Les décisions de notre Conseil national sont très
attendues. Par les communistes bien sûr. Mais aussi par beaucoup
d’hommes et de femmes qui vivent l’urgence d’une alternative aux
politiques régressives et liberticides de Nicolas Sarkozy et qui
cherchent un espoir à gauche.
Nous allons donc débattre, voter et soumettre ainsi une
proposition politique nationale aux communistes. Ils et elles vont en
débattre. La clarté de ce débat, la transparence de la consultation des
adhérent-e-s permettront que toutes et tous - quelles que soient les
options qu’ils aient portées - s’engagent sur une grande campagne
populaire et dynamique pour les élections régionales.
Cette offre nationale intervient au cœur d’une crise
sociale, démocratique, écologique sans précédent, dans des rapports de
forces politiques de plus en plus mouvants, et dans un combat de classe
exacerbé.
Nos travaux,
j’en suis sûre, seront au niveau. Un peu de ce qui va se passer, autant
dans les luttes aujourd’hui que dans les urnes en mars, va dépendre de
la qualité, de la portée de notre initiative politique, de sa capacité
à recréer une dynamique à gauche.
Nous pouvons dès maintenant offrir un appui aux luttes,
certes par la crédibilité de nos propositions mais aussi par celle de
notre démarche de rassemblement.
Nous pouvons porter une proposition qui permette de
barrer la route des régions à la droite en donnant à voir d’une
nouvelle ambition à gauche pour celles-ci.
Et enfin nous pouvons créer une dynamique populaire
autour d’un projet novateur qui permette demain de mettre en place une
autre majorité dans notre pays. Une autre majorité apte à répondre aux
urgences du quotidien, comme aux enjeux de dépassement du système en
crise.
I. Le contexte politique
La situation internationale
Dans quel contexte devons-nous travailler à cette offre
politique ? Vingt ans après la chute du mur de Berlin- et nous
tiendrons à ce sujet une initiative sur le thème « Et maintenant ? » le
9 novembre - notre monde vit des bouleversements sans précédent. Et
tout montre que les peuples, en particulier ceux que les logiques
libérales ont installés dans la pauvreté, vont payer le prix fort.
Faire valoir les intérêts des femmes et des hommes que le capitalisme
en crise asservit toujours plus, être de celles et ceux qui cultivent
les « fleurs de la désobéissance » face à l’ordre établi de la classe
dominante, porter haut et fort le projet de libérer demain notre monde
de l’exploitation et de toutes les dominations est un combat plus que
jamais d’actualité, il est le nôtre.
Et notre offre politique doit se situer au niveau de ces enjeux.
Au niveau du défi à relever face à la tromperie des
dirigeants du G20 qui, dans leur déclaration finale s’exclamaient « ça
a marché ! » en saluant leurs mesures pour sauver le système financier
international. En fait, toutes les conditions de rechute sont réunies
car les gouvernements ont fait le choix de mobiliser l’argent public
pour la spéculation et de laisser courir toutes les logiques en place.
Face à cette attitude mortifère pour le plus grand
nombre, portons l’exigence de nouveaux rapports sociaux pour répondre
aux besoins humains et faire respecter les droits de chacune et chacun.
Portons l’idée que la clé du changement passera partout par une
formidable avancée de la démocratie, des libertés.
Portons l’idée qu’elle réside aussi dans une autre
utilisation de l’argent, qu’il est urgent de soumettre les aides
publiques et le crédit à des critères sociaux et écologiques.
Portons l’idée qu’il est urgent d’inventer une nouvelle
façon de produire, de concevoir le travail, la gestion des entreprises.
Redonnons à voir du besoin d’intervention publique.
Dans quelques semaines aura lieu le sommet de
Copenhague. La sécurité alimentaire, l’accès à l’eau ou à la terre sont
gravement menacés et des centaines de millions de personnes risquent
d’être poussées à l’exode.
