastique dans les
années 1960-1970. Ce quartier Gotico était incroyable. Barcelone est un
port.
Il faut lire Jean Genet qui décrit très bien tout ce qui s’est passé
dans ces ruelles, pour le meilleur et pour le pire. Lui, dans son
délire, il a adoré. Tout le côté interlope, il y a eu une culture
apache qui donne le vertige. À 18 ans, quand je suis arrivé pour la
première fois, j’ai passé des mois dans les bouges, à louer des
piaules, à traîner ici. Le premier
album de la Mano Negra, je l’ai écrit dans ce quartier. Ça n’a rien à
voir avec ce que c’est devenu. Le drame, c’est que les véritables gens
qui
y habitent sont obligés de partir à 30 km d’ici. Il y a toute cette
hypocrisie des gens de la mairie. On ne les comprend pas. Ils sont très
durs avec la vie artistique non contrôlée. En même temps, tous les
dépliants publicitaires vantent la vie de bohème de Barcelone. La
réalité, c’est des flics toutes les cinq minutes avec confiscation
d’instruments. C’est une politique ultraréactionnaire d’une mairie qui
est de gauche.
HD. N’est-ce pas un phénomène général aux grandes villes ?
M. C. On vit également ça dans les
grandes villes européennes et
latino-américaines. À Paris, j’ai vécu ce processus à Ménilmontant, rue
Oberkampf… Les centresvilles valent du pognon. Avant, ils étaient
populaires parce que les bourgeois aimaient vivre en dehors de la
ville. Maintenant, ils veulent reprendre les centres. Ils y arrivent
parce qu’ils ont l’argent : ils achètent ce qu’ils veulent.
Aujourd’hui, on voit les Allemands, les Anglais acheter à Barcelone.
HD. Est-ce à dire que vous envisagez de quitter Barcelone ?
M. C. Je ne me pose pas la question.
Mon réseau social est ici, dans d’autres villes aussi, mais à
Barcelone, j’ai mes bases. Je n’en suis pas encore au point d’être
dégoûté et de partir. Ce serait un peu facile. C’est encore vivable,
mais c’est très décevant. Avec mes potes, on est triste de voir comment
les choses tournent. La lutte est difficile, car il faut se battre
contre quelque chose d’administratif où on vous promène de bureau en
bureau. Beaucoup d’habitants ne peuvent pas avoir d’avocat sur cinq-dix
ans. Cela dure comme ça, puis les gens se fatiguent.
HD. Dans quel pays aimeriez-vous vous retirer ?
M. C. Une prémonition. J’ai
l’intuition que je vais mourir en Chine. Est-ce un message subliminal ?
Je pense que je vais mourir à Shanghai, ville où je ne suis jamais
allé. J’ai tellement d’endroits où je me sens à la maison que c’est mon
problème. C’est dur parce que je ne peux pas être partout à la fois.
J’aime profondément Barcelone. La ville où je me sens le plus à la
maison, il n’y a pas de doute, c’est Rio. J’aime cette ville où je me
sens mieux qu’à n’importe quel endroit au monde. J’ai mon
quartier là-bas où je vis un peu tous les ans durant un mois. J’espère
un jour y vivre un peu plus.
HD. On sent que vous aimez cette vie de nomade…
M. C. Quand je relis mes premières
chansons écrites quand j’étais adolescent, les trois quarts parlent de
ficher le camp. C’était une obsession que de quitter Paris. Je l’ai
fait.
HD. Vous avez pas mal bourlingué. À 48 ans, n’avez-vous pas envie de vous poser ?
M. C. C’est une
question. Je
voudrais me poser parce que je veux devenir docteur (rires).
J’aimerais
faire des études de médecine, d’acupuncture. Cela
me passionne. Je me
dis qu’il va falloir que je me pose au moins un an ou deux pour
suivre
des études sérieusement. Je voudrais être
chiropracteur ou un truc dans
le genre. Il y a différentes techniques intéressantes. Un
jour, je veux
arriver à cela. Pour le moment, ce qui me bloque, c’est
que je suis
encore passionné par la
musique. Je l’étais à 18 ans quand les
débouchés étaient d’à peine 1 %.
Aujourd’hui, c’est 1 000%. Je peux faire un million de
choses
passionnantes dans la musique, avec laquelle je n’en ai pas
encore
fini. Le groupe Radio Bemba avec lequel je tourne dans le monde entier
est terrible et puis j’adore écrire des chansons…
Je suis arrivé d’une
certaine manière à une maturité dans mon
apprentissage de musicien,
même si j’ai encore beaucoup à apprendre.
Aujourd’hui, je pense pouvoir
dire que je suis musicien. Dans n’importe quel bistrot où
il y a une
guitare, je sais me défendre. C’est pour ça que je
continue.
