Le Sarkozy-télé show

 

25/01/2010
Sur TF1, le président de la République animera une émission dont l’objectif est de rassembler l’électorat populaire de droite, mais, surtout, de défendre une cause : la sienne.

On n’est pas obligé de regarder TF1. Le président va faire un show chez ses amis de la télé privée : l’intelligence populaire n’y devait jouer que le rôle de faire-valoir, et la démagogie populiste se déverser à flots. Émission taillée sur mesure selon les convenances personnelles de l’hôte de l’Élysée, à l’étiage le plus bas dans les sondages. Mais en campagne électorale pour son parti, tout en contournant les contraintes de temps de parole. C’est pourtant durant une heure et demie que Nicolas Sarkozy occupera l’écran. Sa mission : rassembler son camp et, en particulier, la partie de l’électorat populaire qui a voté pour lui à la présidentielle mais qui a aujourd’hui de gros doutes. Á l’heure ou nous écrivions ces lignes, la télé sarkozyste n’avait pas encore pris l’antenne. On savait néanmoins que le chef de l’État doit apparaître dès le journal de 20 heures, présenté par Laurence Ferrari pendant une quinzaine de minutes.
Le point culminant de l’opération venant ensuite. Nicolas Sarkozy fera mine de répondre au tac au tac aux questions posées par une dizaine de personnes choisies par la chaîne mais ayant obtenu l’onction présidentielle depuis plusieurs jours. Il s’agira d’un prétendu débat, animé par le Jean-Pierre Pernaud de Combien ça coûte, ou chaque membre de ce panel aura bien du mal à dépasser l’inégalité des rôles et de traitement, d’autant que les sujets abordés auront évidemment été connus d’avance par les communicants du président. Lequel aura donc le temps de préparer des réponses en forme de justification de son action, enfilant des développements bien rodés durant la période de ses vœux autosatisfaits. Une mère au foyer, sur le pouvoir d’achat, un ouvrier d’une usine d’automobile, sur les délocalisations, un professeur d’université, sur l’éducation, un patron routier, sur la taxe carbone, une étudiante chômeuse, une infirmière, un artisan, un producteur de lait…

La prestation du président de la République est attendue par les salariés quelque peu désenchantés

Sur le registre des vœux, pas d’annonces attendues. Mais un exercice de pédagogie. « Il s’agit de favoriser l’échange », jure-t-on à l’Élysée. Ou l’on fait croire que Nicolas Sarkozy aime cela quand pas un des déplacements qu’il multiplie en province ne donne lieu à des contacts directs, dans des villes quadrillées par les forces de police et devant des aréopages triés sur le volet ou des rassemblements soigneusement encadrés par l’UMP ou par des figurants spécialement engagés. Place donc « à la mise en perspective » de la politique de l’exécutif : « Il s’agira de ramasser l’ensemble des sujets, d’expliquer les réformes et de les mettre en cohérence », précise-t-on dans l’entourage présidentiel qui a repéré que les Français ont bien du mal à distinguer ou le président veut en venir. Selon l’ineffable porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, « la crise a imposé beaucoup de réactivité, de décisions souvent prises dans l’urgence. Les Français ont compris que la barre était bien tenue. Est-ce pour autant qu’ils n’ont pas d’interrogations sur leur avenir ? Ils ont des questions, il y a besoin de pédagogie, d’explications, c’est l’objectif de l’émission ». Certes, la prestation du président de la République est attendue par les salariés quelque peu désenchantés face à une politique qui, de bouclier fiscal en faveur des plus riches, jusqu’aux cadeaux aux banques, en passant par la double fonction publique et privée du patron d’EDF, chipote le pouvoir d’achat et fait profil bas sur l’emploi.

Selon un sondage de LH2 NouvelObs.com, un Français sur deux souhaitait que Nicolas Sarkozy aborde la question de l’emploi, la réforme des retraites arrivant en second (39 %), et celle du pouvoir d’achat (32 %). Les autres sujets, qui font pourtant partie de la communication sarkozyste, étant largement distancés : l’encadrement des hauts salaires et des bonus (18 %), l’interdiction du port du voile intégral (17 %), la taxe carbone (11 %), la réforme des collectivités locales (11 %), l’identité nationale (9 %). Un sondage TNS Sofres-Logica pour Europe 1 donne des résultats comparables : 52 % des Français attendent des précisions sur l’emploi, 49 % sur les retraites et 44 % sur le pouvoir d’achat.