Tout annonce pourtant que la France ne sera pas à
l’avant-garde de ce sommet. Nous avons, dans plusieurs ateliers,
travaillé des réponses alternatives. Faisons-les connaître !
Le monde dans lequel les capitalistes nous entraînent est aussi celui de guerres meurtrières comme en Afghanistan.
Après trente ans de guerre, ce pays est aujourd’hui
ravagé, l’échec de la coalition de l’OTAN est patent. Il faut continuer
d’exiger, plus que jamais, le retrait des troupes de l’OTAN et la
création d’une nouvelle force internationale sous l’égide de l’ONU
visant, avec les Afghans, à la reconstruction de ce pays.
La situation en Afghanistan et celle au Proche-Orient
illustrent quotidiennement dans la violence et la guerre, dans
l’injustice permanente à quelles impasses tragiques les politiques de
force et le mépris des droits des peuples peuvent conduire, jusqu’aux
crimes de guerre, comme à Gaza, en janvier dernier.
« Les grands de ce monde » poursuivent le pillage de
l’Afrique et l’enferment dans les pandémies, la faim et les conflits
meurtriers. Le danger de la prolifération du nucléaire militaire reste
prégnant. Comme nous l’avions souligné lors de la désignation de Barack
Obama comme prix Nobel de la paix, le chantier est vaste pour honorer
ce prix.
Crise systémique, dérèglement climatique, montée en puissance des
conflits...Tout commande d’agir tout à la fois pour favoriser les
conditions d’une maîtrise démocratique, publique et multilatérale du
développement sur le plan mondial, pour rendre les ressources
naturelles bien commun de l’humanité, pour relancer vraiment le
désarmement, pour réunir les conditions sociales qui rendront solides
la sécurité, la paix et le développement durable.
Ce sont ces combats que la gauche française doit
porter, notamment pour que l’Union européenne joue un rôle positif pour
les peuples.
La situation française
Ces combats prennent racine aussi dans la réalité
française.
60 milliards d’euros : ce chiffre représente les bénéfices nets des
groupes du CAC 40 cette année ! 700 000 : c’est le nombre
supplémentaire de chômeurs que comptera la France en décembre. Les
salariés, contrairement aux discours du Président de la République, ont
été purement et simplement abandonnés aux appétits du capital. Les
banques, elles, bien nourries par le même, commencent déjà à rembourser
et continuent à boursicoter !
Si beaucoup d’entreprises sont réellement étouffées par
le rationnement du crédit ou le poids de la charge financière,
certaines n’hésitent pas à profiter de la crise pour fermer des sites.
La productivité demandée aux salariés augmente sans cesse pour une
rentabilité à deux chiffres. Négation des missions, des métiers, des
services rendus, de l’utilité du travail, cette régression généralisée
contre le monde du travail dans toutes ses composantes est source de
souffrances individuelles et collectives dont le drame de la série de
suicides est un révélateur.
A ces souffrances s’ajoutent celles de la baisse du
pouvoir d’achat des salarié-e-s et des retraité-e-s, la non-réponse à
l’évolution des besoins en terme d’accès au logement, la violence de la
précarité, l’extension de la misère ou l’énorme pression rétrograde sur
les droits des femmes repérable notamment dans les atteintes au droit à
l’IVG. Cette souffrance se traduit dans une profonde colère, une
contestation des choix gouvernementaux, toutes les enquêtes d’opinion
l’indiquent.
Les difficultés s’accumulent pour le pouvoir en place.
Le mépris de classe affiché envers la consultation sur La Poste,
l’ersatz de réforme du lycée, l’impopularité de la taxe carbone, les
critiques émises par des élus de tout bord sur la suppression de la
taxe professionnelle, ou sur la réforme des collectivités, l’ampleur de
la colère autour de l’opération de l’EPAD... Tout cela est révélateur
d’un ras-le-bol.