HD. On ne vous savait pas attiré par les techniques de manipulations thérapeutiques…
M. C. C’est le côté apprentissage
d’hygiène de soi. J’ai eu une chance énorme, c’est d’avoir grandi en
France et d’être allé à l’école laïque et républicaine. C’est une
chance, même si aujourd’hui
c’est de plus en plus n’importe quoi par manque de budget. Mais il y a
une chose que je reproche, c’est qu’à l’école on ne nous a jamais
appris à respirer, à faire attention à l’équilibre mental et
physiologique. Des choses très simples. C’est un cheminement que j’ai
dû faire seul. Si on m’avait appris cela à l’école, je serais déjà
docteur ! Tout passe par la
respiration. Moi, le jour où j’ai appris à respirer, je suis devenu un
autre homme.
HD. C’est une sorte de yoga…
M. C. Ça peut avoir mille noms. On
peut l’appeler yoga. Pour certains, c’est la prière. Moi, ma prière,
c’est la respiration qui libère les énergies. En tant qu’athée, j’ai
trouvé ma prière : je respire. C’est apprendre à écouter son corps et
analyser soi-même ce qui va ou pas. On ne nous apprend pas à ne pas
tomber malade, ce qui est la base de la médecine chinoise. Tout le
contraire de la médecine occidentale qui essaie de soigner une fois que
la maladie est là. C’est le problème de fond.
HD. Votre philosophie fait-elle suite à des rencontres en particulier ?
M. C. À nombre de rencontres, dont
les premières ont eu lieu en Amérique latine. L’Afrique m’a appris
également des choses extraordinaires làdessus. La maladie, la
dépression, je suis passé par là. J’ai vécu cette maladie occidentale
dont je me suis sorti. Mes décisions, je les prends à l’instinct. Le
jour où je l’ai perdu, je suis tombé
malade. J’avais perdu les pédales en étant trop dans le rationnel.
HD. L’Espagne est parmi les pays les plus touchés par la crise. Est-ce que vous ressentez cela au quotidien ?
M. C. Je le sens vraiment. La plupart
des jeunes des quartiers n’ont pas de travail ou alors ils ont des
boulots précaires. L’Espagne est le pays qui a le plus morflé, c’est
certain.
HD. Dans
ce contexte, le fait que le Real Madrid embauche des joueurs
d’exception à prix d’or, y voyez-vous un scandale ou
une
logique de marché ?
M. C. Ce qui est encore plus sordide,
ce sont les entreprises qui licencient des milliers de gens alors que
le patron s’en va avec un parachute doré. L’histoire du Real, ce n’est
pas terrible, mais ça ne change rien à ce qui se passe dans toutes les
entreprises du monde. Je ne vois pas la différence entre Ronaldo et le
patron du Crédit lyonnais. Il ne faut pas tomber des nues.
HD. Comment
réagissez-vous lorsque vous voyez que de futurs chômeurs d’entreprises
en France imaginent tout faire exploser avec des bouteilles de gaz ?
M. C. On arrive aux limites de
la
démocratie. Si le patronat est sauvage, il n’y a pas de
raison que les
ouvriers soient des anges. Quand les patrons délocalisent,
personne
n’en parle. Quatre ouvriers qui
prennent leur patron en otage, c’est aussitôt :
« ça ne se fait pas ».
Mais, ce qui ne se fait pas, c’est ce que fait le patronat.
S’il ne
veut pas se faire kidnapper, qu’il arrête de kidnapper des
milliers de
familles. Ils ne peuvent pas se comporter comme des délinquants
et
demander que les ouvriers se tiennent sages. On n’a pas le droit
de
demander cela. Combien y a-t-il d’exemples de
délocalisation où les
gars sont partis avec la caisse, les fichiers, etc., laissant les
ouvriers sur le trottoir et
disant : « maintenant, c’est à
l’État de se débrouiller et de payer ».
C’est des délinquants. S’ils se comportent comme des
gangsters, il ne
faut pas s’étonner qu’ils soient traités
comme tel.
HD. Autrefois
on rêvait de « changer le monde ».
Aujourd’hui les choses paraissent beaucoup plus difficiles…
M. C. Quand on avait 20 piges, on
était dans une génération qui avait plus de chances qu’aujourd’hui. On
était peut-être plein d’illusions,
mais, au moins, on avait la chance de pouvoir y croire. Ce qui est
terrible pour la jeunesse d’aujourd’hui, c’est qu’elle n’a même plus
cela. Nous, on croyait qu’on allait changer le monde. Moi, j’en suis
revenu à l’idée : essayons déjà de changer le quartier. C’est dur pour
les mômes de
20 ans aujourd’hui, plus dur que pour nous à l’époque. On avait une
certaine naïveté poétique, qui était certainement plus facile à vivre.
