Gauche : un projet sinon rien
Toute la gauche a rendez-vous au parc départemental de La Courneuve. Au menu des débats de la Fête de l’Humanité, la construction d’une alternative majoritaire pour briser l’hégémonie de la droite.
Lourd
climat à gauche en cette rentrée. Alors que des chantiers décisifs se
présentent, suscitant une foule de questions pas forcément traitées
dans le bon ordre, ni avec le bon timing (quelles réponses à la crise ?
quel rassemblement ? avec quels contours ? pour quel programme ? à
quelles échéances ? au service de quel projet global de société ? à
définir avec qui ? etc.), les querelles politiciennes semblent
systématiquement prendre le pas sur les problèmes de fond.
Après l’offensive menée tout l’été par ceux qui intiment à la
gauche de disparaître ou de renoncer à ses ambitions transformatrices,
la multiplication des contre-feux allumés sur les primaires
présidentielles ou sur les alliances avec le Modem semble vouée à
étouffer toute amorce de débat qui permettrait de dessiner une réelle
alternative à la politique sarkozyste.
La crise de crédibilité de la gauche est patente, si
l’on en croit le dernier sondage réalisé par
l’IFOP pour Paris Match.
Selon cet institut, seuls 33 % des Français estiment que la gauche
« ferait mieux » que la droite si elle était au pouvoir, contre 65 %
qui sont d’un avis contraire. Une réponse à mettre en relation avec un
mécontentement qui ne faiblit pas envers la politique gouvernementale,
mais qui ne trouve pas d’alternative dans laquelle s’exprimer.
Les élections régionales en débat
Le temps presse d’autant plus que les élections régionales se
profilent, en mars 2010, et que la droite entend bien regagner le
pouvoir régional pour renforcer son hégémonie dans le pays.
De son côté, le PCF a dit et répété, lors de son université d’été
à Vieux-Boucau, puis durant son dernier conseil national, vendredi
dernier, que le rassemblement à opposer à la droite passe
obligatoirement par la case « projet », à définir dans des « ateliers
thématiques » communs ouverts à toute la gauche, du PS au NPA en
passant par les Verts, et aux forces sociales et citoyennes. Ce qui
revient à refuser l’« alternative mortifère », pour le PCF, entre jouer
les « supplétifs » de recomposition politique PS-Modem, ou accepter
d’être « éjectés » des majorités régionales en refusant toute
participation, comme le propose le NPA. Le PS est d’accord pour
participer à ces ateliers du projet, lui-même organisant les siens où
le PCF et les Verts seront invités. Le parti d’Olivier Besancenot vient
aussi de proposer à d’autres formations de gauche (PCF, PG, LO,
Alternatifs…) de « préparer ensemble les régionales ». Mais le PS n’est
pas invité à la table, alors qu’une majorité de gauche au second tour
ne pourra s’envisager sans lui. Quant aux partenaires du PCF dans le
Front de gauche, si le Parti de gauche et la Gauche unitaire sont
d’accord pour reconduire leur alliance aux régionales sur la base d’un
projet commun, ils posent comme préalable le refus d’associer le PS aux
discussions, au moins au premier tour.
Un paysage à bousculer
Une équation encore compliquée par le débat interne à chaque parti.
Au PS, les tenants de la recomposition avec le Modem poussent leurs
pions, saisissant la perche tendue par François Bayrou d’une « offre
publique de dialogue ». Au PCF, des responsables et des élus régionaux
avancent, non sans arguments, que la gauche unie dans les régions
présente un bon bilan. Au NPA, le mauvais score des européennes
(4,98 %) a rallumé le débat sur le refus de s’unir aux autres forces de
la « gauche radicale ».
Au final, la véritable clarification à opérer est
de savoir si le
paysage à gauche est considéré comme figé,
débouchant sur une fracture
irréductible entre un PS engagé dans une refondation
« démocrate » et
une « gauche de gauche » fidèle à
ses valeurs mais minoritaire. Ou si
l’irruption des citoyens et l’exigence de réponse
à leurs
préoccupations peuvent être assez fortes pour faire
« bouger les
lignes » jusqu’à donner corps à une
« alternative majoritaire » bien à
gauche, mettant en échec les scénarios établis.
C’est ce qu’entend
démontrer, à travers de multiples débats, la
Fête de l’Humanité.
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