La droite avait tablé sur une rentrée résignée. Elle
n’a eu de cesse de criminaliser l’action syndicale : des dizaines de
salariés devant les tribunaux, 200 agents d’EDF-GDF devant les conseils
de discipline. Mais malgré cela la mobilisation populaire et citoyenne
est au rendez vous.
Dans tous les ateliers, les représentants de « l’appel des appels » ont
donné à voir de la dynamique de leur mouvement.
Les salariés privés de papiers ont relancé une grève.
L’opinion publique s’est
mobilisée avec force contre le « petit
ministre » et son charter.
Le 17 octobre la manifestation unitaire pour les droits
des femmes a été une réussite et a permis de saluer le recul du
gouvernement sur les retraites.
Les luttes dans les entreprises privées contre les
licenciements ont remis sur le devant de la scène, comme l’a montré la
puissante manifestation du 22 octobre à l’appel de la CGT, une question
qui était passée aux oubliettes du modernisme : le besoin d’une
politique industrielle.
La montée en puissance des mobilisations à la SNCF, au
Pôle emploi ou dans la fonction publique ont remis à la une la question
des services publics et du rôle de l’État mis à la poubelle de la libre
concurrence ou de la RGPP.
Toutes ces mobilisations ont posé également la question
de l’intervention des salarié-e-s dans la gestion des entreprises
publiques et privées face à la carence de ceux qui aujourd’hui
détiennent ces pouvoirs. Des salarié-e-s et des citoyen-ne-s. La
votation citoyenne pour La Poste a marqué leur disponibilité.
Plus de 2 millions de personnes se sont déplacées,
souvent en famille, pour voter. Je veux ici saluer l’engagement aux
côtés des autres militantes et militants, des communistes, de nos élus.
Ce vote montre que lorsque les objectifs qu’on se fixe
sont clairs, quand les gens ont le sentiment qu’ils peuvent peser,
quand toute la gauche est en mouvement, la dynamique populaire est
alors au rendez-vous.
Ce vote réinstalle la légitimité du côté du peuple. Il
permet d’inventer une articulation inédite entre les partis, les
syndicats, les mouvements et associations, les citoyens eux-mêmes… Nous
avons de nouveau rendez-vous ensemble lors de la semaine d’action du 31
octobre. Les parlementaires de gauche ont pris des initiatives.
Ensemble, nous allons poursuivre la mobilisation pour empêcher le
changement de statut et obtenir un référendum.
Ce qui s’est passé autour de la
votation, travaillons maintenant à le construire autour
d’autres objectifs.
Je pense, dans l’actualité, à la réforme des
collectivités territoriales. Ce projet a pour principal objectif la
réduction des dépenses publiques en centralisant les pouvoirs.
N’avons-nous pas, avec nos élu-e-s, leur association, à nous adresser
dès maintenant aux forces progressistes, aux syndicats, pour ensemble
interpeller les populations sous une forme qui sera décidée
collectivement. Cette initiative peut faire échouer le discours
populiste sur le coût des élu-e-s et nourrir de nouvelles exigences sur
la démocratie participative, les moyens pour les collectivités.
Je pense aussi à la suppression programmée du juge
d’instruction, phase ultime de la reprise en main de la justice ! Elle
vient s’ajouter à toutes les lois sécuritaires et liberticides, à la
dérive vers un pouvoir personnel.
Je pense à l’acharnement actuel du
Président contre
tous les médias qui ne lui sont pas acquis. Le
député UMP Benisti a
même été jusqu’à proposer
« une charte déontologique » sur la
liberté
de la presse.
Et d’autres échéances encore nous attendent pour
2010 : nouvelle mise
en cause des retraites, le fret... C’est pourquoi nous vous
proposons
l’édition d’un journal national sur le thème
« ce n’est pas à nous de
payer la crise » porteur des grandes propositions issues des
ateliers
et permettant la prise d’initiatives.