C’est dur pour eux d’être forts mentalement et de chercher la
positivité. C’est pourquoi je pense que le tissu associatif est très
important, primordial. Je milite pour l’idée de travail au niveau du
quartier.
HD. Comment vous tenez-vous au courant de la marche du monde ? Êtes-vous un consommateur de journaux ?
M. C. J’adore lire la presse. Le
café, le matin avec le journal, c’est un vrai plaisir de la vie. Je
suis d’une génération qui s’est construite avec la lecture des
journaux. Maintenant, il y a Internet et lire le journal
sur le comptoir, le môme de 15 ans, il s’en fout. C’est générationnel.
Aujourd’hui, le journal, y compris dans le bistrot, c’est la
télévision. Avant, on commentait les infos du papier, maintenant les
commentaires se font sur les news du journal de 20 heures. C’est
virtuel. Ça ne veut pas dire que le travail de journaliste soit
terminé, c’est juste le support
qui change. C’est le même problème dans la musique. L’informatique a
tout révolutionné.
HD. On
parle beaucoup de piratage Internet et de la loi HADOPI, mais très peu
du financement de la création culturelle. Ne pensez-vous pas que les
fournisseurs d’accès à Internet (FAI - NDLR) devraient participer à son
financement ?
M. C. C’est évident. Il y a une
grande hypocrisie de la part de l’industrie de la musique qui nous
bassine depuis 5 ans avec le piratage. Si ce n’est pas eux, ce sont
leurs cousins qui s’enrichissent à vendre
à la jeunesse du monde les machines pour pirater les musiciens. Les
portables, les MP3, les iPhones… c’est une industrie lourde qui est en
train de bouffer l’autre. Qui vend les machines pour pirater ? C’est
eux-mêmes. Le débat est d’une hypocrisie démentielle. Quant aux FAI, il
y
a quelque chose à réguler de ce côté-là, c’est sûr. Ceux qui vendent
des machines à pirater du MP3 gratuitement sur Internet devraient
payer. Au
bout d’un moment, je pense qu’ils vont céder. Sauf que la petite
machine, au lieu de coûter 30 euros, elle en coûtera 40. C’est le
public qui va payer. C’est là que ce n’est pas juste. L’avantage des
avancées technologiques, c’est que faire une création soi-même et à
bien moindre prix qu’il y a 20 ans, c’est évident que c’est arrivé.
Après, le problème,
c’est comment vendre sa musique. Diffuser, c’est facile avec Internet,
mais vivre de son travail, quand on a enregistré un album, ça
mérite au moins de pouvoir se payer le plat du jour. Là, ça devient
délicat. Donc, ça passe par des utopies, une sorte de charte utopique
entre le public et les musiciens.
HD. De
ce point de vue, on peut télécharger gratuitement
l’album de la radio Colifata avec laquelle vous avez
récemment travaillé…
M. C. C’est en ligne effectivement.
On trouve l’album uniquement sur le site Internet vivalacolifata.org,
où on peut télécharger le disque. À côté, il y a un compte si on veut
donner un peu d’argent et aider la Colifata, une radio qui est
autogérée par les internes d’un hôpital psychiatrique en Argentine,
l’hôpital Borda. Elle émet depuis 15 ans. Cela fait des années que je
travaille avec eux et là, c’est le deuxième projet artistique que nous
sortons ensemble. Le premier avait été
vendu par les musiciens de rue à Barcelone il y a 5- 6 ans et le
deuxième a été mis en ligne comme ça.
HD. En quoi est-ce important pour vous de participer à cette aventure musicale ?
M. C. Avec ces gens-là, ça été une
rencontre extraordinaire. De véritables profs de lucidité. Ce sont des
gens qui ont des problèmes psychiatriques, que la société considère
comme fous. Je les ai rencontrés par le hasard de la vie et j’ai
sympathisé de manière formidable. Leurs réflexions sur la société m’ont
aidé énormément à réfléchir. Ils ont une force de synthèse qui est
vertigineuse sur n’importe quel sujet, l’amour, la guerre en Irak… Ça
m’a aidé à simplifier tout dans ma vie.
HD. On
vous reproche parfois votre côté
« contestataire du système » qui gagne de
l’argent. Comment vivez-vous cette situation ?
