Le monde agricole entraîné dans la spirale de l'endettement

Victimes des chantages orchestrés par la grande distribution, les paysans produisent plus pour rembourser leurs banques que pour dégager un revenu. Au risque de sombrer.

Deux chiffres illustrent les difficultés que rencontrent l’immense majorité des paysans. En un an, toutes denrées confondues, les prix agricoles ont baissé de 15,6°%. Dans le même temps, les prix des produits alimentaires vendus en grande surface ont augmenté de 0,2°%.

Le fait est là : appliquée depuis janvier 2009, la Loi de modernisation économique (LME) voulue par Nicolas Sarkozy n’a pas rendu de pouvoir d’achat aux consommateurs. Elle a, en revanche, accentué le pouvoir de la grande distribution de piller leurs fournisseurs afin d’obtenir des rabais qui ne servent, au final, qu’à augmenter leurs marges. Les exportations étant par ailleurs freinée par la récession mondiale, les transformateurs ont beau jeu de faire chuter les cours à la production, y compris en accroissant les importations de matières premières. Aucune filière n’est épargnée : lait, viande bovine, ovine et porcine, volaille, céréales, vin, fruits et légumes d’été ont connu une chute des prix forte et durable qui met dans le rouge les comptes de plusieurs dizaines de milliers d’exploitations. Viticulteurs et producteurs de fruits et légumes cumulent même plusieurs années de déficit depuis 2005.

Des milliers de paysans vont devoir quitter le métier

Il en résulte un processus d’endettement qui fragilise un nombre croissant d’exploitations. Produire avec un taux d’endettement trop élevé, c’est travailler pour rembourser la banque sans dégager de revenu. C’est aussi augmenter ses coûts de production, pour être finalement moins compétitif au sein du marché commun agricole. Cet endettement croissant d’un nombre toujours plus grand des paysans français va déboucher sur des résultats économiques désastreux et des situations sociales tragiques. Des milliers de paysans vont devoir quitter le métier. Depuis plus d’un an, l’excédent de notre balance commerciale en produits agricoles et alimentaires se réduit comme une peau de chagrin. Car les parts de marché perdues par les paysans contraints d’abandonner le métier ne sont jamais entièrement reprises par ceux qui restent. L’addition de ce gâchis humain et matériel sera également salée pour le consommateur, qui y perdra sur les prix autant que sur la qualité des produits.