Car nous avons par la qualité de nos initiatives à
contribuer au développement des luttes. Des luttes qui butent sur des
obstacles : la précarité, la désespérance, la division organisée des
salariés. La construction de l’unité syndicale. Mais aussi, et cela est
directement de notre ressort, le déficit de projet et d’unité à gauche.
La recomposition politique à gauche
Alors que les attentes, les forces disponibles, nous le
voyons, existent pour construire une issue réellement à gauche, un
puissant séisme est à l’œuvre : Alliances au centre, primaires
ouvertes, affrontement irrémédiable entre deux gauches,
instrumentalisation de la question écologique à des fins de
recomposition... les fausses pistes ne manquent pas, au plan national
comme dans les régions, pour conduire les forces de gauche dans de
nouvelles impasses.
Ce séisme a des répliques dans tous les partis : si,
dans sa résolution du 22 octobre, le PS tente de clarifier son
positionnement sur les alliances en affirmant : « une fois seulement la
gauche rassemblée, nos listes pourront s’ouvrir au second tour à toutes
celles et tous ceux qui veulent se retrouver autour d’un projet de
gauche […] », il n’opère pas de clarification forte sur son projet.
Dans la rencontre que nous avons eu avec les Verts, ceux-ci ont donné
la priorité aux alliances à gauche mais n’ont pas exclu un second tour
avec le Modem. On voit de plus le leader d’Europe Écologie poursuivre
ses offres de rassemblements hétéroclites aux contours et aux objectifs
politiques très ambigus. Au nom de l’anti-sarkozysme, une nouvelle
initiative proposant un soi-disant « compromis historique du PCF au
Modem » se tiendra par ailleurs à Dijon. Le NPA, quant à lui, dans sa
dernière déclaration, dit, je cite, qu’« il faut enregistrer
qu’existent deux gauches dotées de programmes contradictoires qui
interdisent de gérer ensemble les régions ». Et pointe le PCF comme
l’obstacle à son concept de deux gauches inconciliables.
Lors de notre dernier congrès nous avions fait déjà le
constat des difficultés de la gauche et nous avions décidé d’œuvrer à
ce qu’une multitude de femmes et d’hommes, divers par les courants de
pensée dans lesquels ils se reconnaissent, par les organisations
politiques et sociales dont ils se sentent proches, soient suffisamment
unis et résolus pour rendre incontournables des changements dont ils
auront acquis la conviction qu’ils sont indispensables.
Et nous avions décidé pour cela de prendre le chemin
des fronts. Et depuis le congrès nous avons avancé dans cette voie avec
le Front de gauche aux européennes, la tenue des ateliers. Et
aujourd’hui nous allons débattre d’une nouvelle initiative allant dans
ce sens.
II Le bilan des ateliers
Alors, maintenant, examinons où nous en sommes et
quelle pourrait être, précisément, cette future étape. D’abord, quel
bilan des ateliers ?
Souvenons-nous, à la rentrée les primaires faisaient la Une. Mais
ensuite, l’écho donné lors de la Fête de l’Humanité à notre proposition
d’ateliers coorganisés par le Front de gauche est sans doute le reflet
de l’attente d’une proposition concrète permettant à la gauche d’enfin
travailler.
Cette satisfaction sur la démarche s’est traduite par
l’implication, par la qualité des contributions de la centaine de
personnalités du mouvement social, syndicalistes, animateurs de l’Appel
des appels, que nous avons sollicitée. Leur disponibilité est un
enseignement important que nous pouvons tirer.
A travers le travail des ateliers, nous pouvons dans
dix domaines (démocratie, utilisation de l’argent, emploi,
développement durable, services publics, industrie, alimentation,
éducation et recherche, libertés et droits, temps libéré) faire
ressortir dans les jours qui viennent trois, quatre propositions clés
qui pourraient être notre apport aux plates-formes partagées. Ces
propositions pourraient être le cœur du matériel national dont je vous
parlais précédemment.