M. C. Il est évident que je suis dans
un système qui ne me convient pas et dans lequel je ne me sens pas
heureux dans l’absolu. J’ai eu de la chance d’avoir eu une bonne
étoile. J’ai énormément
travaillé aussi. C’est totalement assumé. Quand des gens me croisent
dans la rue et me disent « Manu, tu as tout pour être heureux », par
rapport à beaucoup, c’est absolument vrai. Mais, je ne suis pas heureux
au regard de tout ce qui se passe dans le monde. Ce serait être heureux
d’une manière égoïste. Je pourrais très bien aller me planquer
sur une plage, vivre juste de quelques poissons, d’un peu de riz tout
en jouant de la guitare dans le bouge du coin. Je le fais de temps en
temps pour ne pas perdre mon équilibre. Le problème, c’est qu’au bout
de quinze jours, j’ai la crise existentielle. J’ai comme une espèce de
mauvaise conscience, je suis plein de remords. Le bonheur du lagon
bleu, intellectuellement, je ne suis pas capable de le vivre. Ce serait
injuste et présomptueux de ma part de dire que je vis hors de la
société. Ce serait bidon, ridicule. Comme tout le monde, je suis dans
ses règles, c’est évident. En même temps, je crois que la véritable
révolution aujourd’hui, c’est le potager. Au-delà de la musique, pour
moi, c’est la seule manière de commencer à vivre en dehors de la
société.
HD. Le retour à la terre ?
M. C. Le seul truc où on peut
vraiment emmerder la société globale dans laquelle on vit, c’est de ne
pas entrer dans le cycle de la consommation. Dès qu’on entre dans le
système du business, on est
bon à prendre. Personnellement, je n’entre que très peu dans le monde
de la consommation. Je n’ai pas de voiture, j’ai mon vélo : ça me
suffit largement. Si j’ai besoin, je prends le métro, un moyen de
transport que je kiffe, qui me fait rencontrer plein de gens. J’adore
le métro de Paris
bien plus que celui de Barcelone, que j’utilise de temps en temps.
C’est comme les objets que j’aime garder. Ainsi, cette chemise que je
porte aujourd’hui, elle a plus de 15 ans. Je crois qu’elle est sur une
photo de l’album « Clandestino ». C’est un peu la honte, mais j’ai un
rapport profond avec cette chemise. Tant qu’elle n’est pas complètement
foutue, ça me fait du bien de la porter. Quand j’étais ado, je suivais
les modes. Ça me vient peut-être de mon apprentissage un peu mystique
des choses – et l’Amérique latine m’a aidé là-dessus. Mon vélo ? C’est
mon pote. J’ai une moto qui est là, à côté du bar où on se trouve. Je
l’ai
depuis 20 piges, j’ai tellement voyagé avec elle que jamais je n’en
changerai. C’est physique. Même un ordinateur, il sent les bonnes ou
mauvaises vibrations. C’est con à dire, mais c’est vrai. Je pense que
le rapport à l’objet est super-important.
HD. Vous
enregistrez des sons un peu partout dans le monde avec votre studio
mobile. À partir du matériau que vous avez
engrangé,
avez-vous une idée de la couleur musicale de votre prochain
album ?
M. C. J’ai plein de rumbas que j’ai
jouées dans tous les bars d’ici. Je commence à enregistrer un album qui
n’a aucune nouveauté puisqu’il est sur Internet depuis longtemps. Tout
le monde m’a enregistré dans tous les bars de la planète. Tous les mecs
qui me suivent connaissent ces chansons par coeur. Je suis en train de
l’enregistrer à la propre. C’est intéressant de voir comment ça se
passe avec Internet maintenant. Avec « Radiolina », c’était passionnant
parce qu’il y avait pas mal de chansons que j’avais dans mon studio,
que j’avais chantées dans les bistrots. J’avais l’écho de pas mal de
musiciens de rue qui me rapportaient quelle chanson le public aimait ou
pas. Cela s’est avéré juste. « Me Llaman Calle » a eu très tôt un bon
feedback. C’est une
chanson qui a touché le coeur des gens.
HD. Un message pour tous ceux qui viendront vous voir à la Fête de l’Humanité ?
M. C. Rendez-vous à la Fête de l’Huma
et on se retrouve après à la buvette pour refaire le monde ! La barre
est haute parce que la dernière fois ( en 2001 ndlr) ça été historique.
C’est un concert qui a
marqué,je crois.Ony retourne avec un grand plaisir. Je suis heureux de
revenir. Sinon, pour les années qui viennent, courage à tout le monde
parce que ça ne va pas être simple. Il faut arrêter de croire qu’une
fois que les autres auront gagné les élections, cela va s’arranger en
deux jours. Le problème est beaucoup plus profond que cela. Il va y
avoir de la casse, des turbulences surtout pour les gens qui n’ont
rien. Il faut se serrer les coudes avec le voisin, parce que là au
moins on se connaît.
Ce n’est pas du bla-bla avec un intermédiaire qui est la télévision.
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