
Retraites, salaires, profits
14/09/2010
Dans cette France de 2010, cinquième puissance économique
mondiale, il y a les gens sérieux et il y a les autres. Parmi les
premiers, l’on peut ranger les éditorialistes du très patronal quotidien
les Échos qui, hier encore, parle des syndicats comme certains adultes
« responsables » à un enfant de cinq ans. Voyez-vous, ces « syndicats
font la fine bouche » devant les mirifiques concessions lâchées, tels
des bonbons à des gamins capricieux, par le pouvoir sur sa
contre-réforme des retraites. Dans le même camp se range le Figaro qui
déclame, lui, l’antienne de la terrible menace que constituerait
une augmentation des prélèvements sur les entreprises, au risque de
délocalisations et donc de réactions en chaîne sur l’emploi. Monté en
ligne, pour figurer au premier rang de tous, François Fillon, servi par
le service public d’information, jeudi dernier encore, ou qui, ce
week-end, martèle l’argument de la fatalité internationale puisque
« tous les pays ont pris acte du vieillissement ».
Et donc, il y a les gens qui ne sont pas
sérieux aux yeux de ce beau monde, du pouvoir et de
l’argent. Ils n’ont pas envie de passer leur vie à
la perdre ? Quelle folie ! Et voilà ces syndicats
qui offrent le front uni dont ont besoin les salariés pour
les défendre face à la régression en cours.
Ceux qui organisent cette dernière, forts de leur
domination sans partage, mais non sans quelques fissures, n’ont
donc que trois arguments, répétés à
satiété, et repris en boucle, sans recul ni
débat contradictoire. Mais comme les idées dominantes
dans une société sont toujours celles de la classe
dominante, comme le disait Marx en son temps, qui ressemble
furieusement au projet de société porté par cette
droite et cette bourgeoisie qui n’ont jamais
digéré le Front populaire et toutes les
avancées sociales conquises de haute lutte depuis, les arguments
« d’évidence » peuvent être une arme
efficace, lorsqu’ils s’appuient sur le sentiment de
fatalité.
Plutôt donc de redevenir
« sérieux » ou, c’est la même chose,
d’aller répétant « grève
générale, grève générale »
comme les cabris européens du Général
naguère, l’intersyndicale a décidé de porter
le fer à la fois dans les entreprises et auprès des
députés qui s’apprêtent à voter,
demain en première lecture, le projet Woerth-Sarkozy. Dans
l’épreuve de force désormais engagée,
l’après-7 septembre est aussi porté dans
l’opinion, comme l’indique le sondage que
l’Humanité publie aujourd’hui, par un soutien et un
espoir de plus en plus fort de voir les syndicats poursuivre leurs
appels à la mobilisation. Comme l’indique leur lettre
ouverte au chef de l’État, le profond sentiment
d’injustice nourri contre son projet est celui sur lequel
s’arc-boutent cette droite et ce patronat arrogants :
les bornes portées à 62 et 67 ans. Alors que
l’âge moyen de sortie du marché du travail est
de 58 ans. Alors que, retournant les effets de la crise contre ses
victimes, les grands groupes et entreprises précarisent
l’emploi comme jamais. Ils n’investissent pas, se
gavent de dividendes, dilapident fruits du travail et aides publiques.
Les seniors, les femmes et les jeunes sont les premiers
visés de ces choix, comme de ce projet de loi, qui placent un
pays comme la France en matière de taux d’emploi sous la
moyenne des 27 pays de l’Union européenne. C’est
dire combien les salariés ont besoin d’ancrer leur combat
dans leurs entreprises pour contester ces choix, comme pour
se donner
encore plus de force d’ici au 23 septembre.
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