Prenons quelques exemples. Sur la question de la
démocratie, nous proposons de nouveaux droits et pouvoirs
d’interventions des salariés à travers les comités d’entreprises. Nous
développons aussi l’idée de budgets participatifs pour les
collectivités. Sur la question de l’utilisation de l’argent, je pense à
l’arrêt des exonérations de cotisations sociales patronales, mais
surtout à la constitution d’un pôle public financier qui permette de
changer les critères du crédit, à la mise en place de fonds publics
régionaux que pourraient saisir les salariés à l’appui de leur luttes.
Nous voyons que nous ne manquons pas de propositions sur ces sujets. Et
sur d’autres comme la question du développement durable, nous pouvons
occuper des chemins peu empruntés comme celui d’une nouvelle façon de
produire. Je ne vais pas plus loin. Nous allons, à partir des ateliers,
mettre noir sur blanc tout cela.
Lors des ateliers, sur beaucoup de sujets, nos
propositions ont marqué par leur cohérence. D’autres propositions très
riches ont été avancées. Mais la confrontation sur les propositions ne
va pas de soi. Notamment, les forces politiques en sont trop souvent
restées à une vision globale en évitant les arrêtes de la
confrontation. Sur des points centraux comme par exemple la question
des contenus des nationalisations, la nouvelle étape d’une mobilisation
après la ratification du traité de Lisbonne dans le combat pour changer
d’Europe, mais également sur les institutions de notre pays ou sur les
ressources énergétiques...
Il faut maintenant que le débat se poursuive et
s’élargisse à beaucoup plus d’acteurs et d’actrices. Pour nous, ces
ateliers ce n’est pas un coup politique. C’est la voie pour avancer
concrètement à gauche. Nous allons continuer de solliciter les
intervenants de nos ateliers et nous adresser à d’autres qui peuvent
être aujourd’hui acquis à cette démarche.
En fait, nous devons être dans une sorte « d’ateliers
permanents » jusqu’au résultat. Et il faut à chaque fois chercher à
élargir leur caractère populaire.
III- L’offre politique nationale
A partir de ce travail sur le projet, quelle offre politique nationale de rassemblement ?
Les élections de mars prochain auront un
triple enjeu, comme le souligne l’offre politique que vous avez
reçue.
Le premier enjeu sera
celui des orientations politiques adoptées. L’ambition de Nicolas
Sarkozy est bien de faire des régions des relais, des amplificateurs de
sa politique. Nous devons au contraire en faire des pôles de résistance
et d’initiatives. Les majorités de gauche sortantes, le travail des
élus communistes dans ces régions ont permis dans un grand nombre
d’entre elles de réelles avancées. Mais ces bilans ne suffiront pas à
relever les défis à venir. La gauche doit construire, avec les
citoyen-ne-s, en s’appuyant sur la mobilisation et la créativité
sociales, des projets à la hauteur.
Le second enjeu est un
énorme enjeu démocratique. La droite veut engager une réforme des
collectivités qui n’est rien d’autre qu’une mise au pas.
Le troisième enjeu est
celui de l’alternative politique à gauche. Depuis des années, on nous
somme de choisir. Il faudrait soit renoncer à l’ambition d’un projet
transformateur, soit renoncer au pouvoir. Cela nous a souvent amenés à
apparaître comme le parti du « ni, ni » ou comme un parti incapable de
choisir. Nous avons pris cette question à bras-le-corps au congrès. Et
toute notre politique de rassemblement vise à refuser cette alternative
mortifère. Notre ambition est d’avancer en toutes circonstances, sur
tous les fronts, vers la construction de majorités capables de porter
des projets de transformation sociale.
En octobre 2008, nous avons concrétisé ces choix par
l’appel à un Front de gauche pour changer d’Europe. Les militants de
notre parti, du Parti de gauche et de la Gauche unitaire on su créer
une dynamique. En septembre 2009, nous avons repris l’initiative sur le
contenu du projet. Il s’agit pour nous, aujourd’hui, de prendre
l’initiative d’une nouvelle offre politique qui tire tous les bénéfices
de ce que nous avons déjà commencé à construire et qui soit d’un
contenu et d’une clarté suffisante pour mobiliser l’électorat populaire
qui s’est massivement abstenu lors des dernières élections.
Un appel à travailler ensemble
Nous pourrions ce week-end lancer un appel à toutes les
forces, à toutes les femmes et tous les hommes de gauche représentatifs
des courants politiques progressistes, comme du mouvement syndical,
social, associatif. Un appel à travailler ensemble, à ce que puisse
s’exprimer dans ces élections de la manière la plus forte et la plus
claire possible le besoin d’orientations politiques et de majorités
régionales résolument engagées à gauche.
Comme cela est indiqué dans la résolution, nous
pourrions proposer que « partout où les conditions peuvent en être
créées, où les forces disponibles existent, le Parti communiste propose
que ce travail commun débouche, autour d’objectifs et de projets
clairs, sur la constitution de listes de Front de gauche de large
rassemblement au 1er tour, qui, à
partir mais très au-delà des trois forces qui se sont rassemblées à
l’élection européenne (Parti communiste, Parti de gauche, Gauche
unitaire), permettraient de réunir toutes celles et tous ceux qui se
reconnaissent dans cette démarche. Ces listes pourraient s’ouvrir à des
forces nouvelles, et faire une large place à toutes les femmes et tous
les hommes, citoyens, militants du mouvement social, élus locaux, qui
dans leur diversité partagent l’urgence de cette démarche de clarté et
de rassemblement. Cette unité, cette diversité, cette large démarche de
rassemblement, tout en assurant la juste représentation des partis qui
l’initient et en s’appuyant sur leurs acquis électoraux, devront
s’exprimer dans la composition des listes, jusque dans le choix des
têtes de liste régionales et départementales. »
La résolution parle de conditions et de forces disponibles, c’est une
question que l’on ne peut pas évacuer. Tout ne dépend pas de nous et de
nos décisions, mais également du comportement et des choix de nos
éventuels partenaires. Nous devons partager les mêmes objectifs
politiques.
Pour réussir il faut en effet que ce rassemblement se
fasse sur des objectifs clairs. Attention danger : un rassemblement qui
reporterait à plus tard le règlement de questions qui sont
fondamentales risquerait d’imploser en cours de route ou de se
marginaliser dans une posture fermée. Si nous retenons cette
proposition politique, nous serons dans les semaines à venir confrontés
à de nombreuses problématiques. Pour les dépasser, il faut qu’il y ait
un cadre : c’est le sens des objectifs proposés dans le projet de
résolution :
Construire de la manière la plus ouverte et la plus
participative possible les projets régionaux clairement ancrés à gauche
que devront porter ces listes, et créer autour de ces projets les
conditions du rassemblement le plus large dès le 1er tour.
Tout faire au second tour pour empêcher la droite de
reconquérir les régions, et créer partout les conditions de majorités
régionales de gauche, avec l’objectif de porter dans ces majorités des
objectifs de transformation sociale réelle et si les conditions en sont
créées de travailler à leur mise en œuvre, jusque dans les exécutifs
régionaux.
Cela supposera de travailler sans ambiguïté au
lendemain du premier tour à la fusion des listes de gauche et
écologistes, donc à l’exclusion du Modem.
Tout faire pour élire dans ces majorités de gauche le
maximum d’élus à même de porter ces objectifs avec détermination durant
tout le mandat, en réélisant notamment le maximum de conseillers
régionaux communistes sortants, en favorisant la conquête de nouveaux
élus et nouvelles élues, communistes ou autres candidat-e-s de ces
listes.
Vous l’avez vu, à travers une série de communiqués ou
d’interviews, ces objectifs font l’objet de débats même entre les trois
formations initiatrices du Front de gauche des européennes. Il y a
plusieurs sujets.
D’abord, faut-il concevoir le Front pour les régionales en opposition
au reste de la gauche ? Où faut-il, au contraire, comme nous le
proposons, faire de ce Front un levier pour faire bouger le curseur à
gauche ?
Faut-il repousser les sujets qui fâchent au soir du
premier tour ? Ce serait, je pense, prendre le risque, par manque de
clarté sur nos objectifs, de détourner un certain nombre d’électeurs et
électrices de leur soutien. Ils veulent savoir où ils vont, si vraiment
le vote Front de gauche est un vote qui permet de battre la droite et
de créer les conditions d’une gestion de gauche à leur service.
Enfin faut-il, pour obtenir un éventuel accord du NPA,
faire l’impasse sur ce qui a fondé le Front de gauche, c’est-à-dire de
travailler à une majorité de gauche pour changer la vie ? Je ne le
pense pas. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à propos d’autres
projets d’alliance, on ne peut pas concevoir un projet politique que
dans l’addition de pourcentages électoraux. NPA plus Front de gauche
cela peut faire un bon résultat sur les machines à calculer. Mais en
fait cela ne marche pas si on ne partage pas une démarche, des valeurs,
un projet politique. Cela n’empêche pas de poursuivre le débat. Et de
s’adresser aux hommes et aux femmes qui se réfèrent à cette
organisation.
Cher-e-s camarades, cette offre politique que nous
avons débattue au Comité exécutif de lundi, a sa cohérence, même si
elle peut être améliorée. D’autres options vont certainement être
portées dans le cadre de ce débat. Ne cherchons pas à mélanger ou à
trouver un compromis qui réunirait tout cela. Assumons-les et
développons nos raisonnements. Chacun peut s’interroger. Les choses ne
sont pas si simples. Dans l’état de la gauche, dans l’état de notre
propre parti, avec son affaiblissement, la mise en œuvre de nos choix
de congrès n’est pas évidente. Et ces différentes options peuvent être
motivées par des objectifs convergents, battre la droite, avoir de
nombreux élus, mais également de créer un espoir solide à gauche.
IV- L’engagement militant
Cher-e-s camarades, nous allons dans les semaines à
venir vivre un grand débat dans le Parti. Si nous sommes d’accord sur
l’offre politique soumise dans le projet de résolution, il nous faut
quand même avoir un débat qui cherche à définir les obstacles à
surmonter, les conditions à remplir pour y arriver.
Menons ce débat avec pour objectif de construire une
solution à la souffrance populaire, menons-le en sachant dépasser le
secondaire, mais sachons avec nos partenaires viser l’essentiel, le
rassemblement sur une belle politique.
J’insiste car, de la qualité de nos débats, dépendra la
qualité et l’efficacité de notre campagne, de la campagne commune.
Des hommes et des femmes, divers par leur engagement syndical ou
politique, leur domaine d’activité, choisiront d’être sur une même
liste. Ce choix peut être source d’une incroyable richesse, cela
demande le respect mutuel et la reconnaissance de ce que représente
chacune et chacun.
Il faudra être audacieux, ouverts, dans la
composition
des listes. Cela demandera bien sûr une juste
représentation des partis
concernés, tant dans la composition de la liste que dans la
perspective
du nombre d’élu-e-s en rapports avec les acquis
électoraux. Mais nous
aurons besoin aussi d’une juste représentation de ces
hommes et de ces
femmes qui ont été partie prenante en tant que
syndicalistes, militants
associatifs, personnalités sociales ou politiques du travail des
ateliers ou qui, aujourd’hui, convaincus par cette
démarche, sont prêts
à s’y associer. Même s’ils n’ont pas
été de l’aventure des européennes.
C’est par cette diversité que nous pourrons irriguer la
population de
l’utilité du vote pour nos listes, que nous
mènerons une campagne
ouverte, de proximité, donnant à voir une ambition pour
nos régions et
pour le pays tout entier. Une campagne ouverte, c’est une
campagne
« grand ciel », qui élargit son horizon
à tous les domaines de la vie
des femmes et des hommes. Une campagne qui va chercher au plus
près de
la vie de chacune et chacun les raisons de leur vote. Une campagne qui
fait reculer l’abstention si chacun s’adresse à ceux
pour qui il fait
référence dans chaque quartier, sur chaque lieu de
travail, dans chaque
réseau de connaissance et d’amitié, de
militantisme. Une campagne qui
sache aussi faire parler d’elle, qui sache montrer
l’ambition de nos
listes.
Dans cette campagne, notre parti, par son implantation militante, ses élu-e-s, sera une clé de voûte.
A travers la préparation des conférences régionales, de
la consultation et ensuite dans la mise en œuvre des décisions prises
dans chaque région, notre premier objectif devra être d’associer
l’ensemble de nos 134 000 adhérentes et adhérents. Cela va demander de
concevoir des matériaux permettant une campagne de proximité. De savoir
tout au long de la campagne refaire le point avec eux et elles pour
évaluer en permanence ce qui se passe dans l’opinion, retravailler
l’argumentation.
Nous aurons, à partir du travail mené lors des dernières échéances
municipales, européennes, à rétablir le contact avec chacun des
électeurs et électrices qui nous ont fait confiance à ces moments-là.
Parmi les 5 000 adhésions réalisées depuis le début de l’année, dont 1
500 à la Fête de l’Huma, il y a de très nombreux jeunes. Menons un
travail spécifique avec eux en reconnaissant leur apport pour qu’ils
soient demain les relais indispensables parmi leurs proches. Beaucoup
de militants syndicaux nous ont rejoints, d’autres ont participé, à
partir de leurs expériences, au débat sur la construction d’une
perspective à gauche. Comment avec eux nous construisons notre campagne
dans les lieux de travail.
Vous le voyez, c’est un énorme effort de direction que
nous avons à animer d’ici le mois de mars. Cet effort commence bien sûr
par l’organisation de notre débat au plan régional. Cela passe par la
tenue dès la semaine prochaine des assemblées de section, des conseils
départementaux. Chaque adhérente et adhérent va recevoir un numéro
spécial de « CommunisteS » avec les travaux de notre CN et l’offre
politique.
Nous avons à veiller à construire des délégations aux
conférences régionales qui sont à l’image de la diversité des opinions.
La consultation arrivera très rapidement. Les 19, 20 et 21 novembre,
les communistes auront à se prononcer sur un bulletin de vote
comprenant : un rappel de l’offre politique nationale, la proposition
adoptée par la conférence régionale soumise au vote et si, la
conférence en fait le choix, une proposition alternative.
Chers camarades, nous pourrions organiser le 5 décembre
une grande initiative populaire de lancement de la campagne communiste
dans le cadre de ce Front, en lien avec la réunion des animateurs de
sections. Quelles que soient les décisions que nous allons prendre,
nous avons devant nous un chemin passionnant mais qui ne sera pas de
tout repos. Mais je crois que cela en vaut la peine.
Oui, cela vaut la peine de ne pas tarir l’espoir levé
parmi de nombreux hommes et femmes qui à gauche veulent retrouver
l’envie d’y croire, de se battre.
Oui, cela vaut la peine de rehausser la confiance
populaire en notre parti, dans sa capacité à agir et unir pour obtenir
des succès.
Oui, cela vaut la peine de reconquérir une influence sur la base d’une
efficacité démontrée pour faire gagner la gauche.
Aussi, je veux croire, cher-e-s camarades, que notre
CN, très attendu, je le disais, va nous aider à enclencher une
dynamique militante d’envergure, ouverte, rassembleuse et combative.